Lecture / Ecriture
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Dans les limbes de Jack O'Connell

Jack O'Connell
  Dans les limbes

Dans les limbes - Jack O'Connell

Un livre étrange
Note :

    Depuis un an, le petit Danny est dans le coma. Pour tenter de l’en sortir, son père Sweeney le fait entrer à la Clinique où il est lui-même engagé comme pharmacien. Il passe quasi tout son temps auprès de l’enfant, lui lisant son comics préféré, "Limbo". Racontant les aventures d’une bande de monstres de foire, Limbo fait partie intégrante du roman puisque le lecteur découvre en même tant que Sweeney les différents chapitres de cette BD, intercalés dans le récit. Intercalés n’est d’ailleurs pas le mot puisque petit à petit, le quotidien de Sweeney va étrangement se mettre à ressembler à celui de la troupes. Par exemple, débarque dans la vie du pharmacien une bande de bikers qui vivent à la périphérie industrielle de la ville, à Gehenna, et qui se nomment les Abominations. Or, c’est à Gehenna que se rendent les monstres, dans l’espoir de retrouver le père du personnage principal, Chick, le garçon-poulet.
   Chick cherche son père, Sweeney cherche à entrer en contact avec son fils et le monde de Limbo pourrait être l’interface qui les réunira. Mais il faut pour cela que Sweeney passe à travers un certain nombre d’épreuves, d’acceptations et de renonciations.
   
   "Dans les limbes" fait partie de ces livres qui brouillent les frontières et font s’emmêler les récits. D’un monde à l’autre, les correspondances sont nombreuses, jusqu’à devenir un seul monde dans lequel on ne peut entrer, que l’on soit personnage ou lecteur, qu’en ayant abandonné toute sorte de rationalisme et de logique. Car même le quotidien de l’hôpital est entouré d’une ambiance assez étrange (friches industrielles désertes), et de pratiques inquiétantes, le chef de la Clinique se faisant livrer des foetus par la bande de bikers pour des motifs pour le moins répréhensibles et qui inquiètent aussitôt le lecteur concernant les expériences auxquelles il va se livrer sur Danny.
   Les fans de David Lynch devraient apprécier, mais plus encore, ceux qui gardent un souvenir aussi ému qu’horrifié du chef d’œuvre inégalé de Tod Browning, "Freaks".
   Pendant tout le livre, j’ai pensé à eux, à ce film terrifiant qui marque pour toujours le spectateur. Jack O’Connell choisit lui aussi de nous faire vivre le quotidien terrible de ces gens qui ne sont que des gagne-pain pour les patrons de cirque, plus méprisés que des animaux car ils incarnent ce que l’homme ne veut pas être, une erreur, une horreur, une injustice de Dieu et de la nature. Le lecteur marche à leurs côtés sur la longue route vers Gehenna et l’abominable Dr Fliess, leur ennemi juré. Vers la guérison, la rédemption, le pardon, il est long le chemin que Sweeney va devoir parcourir, au-delà de l’humain, de la conscience et de la réalité.
   
   Méditez cette phrase de Danny: «You have to stop the doctors dad. They are trying to make me into something else» : angoisse garantie, à vous d’essayer!
   
   
   Titre original : The Resurrectionist, parution aux États-Unis : 2008
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critique par Yspaddaden




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Pas de neuf avec du vieux
Note :

   Un drame a eu lieu dans la vie de Sweeney pharmacien de son état. Son fils Danny 6 ans a été victime d'un accident qui l'a plongé dans le coma et sa femme Kerry s'est suicidée six mois plus tard.
   Il y a un an que cet événement a eu lieu. Profondément déprimé, victime de stress et de crises de rage, Sweeney a quitté son emploi. Il s'est laissé persuader d'emmener Danny à la clinique de Quisiguamond, loin de chez lui. Là-bas, un certain Docteur Speck a réussi à réveiller des comateux, grâce à un traitement miracle. Sweeney emménage dans la clinique où on lui a attribué un appartement de fonction et un emploi quelque peu «fictif» .
   Il ne sait rien du traitement: le docteur, sa fille Alice, et les autres employés restent mystérieux là-dessus et tiennent des propos sibyllins.
   
   Sweeney se dévoue à son fils, principalement en essayant de se rapprocher de lui. Avant son accident, Danny se passionnait pour une bande dessinée «Limbo» qui relate la destinée d'une troupe de monstres de foire, poursuivis par un docteur maléfique et mystérieux. Le héros de la bande est Chick un garçon né avec un bec et des plumes de poulet. Danny s'identifiait intensément à ce héros, collectionnait une série d'objets vendus sous l'étiquette «Limbo» et lisait et relisait les albums. A son chevet, Sweeney les lui raconte, et en fait profiter le lecteur. Il espère aussi apprendre quelque chose de plus sur les circonstances de l'accident arrivé à son fils, car nous comprenons qu'il en ignore les détails. La destinée des «Limbo» semble parallèle à celle des personnages du roman.
   Très vite, on se rend compte que le docteur Speck est assez bizarre. Il se livre à des activités illégales, en vue de faire avancer la «science», boit trop, et semble n'entretenir de bons rapports qu'avec une salamandre...
   Sweeney rencontre une bande de jeunes gens exclus de la société, qui squatte une usine désaffectée où l'on a jadis fabriqué des prothèses. Cette bande que l'on nomme les «bikers» ont des relations compliquées avec la clinique par le biais de l'infirmière Nadia...
    
    
   Le résurrectionniste (titre anglais) est originellement un individu qui vole des cadavres pour les revendre à un institut d'anatomie. Ici, ce personnage n'est pas central. Il est surtout question de ranimer le passé, et les presque morts que sont les comateux. «Limbo» ce sont les limbes, le séjour des âmes des innocents, de celles qui attendent un mouvement de grâce pour cesser d'errer.
   
   Le roman va-t-il se partager entre le commerce des corps et le sauvetage des âmes?
   
   En fait, ce roman est profondément religieux, et de façon assez simpliste, ce qui me gêne quelque peu. Pourquoi Sweeney est-il obsédé par le pardon? A qui en veut-il? Les aficionados comprendront sûrement. Moi, tout ce qui touche à ce concept me laisse froide.
    
   La quête de Sweeney pour comprendre son fils est plus intéressante. La manière dont il entre en relation avec l'histoire personnelle de Danny ne me convainc qu'à moitié. Ce processus aurait dû se faire par un travail d'investigation et d'élaboration, et par le biais de rêves à interpréter. D'ailleurs ce travail a lieu d'une certaine manière... mais débouche dans un irrationnel un peu lourd. Il n'était nul besoin à mon sens de faire avaler à ce pauvre homme je ne sais quelle mixture de sorcière fabriquée par un illuminé.
    
   Dans ce roman l'histoire des Limbos, sonne comme une sorte de fable un peu gothique. Toutefois le récit des limbos manque d'originalité dans le style pour trancher avec le reste de l'histoire. Je veux dire que l'on n'a pas suffisamment l'impression d'un monde à part, d'un monde «enchanté».
   En tant que "monstre", Quasimodo ou Gwynplaine m'ont, naguère, fait bien davantage d'effet!
   
   Les bikers sont des mauvais garçons, qui tentent de se refaire une morale et pourquoi pas, mais là encore, le sentiment religieux est assez primaire.
   
   Le docteur Speck est un charlatan qui se prend pour un génie. Cela est plutôt bien montré. Ses divagations avec la salamandre sont proches du comique; quant à ses agissements sur les malades, ils pourraient faire peur... mais ce personnage appartient à une longue tradition de docteurs fous ( un des meilleurs exemples serait Frankenstein) et il est difficile de renouveler le sujet, et de fabriquer un nouveau personnage qui surprenne...
   
   Au final, je trouve que l'auteur s'est essayé à plusieurs genre ( la fable gothique, le savant fou, le conte onirique, le roman de suspense psychologique) et les a traités avec plus ou moins de bonheur, sans les renouveler sur le plan de la forme. Quant au contenu il reste assez naïf.

critique par Jehanne




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