Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Vol de nuit de Antoine de Saint-Exupéry

Antoine de Saint-Exupéry
  S comme: Le Petit Prince
  Vol de nuit
  Terre des hommes
  Dès 08 ans: Le Petit Prince

Antoine Marie Jean-Baptiste Roger de Saint-Exupéry est un écrivain, poète et aviateur français, né à Lyon en 1900 et disparu en vol le 31 juillet 1944, au large de Marseille.

Vol de nuit - Antoine de Saint-Exupéry

Un livre comme il n’en existe pas tant que ça
Note :

   Un livre comme il n’en existe pas tant que ça, d'une simplicité et d'une densité brute.
   
   C'est l'époque des baroudeurs, de la conquête des airs bien sûr, d'acheminer en temps et en heure le courrier, gagner sur les trains et les bateaux gagner ce temps sur la nuit. On est en Amérique latine, les pilotes arrivent, repartent sous la houlette d'une démiurge en la personne de Rivière, figure tutélaire et centrale s'il en est qui veille et dont la devise se résume à "Aimez ceux que vous commandez mais sans leur dire". Il veille, sanctionne, écoute et décide ce qu'est à même de faire un chef mais on sent que sa dureté n'est là que pour un seul objectif, un seul point de convergence vers lequel tout son être tend. Il n'a rien contre les hommes, les pilotes de l'absolu, les découvreurs de monde; sa lutte se focalise sur les erreurs qui sont périphériques et pourraient les mettre en danger. Il est le veilleur de leurs nuits, qui par sa sévérité les garde toujours éveillés, focalisés.
   
   Dans la préface de mon édition, c'est André Gide qui parle et qui dit de belles choses et notamment "que le bonheur de l'homme n'est pas dans la liberté, mais dans l'acceptation d'un devoir. Chacun des personnages de ce livre est ardemment totalement dévoué à ce qu'il doit faire, à cette tâche périlleuse dans le seul accomplissement de laquelle il trouvera le repos du bonheur".
   
   Un livre où le drame est là dont la tension, palpable est présente au fil des pages, inéluctable et tranchante, les hommes font face comme ils peuvent, devant les éléments on se sent différent, autre et il y a l'acceptation de sa condition d'humain qui surgit, qui revient à nous...
   
   Bonne lecture en tout cas.
    ↓

critique par Herwann




* * *



Polar d’une journée. Non. D’une nuit!
Note :

   Soit les débuts de l’aviation civile – et postale plus précisément – ou peu s’en faut. Une entreprise commerciale qui fonde son originalité, voire sa raison d’exister, sur l’acheminement du courrier d’Europe vers l’Amérique du Sud. Entre les deux il y a un océan et il y a les Andes. Il faut de nos jours faire un effort pour imaginer le danger que représentait, en ces débuts de l’aviation, le franchissement d’une Cordillière si élevée  A l’époque, chaque traversée était une prise de risque.
   
   Dans ce roman électrique, Antoine de Saint-Exupéry nous raconte le drame d’un pilote, engagé dans une traversée de la Cordillière de nuit, alors que les conditions climatiques se dégradent à grande vitesse. Nous sommes dans le cockpit, mais surtout nous sommes Rivière, l’inspecteur chargé par la Compagnie de veiller à ce que tout soit mis en œuvre pour le respect de l’horaire d’acheminement du courrier et du sacro-saint principe de continuité - ne pas interrompre la chaîne; que les avions soient prêts et entretenus en temps et heure, que les hommes soient prêts et même prêts à tout, … Rivière, inspecteur au grand cœur mais au comportement bourru – il faut se faire respecter – qui enverra d’une certaine manière un pilote à la mort, qui devra l’annoncer à sa veuve, et vivre avec pour le restant de ses jours …
   
   Inconsciemment, du fait d’une action sous tension perpétuelle, d’une immanence du drame qu’on voit se profiler en même temps que les nuées de l’orage, j’ai pensé à Malraux. Au Malraux de «La condition humaine». Même «électricité», même style vif au ras de l’action, mêmes considérations philosophiques sur l’homme confronté à sa condition d’être à la fois supérieur mais fragile, ici devant la puissance de la nature, d’être capable de toutes les folies et de toutes les audaces simplement en respect de l’engagement pris et de la tâche à accomplir. C’est presque un sacerdoce que nous décrit là Antoine de Saint-Exupéry.
    ↓

critique par Tistou




* * *



Bravoure partagée
Note :

   N'est pas seulement brave celui qui agit... Celui qui permet, met en confiance, encadre la prise de risque, gère la crise l'est tout autant.
   Ainsi, dans ce livre, qui se situe aux débuts de l'aéropostale, est évoqué le destin de l'aviateur qui ne peut encore affronter en totale sécurité le mauvais temps, et encore moins en pleine nuit et le chef, qui doit rassurer ses troupes et assurer le service, malgré les risques et les conséquences.
   Qu'est-ce qui pousse ces hommes à se lancer dans de telles entreprises pour transporter du courrier plus rapidement? Question centrale de l'origine de la motivation humaine au progrès.
   
   La tension ressentie par les protagonistes est au centre. Prenant tous les risques, les pilotes volent par des météos parfois peu favorables et dans des lieux géographiquement complexes. Le pilote, la femme du pilote, les employés de l'aéropostale subissent cette tension permanente. Et puis au sommet, il y a Rivière, le patron, celui qui chapeaute et qui décide, celui qui ne peut flancher, celui qui doit assumer toutes les difficultés et gérer les crises. Son rôle est ici, sans fioriture, exposé dans sa tension et son ambivalence. Aimer ses pilotes sans le leur dire, comprendre les difficultés sans plaindre ceux qui doivent les résoudre. Sa mission de pilier supportant le poids de la réussite n'est pas enviable mais il la tient. Le comment et le pourquoi ne sont pas loin.
   
   "Si un pilote cassait un appareil, ce pilote perdait sa prime de non casse.
   Mais quand la panne a eu lieu sur un bois? S'était informé Robineau.
   Sur un bois aussi.
   Et Robineau se le tenait pour dit.
   Je regrette, disait-il plus tard aux pilotes, avec une vive ivresse, je regrette même infiniment, mais il fallait avoir la panne ailleurs.
   Mais monsieur Robineau, on ne choisit pas!
   Le règlement, pensait Rivière, est semblable aux rites d'une religion qui semblent absurdes mais façonnent les hommes." P48

   
   Ce rôle de meneur est très bien décrit.
   
   « Il pense au pilote : "Je le sauve de la peur. Ce n'est pas lui que j'attaquais, c'est, à travers lui, cette résistance qui paralyse les hommes devant l'inconnu. Si je l'écoute, si je le plains, si je prends au sérieux son aventure, il croira revenir d'un pays de mystère, et c'est du mystère seul que l'on a peur. » P100

   
   Ce livre court distille une tension vive. On y découvre et y suit le courage qu'il fallait aux pionniers de l'aéropostale pour mener à bien leurs missions. On entre dans l'arrière cour où les nerfs se doivent d'être solides. Et en filigrane se lit une réflexion sur le sens de la vie.
   
   « Un ingénieur avait dit un jour à Rivière, comme il se penchait sur un blessé, auprès d'un pont en construction : "Ce pont vaut-il le prix d'un visage écrasé?" Pas un des paysans, à qui cette route était ouverte, n'eût accepté, pour s'épargner un détour par le pont suivant, de mutiler ce visage effroyable. Et pourtant l'on bâtit des ponts.  L'ingénieur avait ajouté : "l'intérêt général est formé des intérêts particuliers : il ne justifie rien de plus.
   - Et pourtant, lui avait répondu plus tard Rivière, si la vie humaine n'a pas de prix, nous agissons toujours comme si quelque chose dépassait, en valeur, la vie humaine... Mais quoi? » P128

critique par OB1




* * *