Lecture / Ecriture
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La Grande Sauvagerie de Christophe Pradeau

Christophe Pradeau
  La Grande Sauvagerie
  Proust à Illiers-Combray

Christophe Pradeau est un maître de conférences (Littérature française des XIXe et XXe siècles) et auteur français, né en 1971.

La Grande Sauvagerie - Christophe Pradeau

Inclassable? Tant mieux!
Note :

   Récit poétique, récit de voyage, récit de mémoire, c’est un étrange texte inclassable que ce livre , on y entend la flûte du berger, on y sent la poussière des vieilles pierres, livre un peu mystérieux et envoûtant.
   
   La narratrice Thérèse Gandalonie est née dans un village du limousin, Saint Léonard, vieux village aux ruelles étroites, aux volets clos. Ce n’est pas un village comme les autres, il est dominé par une lanterne des morts , objet de culte ou phare pour voyageurs égarés, que l’on vient voir de loin, cette lanterne est plantée dans le centre d’un domaine inaccessible car séparé du village par une faille.
   
   Enfant elle aime lire des journées entières mais aussi fureter, parcourir les chemins à bicyclette. Elle connaît tout de ce village, chaque ruelle, chaque pierre. Elle aime découvrir les lieux cachés et c’est ainsi qu’elle découvre en se perdant dans la végétation d’un mur: «la faille» qui donne accès à une vue du village toute différente et surtout à une vue sur le domaine de la Grande Sauvagerie. La fascination éprouvée restera et toute sa vie Thérèse tentera de résoudre le mystère de ce lieu.
   
   Devenue adulte elle voyage, enseigne, parcourt le monde et un jour elle entend parler d’une autre sauvagerie. C’est dans une bibliothèque américaine qu’elle va rencontrer le personnage central de cette sauvagerie là , un peintre qui a tenu son journal pendant son voyage vers l’ouest, curieusement il est lié à Saint Léonard, elle va partir à sa recherche.
   
   Thérèse par petites touches nous livre son village et sa quête. La mémoire tient le premier rôle dans ce roman, de longues phrases ramènent au passé, on s’y perd comme dans un labyrinthe et l’auteur nous donne parfois une impression d’un récit mythologique.
   
   C'est un roman rare que ce livre, envoûtant, captivant et exigeant. L’écriture est singulière, travaillée, puissante, une langue très belle en longues phrases. Les descriptions sont à la fois précises et empreintes de magie, les mots rares utilisés ajoutent encore au mystère de la nature et de son lien avec l’homme. Une magnifique façon d'évoquer un lieu, une géographie, une belle réussite.
   
   
   Extrait :
   
    «Contrairement à ce que tout le monde disait, il y avait une ouverture dans la continuité des façades, une échappée par où on pouvait la voir, mais il fallait pour cela reculer, s’éloigner, quitter la presse, l’animation de la Place, gagner le lieu mystérieusement disgracié, où achevaient de rouiller, avec la pesanteur sereine des choses abandonnées à elles-mêmes, des pièces d’attelage, des pots d’échappement, des pare-chocs, tout un embarrassement de ferraille, éternel objet de discorde, de controverses électorales, déversé contre le mur du Parc, falaise de granit recouverte tout entière par l’élasticité poussiéreuse, un peu inquiétante, du lierre; j’allais pourtant m’y adosser quelquefois, me faisant un point d’honneur de surmonter mes appréhensions, pour le simple plaisir peut-être de braver les recommandations maternelles, troublée aussi de le sentir s’incurver doucement autour de moi, enveloppant à la façon d’un nid.»

   
   Si vous aimez vous laisser surprendre par un livre alors celui-ci trouvera place dans votre bibliothèque.

critique par Dominique




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