Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Demain les chiens de Clifford D. Simak

Clifford D. Simak
  Demain les chiens
  Une Chasse Dangereuse
  Les Visiteurs
  Voisins d'ailleurs

Né en 1904, Clifford D. Simak est décédé en 1988. Auteur de science fiction reconnu, ayant publié une cinquantaine de romans et recueils de nouvelles, il a obtenu de nombreux prix (dont le célèbre Prix Hugo à 3 reprises).

Il a été lu dans le cadre des mois "L'Age d'or de la Science Fiction".

Demain les chiens - Clifford D. Simak

8 contes pour y réfléchir...
Note :

   Enfin présentés et commentés dans une édition complète et critique, les contes de la tradition orale canine devraient enchanter ceux qui connaissent déjà et ceux qui vont découvrir ces mystérieux récits dont la véracité et la signification sont toujours discutés par les savants Rover, Tige et Bounce.
   
   Je l’ai déjà souvent écrit, mais ce que je trouve le plus fascinant dans la science-fiction est la capacité de auteurs à livrer des œuvres qui parle de l’humain en en prenant le contre-pied. Et prendre le contre-pied, c’est ce que fait Simak en créant un univers où le chien est devenu, avec d‘autres espèces animales ou insectes, l’espèce intelligente dominante. Dans ce monde, l’homme est ravalé au rang de créature mythique, héros des histoires contées autour des feux de camps canins.
   
   "Demain les chiens" est composé des 8 contes, ou 8 nouvelles si vous préférez, chacun accompagné d’une note critique de l’auteur, anonyme, qui présente ainsi les hypothèses contradictoires des philologues. Car nul ne s’accorde sur le sens à donner aux contes: il y a ceux qui n’y voient que mythologies, ceux qui défendent une approche historique, ceux qui refusent toute possibilité d’une intelligence autre que canine. Simak a rédigé ces nouvelles entre 1944 et 1951, leur donnant malgré cette distance dans le temps une cohérence accrue par les notes qui les lient les unes aux autres. J’ai beaucoup aimé ces notes. Pas simplement parce qu’elles lient les nouvelles, mais parce que ce faisant, elles donnent un aperçu de la culture et de la société canine telles que les envisage Simak. Elles sont un moyen pour lui d’amener ses lecteurs à réfléchir sur la manière dont les hommes analysent et interprètent les récits de leurs propres traditions, dont certains rejettent avec certitude toute possibilité d’une intelligence autre qu’humaine. C’est amusant de retrouver dans certaines interprétations et certaines réflexions les interprétations et les réflexions qu’ont pu faire naître les grandes évolutions et théories scientifiques: rotondité de la Terre, conquête spatiale… En filigrane se dessine le fossé qui se creuse entre les manières de penser et le regard que l’on porte sur le monde d’une époque, d’une ère à une autre. Et on s'interroge comme cela arrive parfois à la faveur d'anecdotes ou d'histoires, sur les interprétations que l'archéologie donne aux découvertes qu'elle invente.
   
   Mais revenons aux contes. En 8 étapes, Simak dessine l’avenir possible de l’humanité: dislocation des cités et du tissu social, individualisme exacerbé, conquête spatiale, évolution de l'humain et de l'animal par le biais de mutations naturelles ou artificielles. Chaque récit est lié aux autres par ses personnages, tous appartenant ou étant liés à la famille des Webster, et étant part d'un événement ou d'un non événement crucial dans l'évolution du monde. Du coup, chacune est différente: certaines sont introspectives, d'autres plus tournées vers l'action, mais jamais, jamais on ne s'ennuie à suivre les trajectoires de ces hommes qui portent tous le poids, de plus en plus lourd, des actes de leurs ancêtres. A chaque nouvelle, l'humanité est différente: la société a définitivement éclaté, la cellule familiale également, la découverte de races extraterrestres a mené à un exode massif, les mutants dotés de pouvoirs télépathiques et de capacités hors normes ont trouvé leur propre chemin ce qui fait penser par certains aspects à l'oeuvre de Sturgeon, les robots acquièrent une certaine indépendance... Les chiens sont définitivement passés du statut d'animal à celui de créature pensante et intelligente aux capacités à la fois proches de celles de l'homme, d'une manière presque déstabilisante (j'avoue penser là à la tendance à s'affirmer comme alpha et oméga de la création par exemple, ou d'imposer un ordre conçu comme légitime au reste du monde), et très éloignée avec entre autre leur perception des mondes parallèles. Certains aspects sont terrifiants et ouvrent à la réflexion sur la socialisation et les conséquences de sa disparition, d'autres sont drôles, comme cette tondeuse à gazon en plein conflit de territoire avec un vieil homme, la transformation de l'homme en une sorte de créature mythique dénommée Webster... En tout cas, c'est terriblement intelligent et intéressant, maîtrisé de main de maître et indispensable dans une bibliothèque de science-fiction!
    ↓

critique par Chiffonnette




* * *



Réflexion sur l'homme
Note :

    Je ne crois pas avoir déjà chroniqué de livre de science-fiction, et il est vrai que je n’accroche généralement pas à ce type d’imaginaire, qui me parait souvent laborieux et factice.
   
    Mais j’ai pris grand plaisir à lire ce classique de la SF américaine, qui déploie un monde imaginaire foisonnant et cohérent, où les animaux prennent leur revanche sur la civilisation humaine, vouée à péricliter par son égoïsme et son manque d’altruisme. C’est la civilisation canine qui prend la relève en se révélant plus pacifique, plus humaniste, et mieux adaptée à la complexité du monde.
   
    Ce sont les robots, fabriqués par les hommes pour les servir, qui vont seconder les chiens en leur servant de mains.
   
    Ce roman se présente sous la forme de huit contes. Avant chacun de ces contes, des notes explicatives à l’intention des lecteurs canins mettent en garde contre tel ou tel aspect peu crédible, ou cherchent à expliquer tel ou tel détail que leur civilisation a rejeté depuis longtemps. Ainsi, l’existence des hommes leur semble fort peu avérée, et la civilisation humaine développée dans des villes leur parait incompréhensible. Dans le premier conte, les seuls personnages sont des humains. Dans le dernier conte, il n’y a plus d’humains. Entre les deux, sept mille ans se sont écoulés et les six autres contes retracent les grandes étapes de cette histoire.
   
    Ici aucune violence, les hommes ne disparaissent pas de la surface de la Terre par l’effet d’une guerre ou d’une épidémie, mais ils choisissent pour la plupart de devenir autre chose que des humains, sur une autre planète, dans un cadre plus harmonieux, pour trouver la plénitude. Ceux qui restent malgré tout sur Terre finissent par abandonner la partie en se vouant à un sommeil sans fin, par désœuvrement, par ennui.
   
    Mutants, fourmis, Martiens, horlas, … enrichissent également ce roman de leurs particularités psychologiques ou philosophiques.
   
    J’ai lu que ces contes avaient été écrits par Simak à partir de la fin de la deuxième guerre mondiale et jusqu’au début des années 50, comme une réaction à la barbarie humaine, et on sent en effet une émotion et une sensibilité particulières.
   
    Un roman intelligent, un imaginaire insolite et captivant.

critique par Etcetera




* * *