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Le livre canoë (poèmes et autres récits) de Serge Delaive

Serge Delaive
  Le livre canoë (poèmes et autres récits)
  Argentine
  Poèmes sauvages

Le livre canoë (poèmes et autres récits) - Serge Delaive

La poésie n'est pas un long fleuve tranquille
Note :

   Bien avant de se faire romancier et de signer avec son "Argentine" une vraie réussite du genre, Serge Delaive était poète. Mais un poète qui déjà contait des histoires. Un poète qui, entre les pages de ses livres, offrait déjà tout un monde à ses lecteurs.
   
   A travers les quatre sections du "livre canoë" ("Parabellum", "Postures", "Antipoèmes" et "De la littérature"), à travers aussi une grand diversité formelle mêlant de longues séquences de vers libres à des poèmes courts dont la brièveté relève quasiment de l'instantané photographique ou encore à quelques textes en prose, Serge Delaive nous entraîne vers les horizons lointains de Vientiane ou de Buenos Aires où l'on croisera d'ailleurs quelques silhouettes qui réapparaîtront dans "Argentine". Tour à tour lyriques ou bien bousculés et comme heurtés par un sentiment d'urgence, ses vers nous immergent dans des histoires de fuite, de morts violentes, de suicide et d'abandon, flirtant avec le doute, les traîtrises de la mémoire et le sentiment, troublant au dernier degré, de l'impossibilité-même de la littérature. Et pourtant...
   
   Décidément, sous la plume de Serge Delaive, la littérature et certainement la poésie n'ont rien d'un long fleuve tranquille. Et à mon avis, ce n'est certes pas le lecteur, tantôt déstabilisé, surpris, ému ou conquis, qui s'en plaindra...
   
   
   Extrait:
   
   Postures
   
   (...)
   
   La mousson renonce
   à la terre ocre et détrempée
   livrée désormais
   au soleil carnivore
   Les palmiers aréquiers
   vigiles haut perchés
   suent d'huile et du bétel
   que l'on chiquera
   en épiant les signes
   avant-coureurs d'un
   imminent typhon
   qui trace déjà
   larges gestes circulaires
   en travers du ciel retiré
   son lavis lourd et ses franges
   aquatintes.
   
   (...)
   
   (Vientiane)
   Le lent
   l'indolent charme
   de Vientiane en sarong
   s'émiette par les mailles lâches
   des heures qui pendouillent
   se délitant jusqu'à l'usure
   avant de glisser en vrilles paresseuses
   à l'improviste
   sur la nuit poussiéreuse. (pp. 63-64 et p. 73)

critique par Fée Carabine




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