Lecture / Ecriture
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Brûlant secret de Stefan Zweig

Stefan Zweig
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  Marie-Antoinette
  Vingt-quatre heures de la vie d'une femme
  Lettre d’une inconnue
  Le voyage dans le passé
  La Confusion des sentiments
  Brûlant secret
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  Les très riches heures de l’humanité
  Destruction d'un cœur
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  Le Chandelier enterré
  Romain Rolland / Stefan Zweig : Correspondance 1910-1919

Stefan Zweig est un écrivain, dramaturge, journaliste et biographe autrichien né en 1881 à Vienne en Autriche-Hongrie, il s'est suicidé avec son épouse en 1942, au Brésil.

Brûlant secret - Stefan Zweig

Au cœur des passions humaines
Note :

   1ère nouvelle: 5/5 «Brûlant secret». A Semmering, dans les montagnes, un baron chasseur de femmes vient prendre quelques vacances, à la recherche d’une plaisante aventure avec une belle dame. Il remarque la présence d’une femme troublante: «c’était une de ces juives un peu grasses, à la veille de dépasser la maturité» (p.17) , accompagnée d’un jeune enfant de 12 ans, prénommé Edgar. Afin de rentrer dans les bonnes grâces de la femme, il se lie avec l’enfant. La passion amicale dévore rapidement ce dernier qui se trouble de tant d’attention de la part d’un adulte. Le stratagème du baron fonctionne et nos deux adultes vont vite faire connaissance, délaissant l’enfant. Surgit alors dans l’esprit du garçon un sentiment inconnu jusqu’alors: la jalousie et l’envie pressante de découvrir le «brûlant secret» qui lie les deux adultes et semble les transformer. La vengeance d’Edgar sera à la mesure de sa jalousie…
   
   2ème nouvelle: 5/5 «Conte crépusculaire». Bob est un adolescent de 15 ans qui va connaître un soir son premier émoi de jeune homme: alors qu’il se rend dans le jardin du somptueux château dans lequel vient de se dérouler une soirée, une femme inconnue se jette dans ses bras et l’embrasse avec fougue et volupté. Parviendra-t-il à découvrir l’identité de cette mystérieuse ombre?
   
   3ème nouvelle: 1/5 «La nuit fantastique». Un homme de 36 ans, assez fortuné, se découvre de plus en plus insensible et indifférent au monde qui l’entoure. Jusqu’aux événements de cette nuit du 7 juin 1913, à Vienne, cette «nuit fantastique». Il se rend aux courses et y rencontre une femme séduisante; mais son mari, un gros homme chauve, vient rompre le charme. Le narrateur parvient à gagner une coquette somme d’argent en lieu et place du gros homme. Il en devient bouleversé et un émoi jusqu’ici inconnu le gagne.
   
   4ème nouvelle: 5/5 «Les deux jumelles». Deux jeunes sœurs jumelles, à la beauté sans nulle autre pareille, rivalisent de jalousie: quand l’une d’elle, Hélène, du côté de la chair et de la volupté, multiplie les conquêtes afin d’exercer son emprise et son goût de la richesse, l’autre, Sophie, du côté de l’esprit et de la chasteté, s’engage vers le noviciat et l’aide aux malades. Un jour, Hélène tend un traquenard à Sophie, en la personne d’un séduisant jeune homme. Saura-t-elle résister à l’appel du désir?
   
   
   Un recueil de nouvelles qui explore les tourments passionnels de l’âme humaine, depuis l’adolescence jusqu’à l’âge adulte. J’ai beaucoup apprécié la lecture de la première nouvelle: tout d’abord, elle est bien écrite, dans un style ciselé et précis. Ensuite, l’auteur explore la palette diversifiée des sentiments humains: les désirs troubles du baron, l’émoi provoqué par la séduction du baron sur la femme, mais surtout les modifications dans le ressenti du jeune garçon, depuis le trouble passionnel suscité par l’attention que lui porte le baron jusqu’à la jalousie féroce et la haine implacable à l’encontre du couple illégitime. La nouvelle est très introspective, décrivant bien les mouvements psychiques des personnages. Le lecteur développe facilement une sympathie pour Edgar, se prenant à lui souffler sa conduite. Mais le lecteur – adulte – ne peut influer sur la destinée d’un psychisme enfantin. Une nouvelle de bout en bout passionnante. «Conte crépusculaire» est une nouvelle captivante, de par son côté énigmatique et la description précise des émois d’un adolescent. J’ai été déçue par la troisième nouvelle, «La nuit fantastique»: son titre nous laisse présager des événements insolites, énigmatiques; or, il n’en est rien: l’intrigue réside en le bouleversement des passions du narrateur, la manière dont il va passer d’un état insensible à un état passionné, le faisant accéder au statut d’être vivant. Il m’a semblé que cette nouvelle était trop longue et, cette fois-ci, trop introspective. Enfin, la dernière nouvelle m’a charmée de par son originalité, sa concision et les revirements de situation présentés. Elle prend la forme d’une légende et s’avère très bien écrite. Bref, hormis l’avant-dernière nouvelle, ce recueil m’a beaucoup plu.
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critique par Seraphita




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Nouvelles du temps jadis !
Note :

   Auteur que je découvre (eh oui, j'ai de grosses lacunes) avec ce recueil (quatre nouvelles) très ancien. Ce livre existe en différentes versions chez plusieurs éditeurs.
   
   La première qui donne son titre à l'ouvrage est divisée en une multitude de chapitres car c'est une nouvelle assez longue.
   Un jeune homme, baron de son état, est pour une semaine en vacances. Détestant la solitude, son premier regard est pour les femmes qui sont présentes dans cet hôtel. Il s'en présente une grande et bien en chair, qui ne le laisse pas indifférent ! Sa bonne humeur renaît. Etant grand chasseur de femmes, il trouve la proie à son goût. La chasse peut commencer. La partie est engagée et pour séduire la mère, il se fait un allié, son fils. Mais celui-ci n'entend pas partager son nouvel ami avec sa mère, il découvre donc l'amertume, la jalousie et l'esprit de vengeance. Séduire le fils pour mieux séduire la mère, pas très moral tout cela. Un très beau texte et une très fine observation des réactions d'un enfant devant ce qu'il considère comme une trahison.
   
   "Conte crépusculaire". Pas tant que cela en réalité, car la position de ce garçon n'est pas des plus désagréables, être "victime" d'une femme inconnue, mais amoureuse, n'est pas arrivé à beaucoup d'entre nous. Mais ensuite le dilemme devient plus perturbant. Être amoureux d'une des deux sœurs, alors que c'est la seconde qui vous aime… Mais les années vont passer.
   
   "La nuit fantastique". Où ce qui semble n'être qu'une journée ordinaire dans la vie d'un homme désœuvré, entre champs de courses et conquêtes féminines va se transformer en plongée dans un monde inconnu composé de prostituées et de gens pauvres ! La découverte de soi au bout de la nuit.
   
   "Les deux jumelles". Le sous-titre indique de style "Conte drolatique". Acceptons-en l'augure, car, jusqu’à présent les occasions de rire furent très rares ! Honnêtement je n'ai guère souri. Deux sœurs jumelles d'une grande beauté, Hélène la débauchée, Sophie la dévote, le vice malheureusement l'emporte souvent sur la vertu ! Cette histoire le prouve encore. Un beau texte.
   
   Pas beaucoup de personnages dans ces longues histoires, un trio inhabituel, le baron charmeur, l'épouse seule consentante et le fils de celle-ci qui s'estime trahi. Une histoire qui ne manque pas de charme ! Un adolescent qu'un corps mystérieux et féminin enlace et embrasse sans qu'il puisse la reconnaître. Et il a le choix. Laquelle ? Un rentier revenu de beaucoup de choses de la vie va passer une nuit très particulière. Sortir de son monde peut être une expérience enrichissante ! Deux sœurs jumelles, mais opposées, jouent un jeu dangereux, mais le désir est le plus fort !
   
   C'est très bien écrit, mais je ne suis pas sûr que ce style ait du succès chez les éditeurs. Cela peut paraître vieillot et trop descriptif pour le genre de la nouvelle contemporaine qui est plus resserrée, plus dense et souvent plus courte. Mais cet avis n'engage bien évidement que moi, et j'admets très bien que les puristes me fassent un procès et me brûlent en place publique !
   
   
   Extraits :
   
   - Si, du moins, il y avait quelques femmes, la possibilité d’un petit flirt – à la rigueur même innocent – pour ne pas passer cette semaine trop tristement.
   
   - Ils sont toujours chargés de passion, non pas de la passion estimable de l’amant, mais de celle du joueur, froide, calculatrice et périlleuse.
   
   - Il n’était pas lui-même sans ressembler à ces femmes qui ont besoin de la présence d’un homme pour tirer de leur être tout leur pouvoir.
   
   - Depuis la veille il avait vieilli de plusieurs années ; un hôte étranger, la méfiance avait pris place dans sa poitrine d’enfant.
   
   - Ces minutes inouïes qu’il vient de vivre avec une femme lui paraissent à présent toutes banales et insignifiantes à côté de l’éblouissant mystère qui l’attire comme deux yeux fascinateurs fixés sur lui dans la nuit.
   
   - L’amour n’a peut-être pas de plus suaves moments que ces rêveries pâles et crépusculaires.
   
   - Mais déjà elle s’était ressaisie et, tandis qu’elle se pressait mollement à son bras, elle laissait glisser vers moi un regard ironique qui signifiait : "Tu vois, c’est lui qui me possède et pas toi."
   
   - Une fois que quelqu’un s’est trouvé lui-même, il ne peut plus rien perdre dans ce monde. Et dès que quelqu’un a compris l’être humain qu’il y a en lui, il comprend tous les humains.
   
   - Le Créateur a en effet doué les hommes d’un naturel contrariant : ils demandent toujours aux femmes le contraire de ce qu’elles leur offrent.
   
   - Mais il ne faut pas tenter le diable, conseille un sage proverbe, sans quoi il vous saute à la gorge…
   

   Version originale : 1938.

critique par Eireann Yvon




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