Lecture / Ecriture
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Zola Jackson de Gilles Leroy

Gilles Leroy
  Grandir
  Alabama Song
  Zola Jackson
  Les jardins publics
  Le monde selon Billy Boy
  Dans les westerns

Gilles Leroy est un écrivain français né en 1958. Le Prix Goncourt lui a été attribué en 2007 pour "Alabama Song".

Zola Jackson - Gilles Leroy

Il n’y a pas que la chienne qui soit une lady
Note :

   Présentation de l’éditeur :
   "Août 2005, delta du Mississippi: l'ouragan Katrina s'abat sur La Nouvelle-Orléans.
   Les digues cèdent sur le lac Pontchartrain et les quartiers modestes sont engloutis. La catastrophe touche de plein fouet la communauté noire. Tandis que ses voisins attendent des secours qui mettront des jours à arriver, l'institutrice Zola Jackson s'organise chez elle pour sa survie. L'eau continue de monter, inexorablement. Du ciel, les hélicoptères des télévisions filment la mort en direct. Réfugiée dans le grenier avec sa chienne Lady, Zola n'a peut-être pas dit son dernier mot.
   Sous la plume de Gilles Leroy, Zola Jackson, femme de trempe et mère émouvante, rejoint le cercle des grandes héroïnes romanesques."

   
   
   Les premières pages me replongent dans la moiteur de la Nouvelle Orléans, les odeurs d'épices et la délicieuse cuisine née de toutes les influences gustatives liées au métissage qui ont bercé cet état, puis... tout diffère...
   
   La Louisiane n'est pas un prétexte à la narration, mais le lieu joue un rôle primordial par rapport aux événements météorologiques, à la situation géographique de la ville, à la culture de cet état. Mais tout cela peut passer totalement inaperçu tant la figure de Zola Jackson domine cet ouvrage qui retrace en une centaine de pages les conditions de sa prime jeunesse, celle de son état de fille-mère, ses relations avec son fils et son mari jusqu'à ce jour où Katrina dévaste tout, balayant ses souvenirs, mais nous permettant de suivre Zola dans ses souvenirs et réflexions intimes.
   
   Zola c'est le portrait d'une mère avant tout, qui veut tout pour son fils qui, nous allons rapidement le découvrir est décédé 10 ans avant cet évènement. Un portrait de femme moderne et volontaire prête à tout, sauf à accepter de perdre l'espoir et la reconnaissance due à son fils, Caryl. Mère toujours pour qui le compagnon de son fils n'est pas assez bien pour lui: trop blanc, trop lisse, d'une famille trop riche, mais avant tout obstacle entre eux, contre l'avenir qu'il pourrait se construire....
   
   C'est à doses homéopathiques que Gilles Leroy nous replonge dans le passé de Zola Jackson; de la même manière il nous donne des informations concernant le climat social, les événements qu'elle a connus et la situation actuelle. Grâce à son regard, il donne le point de vu de ce qui sera un échec politique pour Bush après le passage de Katrina, revient sur les conditions d'évacuations différentes selon votre couleur de peau et surtout votre condition sociale. N'oublie pas de rappeler l'omniprésence des média friands d'images à sensation et de moments héroïques grâce à la présence de people qu'il dénigre d'une pichenette mais sans grande méchanceté, toujours à l'image de son héroïne.
   
   On s'accroche à cette femme et à sa chienne Lady, toutes deux attachantes dès les premières pages de lecture. On espère que la chute sera positive tant nous nous attachons à elles.
   
   Un très beau moment de lecture qui m'a également permis de me replonger vers la Nouvelle Orléans et ce que devient aujourd'hui cette ville et ses habitants les plus pauvres.
    ↓

critique par Delphine




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New Orleans
Note :

    Voilà un titre que j'étais plus que curieuse de découvrir, alléchée que j'étais par le sujet a priori prometteur, avec en tête le souvenir de la déception que m'avait causée Alabama Song - livre dont je me souviens assez peu maintenant d'ailleurs.
   
   Toujours aux États-Unis, nous suivons ici Zola Jackson, retraitée habitant un quartier pauvre de la Nouvelle Orléans en 2005, à l'époque où l'ouragan Katrina s'abat sur la ville et ravage de nombreux quartiers. Zola refuse de quitter sa maison et d'abandonner sa chienne alors que l'ouragan approche. Du départ de ses voisins à l'attente des secours une fois le quartier inondé, nous suivons Zola qui tente de survivre tout en se remémorant les moments vécus avec son fils.
   
   Autant "Alabama Song" m'avait laissée perplexe, autant "Zola Jackson" m'a entièrement séduite. J'ai apprécié la construction habile et les allers et venues entre passé et présent qui s'enchaînent sans heurt. Gilles Leroy parvient aussi bien à rendre compte de l'enfer qu'ont vécu les habitants de la Nouvelle Orléans (et plus particulièrement ses quartiers pauvres) que l'angoisse et les souffrances d'une héroïne qui ne se remet pas de la perte de son fils. La petite histoire imbriquée dans la grande forme un ensemble cohérent, avec un roman qui constitue à mon sens une vraie réussite, aussi bien sur le fond que sur la forme.
   
   Un récit riche en enseignements qui ne manquera pas de toucher ses lecteurs. Le tout servi par une plume savoureuse... Pour moi, un livre coup de poing (même si c'est une expression dont je ne suis pas friande)!
   ↓

critique par Lou




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Difficultés d'une relation mère-fils
Note :

    Août 2005, l’ouragan Katrina dévaste la Nouvelle-Orléans. Les digues cèdent, les quartiers les plus modestes de la ville sont submergés. Zola Jackson s’organise pour rester chez elle et refuse toute évacuation qui ne lui permettrait pas d’emmener avec elle sa chienne, tout ce qui lui reste de sa famille.
   
   Gilles Leroy est un écrivain que j’ai découvert avec son magnifique "Alabama Song", un très beau portrait de femme. Avec "Zola Jackson", c’est le moins qu’on puisse dire, il réitère. A travers cette femme, c’est un superbe portrait psychologique, une description réaliste et poignante des drames d’une vie qu’il offre à ses lecteurs.
   
   Zola Jackson n’est pas une héroïne: c’est une femme blessée, une mère abusive, une forte tête arrogante, crispante et attachante qui n’a jamais su se taire et en a payé le prix fort. Au fur et à mesure que l’ouragan se déchaîne, que l’eau monte, elle revient sur le passé, et surtout, sur l’histoire de son fils tant aimé. A travers ses souvenirs, se dessine petit à petit son sentiment de culpabilité, sa colère, un amour maternel dévastateur qui l’a poussée à toujours demander plus à son fils et à le blesser. Il y a les rêves qui rendent le réveil difficile, le désespoir parfois, le deuil qui ronge tout, les espoirs enfuis. Au fil des heures, Zola défile son histoire de femme et de mère. Surtout de mère d’ailleurs. Tout y est, l’aveuglement d’une mère qui refuse de voir ce qui ne correspond pas à ce qu’elle croit savoir de son enfant, son sentiment d’avoir été trahie quand l’enfant se révèle ne pas tenir les attentes dont il était chargé, l’espoir d’un avenir meilleur pour lui, la souffrance infligée l’un à l’autre, les non-dits, l'amour qui reste malgré tout inconditionnel. Par touches successives, Gille Leroy raconte une relation mère-fils qui tient presque de l’universel.
   
   Mais le plus impressionnant dans ce roman est sans aucun doute la capacité hallucinante et impressionnante qu’a Gilles Leroy d’incarner Zola. C’est un personnage totalement crédible dans sa foi pour la connaissance, sa volonté de faire sortir son fils du ghetto, son refus d’avoir peur du monde et du qu’en dira-t-on. C’est une voix émouvante, touchante parce que profondément humaine, servie par une plume juste qui va à l’essentiel.
   
   Au-delà, Gilles Leroy s’empare de l’Amérique profonde, celle du sud encore raciste, des ghettos, de la survie et de la révolte, celle des médias et excelle à faire monter la tension autour de cette catastrophe qui détruit une ville et qui sera un échec politique cuisant pour le président en poste et provoquera le scandale tant la gestion des secours et l’attitude des médias se sera révélée déplorable.
   
   Seul bémol, un épilogue en forme de happy end qui gâche un peu la force du texte à mon sens. Mais pas de quoi bouder son plaisir, loin de là!
    ↓

critique par Chiffonnette




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Cataclysme autour du Golfe du Mexique
Note :

   C’est fou comme l’ouragan Katrina – 2005, Delta du Mississipi - a pu inspirer. Comme si le souffle gigantesque des vents balayait la platitude des idées. "Zola Jackson", au plan littéraire me rappelle au moins la nouvelle "Jésus prend la mer", de James Lee Burke, antérieure de trois ans, et au plan cinématographique le film "Les bêtes du Sud sauvage". D’ailleurs on me dirait que le scénariste de ce film s’est inspiré de la lecture de "Zola Jackson" que je n’en serais pas davantage surpris.
   
   Zola Jackson est une institutrice, une noire, récemment mise en retraite au moment de l’ouragan, qui vit toujours dans son village, au bord du lac de Pontchartrain, dans sa misérable maison de planches, avec sa chienne Lady pour seule véritable compagnie.
   
   Dans ce récit, qui alterne la chronologie du drame avec des flash-back qui viennent progressivement nous faire comprendre pourquoi Zola en est là, Gilles Leroy aborde plusieurs thèmes majeurs : le racisme latent dans le Sud des Etats-Unis, l’état pitoyable des Services Publics dans les zones défavorisées aux Etats-Unis, notamment du temps de l’ineffable Bush, la situation féminine – et notamment des fille-mères - dans la même société du Sud, et l’homosexualité... Et Gilles Leroy n’oublie pas de faire ressortir l’âpreté de la pauvreté au pays de l’Oncle Sam. Pour nous Européens, et particulièrement les Français, qui vivons dans une société munie de ce qu’on appelle pudiquement "les amortisseurs sociaux", c’est une mise en perspective intéressante.
   
   En si peu de pages, 140, c’est une gageure.
   
   Une gageure mais en même temps c’est remarquablement fait. "Zola Jackson" se lit d’une traite, un peu comme un ouragan vient dévaster une zone habitée! La fin n’est pas une fin fermée – positive ou négative – c’est une fin des plus ouverte, qui laisse entrevoir encore un espoir au fin fond de l’enfer. C’est une sacrée nouvelle tout de même!
   
   "Je sombrais dans le sommeil des justes et du Rohypnol quand ça a pété de nouveau ; une explosion, puis deux, qui n’avaient plus rien de cristallin. On aurait dit des bombes, un volcan sous-marin peut-être. Les rues étaient calmes pourtant, le monde se reposait. Qui donc aurait eu le cœur à terroriser la ville ce soir? L’explosion venait des rives du lac, et ce n’étaient pas des pétards de gosses ni les feux d’artifice de fêtards, c’était un fracas souterrain, tellurique qui fit trembler toutes les maisons sur des kilomètres, de Gentilly jusqu’à Bywater, en ébranlant Saint-Bernard et tout le neuvième district. Les digues venaient de céder."

critique par Tistou




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