Lecture / Ecriture
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Là haut, tout est calme de Gerbrand Bakker

Gerbrand Bakker
  Là haut, tout est calme
  Le détour

Gerbrand Bakker est né en 1962. Après des études de lettres à Amsterdam, il a exercé différents métiers.
"Là-haut, tout est calme", son premier roman, a été le phénomène éditorial de l’année 2006 aux Pays-Bas.

Là haut, tout est calme - Gerbrand Bakker

Beau et sensible
Note :

   Sans raison apparente, Helmer installe un jour son père vieillissant «là haut», dans une pièce au premier étage de leur maison. Ou plutôt dans la ferme qu’il a reprise depuis de longues années et où il travaille tous les jours. De leur famille constituée de quatre personnes ne restent plus qu’eux. Leur mère et épouse est morte quelque temps après le drame qu’ils ont vécu. Lorsqu’il avait 19 ans, Helmer a en effet été confronté à la mort de son frère jumeau, tué dans un accident de voiture alors que la femme qu’il allait épouser conduisait. Ce frère qui était son double s’apprêtait aussi à reprendre la ferme, qui revint à Helmer, obligé de ce fait d’arrêter les études qu’il avait entreprises à Amsterdam.
   
   Alors qu’il n’a plus eu de nouvelles d’elle depuis des années, son père l’ayant chassée de la maison, il reçoit une lettre de Riet, la petite amie de son frère de l’époque. Elle lui fait part de son désir de le revoir, et lui dit qu’elle a besoin de lui demander un service.
   
   Bouleversant de sensibilité, ce récit nous entraine dans les traces de Helmer, ce fermier malgré lui, marqué à jamais par l’absence de ce frère. Le récit alterne entre les souvenirs du passé, qui résonnent comme un écho du quotidien d’aujourd’hui et les moments présents, ponctués par la gestion de l’exploitation agricole. L’auteur décrit de façon majestueuse les divers sentiments qui animent cette famille: liens de haine entre le père et le fils, de tendresse avec leur mère, d’amour fraternel. Il s’interroge aussi sur la façon dont un jumeau vit la cassure que représente la rencontre de l’un d’eux avec une femme. Les retrouvailles avec Riet, enfin, font de ce récit intimiste un roman à suspens, et offrent enfin une merveilleuse description de la campagne, avec des personnages secondaires somptueux.
   
   Encore un livre où il ne se passe rien ou pas grand-chose, et à la fois beaucoup. Un livre comme je les aime, qui permet aux êtres d’aller jusqu’au fond d’eux mêmes, et de faire ressurgir leur vérité intérieure, afin de se donner le droit d’accéder au bonheur.
    ↓

critique par Éléonore W.




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Tard, mais pas trop tard
Note :

   Nous sommes dans le Waterland, un plat pays de tourbières au nord de la Hollande. Helmer van Wonderen est un agriculteur de 55 ans, pas encore l’âge de la retraite mais atteint par une grande lassitude, il travaille sur son exploitation depuis ses vingt ans, trente-cinq ans sans vacances, sans sorties, sans amour.
   Les seules visites qu’il reçoit sont celles du ramasseur de lait, du marchand de bestiaux.
   
   La vie s’est arrêtée pour lui un jour de 1967 à la mort de son frère jumeau Henk. Helmer a abandonné ses études de littérature et a pris la place de son frère, depuis il travaille sans relâche "la tête sous les vaches". Ce jumeau l’accompagne toujours, il n’a jamais oublié le temps béni de l'enfance "Nous étions l'un à l'autre, nous étions deux garçons et un seul corps."
   Il a vécu une vie par procuration, il a vécu la vie de quelqu’un d’autre, il s’est résigné, il a rangé ses livres et plus jamais n’a soulevé le couvercle du passé.
   
   Un matin, sans raison, sans signes prémonitoires, Helmer va décider de changer, changer son père grabataire d’étage en l’installant "là haut" changer la couleur des murs, changer ses meubles. Une lettre reçue de l’ancienne fiancée de Henk vient réveiller les sentiments enfouis, la venue sur l’exploitation d’un autre Henk va faire resurgir le passé, les souvenirs mis sous le boisseau. Helmer va tenter de reprendre la direction de sa vie.
   
   J'ai beaucoup aimé ce roman qui nous fait vivre sous la protection des peintres hollandais, les canaux, le patinage sur les lacs gelés, les pâturages, les nuages à l’infini, la lumière qui baigne tout mais le calme du paysage ne peut masquer la haine longtemps retenue, le refoulement, la solitude écrasante. Helmer va tenter de casser son isolement, de combler les manques et les désirs inassouvis. A travers lui Gerbrand Bakker nous dit qu’il n’est jamais trop tard pour changer, pour aimer, pour vivre tout simplement.
   
   Dans vos lectures prochaines, faites une place à ce livre.
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critique par Dominique




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L'échappée belle
Note :

   Une ferme perdue dans une région calme en Hollande. Deux ânes, vingt-trois brebis, des vaches, des poules et bientôt, une corneille mantelée qui troublera la quiétude des habitants. Fermier malgré lui, Helmer van Wonderen a dû abandonner ses études à la mort de son frère jumeau, Henk, favori du père. Nourrissant de la rancœur à l'égard de son père, enfermé dans un quotidien monotone, Helmer va en quelques mois mettre le holà à une situation devenue par trop frustrante. Installation de son père à l'étage et modifications radicales au rez-de-chaussée, de manière à se sentir enfin chez lui; irruption de Henk, le fils de l'ancienne fiancée de son frère, adolescent difficile qui vient à son tour bousculer la routine; puis le retour de Jaap, ancien garçon de ferme avec qui il fuit finalement la propriété familiale qu'il a connue pendant plus de cinquante ans.
   "Toute ma vie j'ai eu peur. Peur du silence et de l'obscurité. Et toute ma vie j'ai eu du mal à m'endormir." (p39)
   
   En faisant parcourir au lecteur ce qui ressemble d'abord à un long fleuve tranquille, à travers un texte simple et épuré, Bakker dresse le portrait d'un homme qui n'a jamais été maître de son destin et décide arrivé à l'âge mûr de faire ses propres choix et de prendre enfin goût à la vie, au travers de menus plaisirs, puis de par la réalisation d'un rêve de longue date: découvrir le Danemark. Un récit empreint de mélancolie, dont le héros solitaire parvient sans peine à toucher le lecteur.
   
   Une première pour moi en matière de lectures néerlandaises!
   "On trouve ici une dune dénommée "Heather Hill". Il y a longtemps de cela, un Anglais fortuné a débarqué sur ce bord de mer. Il a fait construire, sur la plus haute dune, une grande maison; un jardin a été aménagé, avec pièces d'eau, murets et allées. Comme la dune était entièrement recouverte de bruyères avant son arrivée, il a - Anglais oblige - baptisé "Heather Hill" sa propriété. Il s'est noyé en prenant un bain de mer, et voilà déjà pas mal de temps que la maison a disparu." (p345)

critique par Lou




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