Lecture / Ecriture
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Lettres de voyage de Anton Tchekhov

Anton Tchekhov
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Anton Tchekhov (1860-1904), fils d'un épicier qui fit faillite, devint médecin et exerça cette profession jusqu'à la fin de sa vie. Dramaturge célèbre, il est aussi l'auteur de centaines de nouvelles.

Lettres de voyage - Anton Tchekhov

L'homme qui venait du froid
Note :

   Lectrice de plusieurs biographies d’Anton Tchekhov, un épisode de sa vie intrigue et provoque l’admiration: c’est son voyage et son séjour sur l’île de Sakhaline
   Il partit de Moscou en avril 1890 il atteint Sakhaline en juillet. Il y séjourne trois mois avant d’entamer une voyage de retour qui le ramène à Moscou en décembre de la même année.
   Sakhaline est un bagne particulièrement inhumain et Tchekhov part pour enquêter "Après l'Australie, dans le passé, et Cayenne, Sakhaline est le seul endroit où l'on puisse étudier une colonie faite de criminels. Toute l'Europe s'y intéresse, et nous devrions l'ignorer?" et aussi dit-il pour payer sa dette à la médecine.
   En partant il court des risques, le régime tsariste n’a jamais vu d’un très bon œil les récits sur les défauts et les manques de la Russie,
   Il part sans recommandation, sans lettres d’introduction et très incertain de l’accueil qu’il recevra des autorités sur place.
   Son ami et mentor Alexeï Souvorine s’est engagé à publier dans les colonnes de son journal, le récit de ce voyage, mais les lettres qu’Anton Tchekhov adresse à ses amis et relations ne sont pas destinées à être publiées, elles respirent le naturel et la sincérité, l’inquiétude pour les siens, parfois l’indignation, mais aussi son amour inconditionnel pour sa patrie.
   
   Il va faire 12000 Km dans une contrée parcourue par les vagabonds, les mendiants et les déportés "la Sibérie est un pays froid, tout en longueur. J'avance, j'avance et n'en vois pas la fin" Il voyage dans des conditions dures et très éprouvantes lui qui est déjà atteint de tuberculose.
   Son itinéraire l’emporte en train, à cheval, il remonte la Volga sur un vapeur, il traverse le Baïkal sur un caboteur et remonte le fleuve Amour dont "Les rivages sont si sauvages, vierges et somptueux qu’on voudrait y rester et y vivre jusqu’à la fin des temps."
   Les dangers sont multiples: "Il fait un froid de loup" l’itinéraire est semé d’embûches "J’ai guerroyé avec les crues, le froid, le bourbier, la fringale et l'envie de dormir" ou encore "Peu avant le soir, on me dit au relais qu'il n'est pas possible d'aller plus loin car tout est inondé, les ponts ont été emportés"
   Ses lettres à sa famille se font parfois légères et savoureuses comme la relation de ses expériences gastronomiques "miel et sauterelles" constituant parfois son menu.
   
   Le tableau qu’il dresse de la Sibérie est sans concessions, le médecin et l’écrivain se confondent et il déplore l’état sanitaire des populations décimées par la diphtérie ou la variole. L’alcoolisme qui fait des ravages "On trouve autant de vodka qu'on en veut dans les villages les plus reculés (...) il est beaucoup plus facile de boire de la vodka que de faire un effort pour pêcher du poisson dans le Baïkal ou élever du bétail "
   A Irkoutsk plane encore le souvenir de Raditchev exilé par l’impératrice Catherine pour ses écrits jugés subversifs et ceux des décabristes coupables d’avoir rêvé à la démocratie et envoyés au bagne par Nicolas 1er.
   Mais l’éloignement du pouvoir administratif permet une certaine liberté "Ici on n'a pas peur de parler haut et fort. Il n'y a personne pour vous arrêter, ni d'endroit pour vous exiler, on peut faire du libéralisme à satiété."
   
   Son voyage de retour dure deux mois. Il embarque sur un bateau qui doit le ramener à Odessa, les escales sont parfois supprimées en raison d’une épidémie de choléra, il peut néanmoins s’arrêter à Hong Kong où il fait un tour en pousse-pousse "Cela revient à dire que je me suis fait traîner par des hommes" et à Ceylan " Un endroit où sûrement se situait le paradis"
   Il a été heureux en voyage et il écrit à Souvorine "J’ai vu tant de richesse et j’ai eu tant de plaisir que je n’aurais pas peur de mourir maintenant"
   
   Mais durant ces sept mois d’absence il a découvert l’enfer de Sakhaline et il ne sera plus jamais le même après cela.
   Je vous propose de le retrouver à Sakhaline dans un prochain billet.

critique par Dominique




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