Lecture / Ecriture
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Les Amours jaunes de Tristan Corbière

Tristan Corbière
  Les Amours jaunes

Les Amours jaunes - Tristan Corbière

Parti trop tôt
Note :

   Né à Coat-Congar près de Morlaix en Juillet 1845, il est le fils d'Edouard Corbière, romancier auteur de romans maritimes bretons (le Négrier) et capitaine au long cours. Sa mère s'appelle Aspasie: il l'a ramenée de ses voyages. Lors de sa naissance, Aspasie a 18 ans et Edouard, 50. Ni l'un ni l'autre ne sont bretons d'origine, contrairement à la légende du «poète breton» que Verlaine inventa.
   Toutefois, Joachim-Edouard Corbière vivra à St Brieuc et à Roscoff, y prendra goût, et adore aller en mer.
    Le garçon, malade dès l'enfance vivra aussi en Italie, où il noue une relation avec une femme qu'il nomme «Marcelle» dans son recueil, une passion non payée de retour. Ses dernières années, il les vit à Paris, existence de bohème riche mais toujours malade. Il meurt en 1875, il n'a pas encore trente ans.
   
   Il publie son recueil à compte d'auteur en 1873 + neuf poèmes dans «La Vie parisienne». En 1844, Verlaine consacre trois articles à Corbière dans son recueil «les Poètes maudits». Huysmans y fera allusion dans «A rebours». «Les Amours jaunes» seront réédités en 1891.
   
   Ce recueil de poèmes est profondément désenchanté. La facture classique y est constamment pastichée, ainsi que la manière des grands auteurs tels La Fontaine, Hugo, Lamartine, Malherbe.
   Corbière use de la langue d'une façon très libre: onomatopées mots latins anglais italiens espagnols. Il abandonne la ponctuation dans «cris d'aveugles», coupe les mots vers la fin des vers. Mais dans d'autres pièces il use de nombreuses fois du tiret et du point de suspension.
   La typographie est variée: italiques, majuscules fréquentes.
   
   On pourrait croire que l'œuvre manque d'apprêt de polissage, que le rythme est resté heurté et brut, avant que le poète ait eu le temps de terminer. Mais bien sûr il s'agit d'un choix délibéré.
   Le premier jet serait un vers relativement harmonieux et régulier qu'il s'emploie à désarticuler, à bousculer les césures, multiplier les arrêts brusques, proscrivant tout ce qui pourrait engendrer une musicalité.
   
   Les surréalistes aimèrent beaucoup Corbière, et tenaient la «Litanie du sommeil» (véritable bréviaire pour les insomniaques) pour un exemple d'écriture automatique.
    Personnellement, je ne crois pas que l'écriture automatique puisse rendre aussi bien sur un poème long.
   
   Adolescente, j'ai été immédiatement attirée par le côté antipoésie, anti-lyrisme, vers en miettes, présentation de l'existence comme survie et provocation. On peut trouver Corbière grinçant et disharmonieux, voire dérisoire, moi je le trouve pathétique et maniant l'humour noir en maître.
   
   
   Extrait :
   
   Le crapaud:
   
   Un chant dans une nuit sans air...
   La lune plaque en métal clair
   Les découpures du vert sombre.
   ...Un chant ; comme un écho, tout vif
   Enterré, là, sous le massif...
   -Ça se tait : Viens, c'est là, dans l'ombre...
   -Un crapaud!-Pourquoi cette peur,
   Près de moi, ton soldat fidèle !
   Vois-le, poète tondu, sans aile,
   Rossignol de la boue...-Horreur !-
   ...Il chante. -Horreur !!-Horreur pourquoi ?
   Vois-tu pas son oeil de lumière...
   Non : il s'en va, froid, sous sa pierre.
   .................................................................
   Bonsoir-ce crapaud-là c'est moi.

critique par Jehanne




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