Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Lark et Termite de Jayne Anne Phillips

Jayne Anne Phillips
  Lark et Termite
  Tous les vivants

Jayne Anne Phillips est née en 1952 en Virginie Occidentale. Elle vit à Boston. Elle a publié son premier recueil de nouvelles, "Black Tickets", en 1979 à l'âge de 26 ans. Il fut récompensé par le Prix Sue Kaufman. Nadine Gordimer l'a qualifiée, à cette occasion, du meilleur auteur de nouvelles depuis Eudora Welty. Depuis, "Black Tickets" est devenu un classique du genre.
En 1984, elle publie son premier roman, Machine Dreams, salué par le "New York Times" comme le meilleur livre de l'année. "Shelter", son second roman, publié en 1994, fut sélectionné parmi les meilleurs livres de l'année par "Publisher Weekly". Jayne Anne Phillips a enseigné à Harvard, Williams College ainsi qu'à Boston University (source l'éditeur)

Lark et Termite - Jayne Anne Phillips

Somptueux!
Note :

   Le roman démarre par la voix de Robert Leavitt, jeune caporal américain âgé de 21 ans. Au cours de son agonie, il se souvient de Lola, plus âgée que lui de 8 ans, qu’il a dû quitter pour rejoindre la guerre de Corée, alors qu’elle attend leur enfant, et de leur immense amour. Il ne connaîtra jamais ce fils, qui naîtra handicapé et qui sera élevé avec Lark, sa demi sœur, par Nonie, la sœur de Lola.
   
   Le duo Lark-Termite, à qui le roman doit son titre, se déploie ainsi sous nos yeux. Car entre les deux orphelins que tout sépare (le père, le physique, le mental) un lien indéfectible et débordant d’amour existe. Lark, magnifique de beauté, de bonté, d’intelligence et d’humanité, s’occupe de ce frère comme si c’était son propre fils. Elle est aidée en cela par la formidable Nonie, sa tante, et son compagnon Charlie, pour qui elle travaille comme serveuse dans le restaurant qu’il tient.
   
   Chacun tour à tour -Lark, Termite, Leavitt, Nonie- prête sa voix et raconte, tissant les liens de cette somptueuse histoire, orchestrant sous nos yeux un magnifique récit polyphonique, qui nous livre au fil des pages les secrets de cette famille éclatée, au cœur de laquelle règne un personnage central: Lola, cette mère absente et pourtant si présente.
   
   Ce qui prime dans ce roman, ce sont ces personnages, tous plus généreux les uns que les autres, jusqu’à Charlie, le compagnon de Nonie, qui s’occupe de ces deux enfants comme s’ils étaient les siens et comme le dit si bien Lark «ils nous aiment parce qu’ils t’aiment énormément». Car il ne s’agit pas d’abnégation ici mais tout simplement d’amour, dans ce lien indéfectible qui unit les êtres.
   
   On ressent émotion et admiration devant ces héros de tous les jours et cette romancière à l’écriture puissante, qu’on compare volontiers à Faulkner. Ce grand roman, à la fois noir et lumineux, régalera tous les amateurs de littérature.
    ↓

critique par Éléonore W.




* * *



Une émotion intense
Note :

   Deux périodes, cinq personnages, une guerre et des inondations mais aussi des secrets enfouis dont vous serez seuls dépositaires, voilà ce que propose ce roman.
   
   En 1950 en Corée le soldat caporal Leavitt est blessé et réfugié dans un tunnel, il a été touché par ses compatriotes, à côté de lui une jeune coréenne essaie de le garder en vie. Il délire, il rêve au passé. Il entend la musique du club de jazz où chantait Lola, sa femme si belle "Ses cheveux roux foncés ont comme une teinte cuivrée" Elle attend un enfant, un enfant qui doit naître en ce moment pendant que lui agonise au fond du tunnel.
   
   Neuf ans plus tard en Virginie dans la touffeur de l’été nous faisons connaissance avec Lark, une séduisante adolescente. Elle n’a jamais connu son père, sa mère Lola a disparu. Dans la vie de Lark son frère handicapé tient la meilleure part, elle le choie, le protège lui voue un amour total et refuse que les services sociaux le place "pour son bien" en établissement spécialisé. Elle invente le monde pour lui, lui donne de la chaleur, cuisine pour lui des gâteaux colorés.
   
   Termite son frère est un enfant de neuf ans, blond et bouclé, à moitié aveugle et hydrocéphale. Il ne marche pas, ne parle pas "on dirait qu’il psalmodie". Lark communique mystérieusement avec lui, elle entre dans le monde de bruits et de sensations où "Il est enfermé à l’intérieur de lui-même comme un termite dans un mur". Il entre en contact par les objets, des bandes de plastique qu’il regarde voler, un petit flacon de porcelaine.
   
   C’est Nonie, leur tante, qui a élevé Lark et Termite. Nonie c’est la sécurité, la solidité,la générosité. Elle se dévoue corps et âme pour eux, elle travaille dur dans le restaurant de Charlie l’homme qui veille sur eux tous.
   
   Enfin le dernier personnage de cette histoire, Lola, la mère fantôme, disparue en emportant ses secrets, elle a confié Lark et Termite à Nonie qui est devenue leur mère car comme elle le dit "ces enfants n’ont rien à voir avec Lola, sauf qu’ils sont passés par elle pour venir à moi"
   A la faveur d’une inondations les secrets bien cachés vont remonter à la surface.
   
   La voix de chaque personnage est différente, chacun sa partition: la voix exaltée de Lark, la voix grave de Nonie.
   
   L’auteur réussit le tour de force de nous faire pénétrer dans le monde de l’enfant, sans pathos aucun elle nous fait entrer dans son monde de perception et de sensations, nous ressentons ce qu’il ressent "Lark dit le nom des fleurs, il redit les sons, mais les sons ne sont pas les fleurs. La fleur c’est la silhouette toute proche, elle ne bouge pas, il la voit bleue comme ça, longue et fine (...) Ensuite la silhouette bouge et la fleur est trop près ou la fleur est trop loin. Et la silhouette se fait couleur"
   
   C’est un roman tout à fait extraordinaire qui dégage une émotion intense, un roman profond et grave, un magnifique livre sur l’enfance et la puissance de la vie. Tous les personnages sont marqués par l’absence, les secrets, tous vivent grâce à la force de l’amour.
   
   Jayne A Phillips a magistralement construit son récit, elle nous tient en haleine avec virtuosité et sensibilité. Son récit est subtil, pudique et fort à la fois. Il traduit un optimisme et une générosité qui donne confiance dans le genre humain et procure un grand plaisir de lecture.
   
   Faites une place à ce livre dans votre bibliothèque

critique par Dominique




* * *