Lecture / Ecriture
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La chasse au Snark de Lewis Carroll

Lewis Carroll
  Alice au Pays des Merveilles
  La chasse au Snark
  De l'autre côté du miroir
  Dès 08 ans: Alice au Pays des Merveilles

Lewis Carroll est le nom de plume de Charles Lutwidge Dodgson, écrivain britannique né en 1832 et décédé en 1898. Il fut également professeur de mathématiques puis photographe de renom.

La chasse au Snark - Lewis Carroll

Aux sombres héros de l'amer*
Note :

    Un petit livre oublié est en train de faire son chemin sur la blogosphère grâce aux éditions Folio, qui une fois encore ont remis au goût du jour un vrai petit bijou! Ecrit en 1876, onze ans après le première Alice, "La Chasse au Snark" de Lewis Carroll est un exemple typique de "nonsense", ce que s'emploie à illustrer la présente édition à travers une série de commentaires pertinents et une documentation bien fournie.
   
   "La chasse au Snark" va embarquer des individus plus farfelus les uns que les autres à la recherche de cet être sans doute à mi-chemin entre un requin et un escargot (snark était le mot-valise de "shark" et de "snail"), une créature que personne n'a par ailleurs jamais vue. Le capitaine donne des ordres contradictoires, le castor fait de la dentelle, arrive un boucher qui ne tue que les castors... voilà qui pourra déjà vous donner une idée de la situation absurde et cocasse dans laquelle se trouvent embourbés les personnages! Le texte est ici en version bilingue et est absolument à découvrir, ne serait-ce que pour l'humour qui s'en dégage, au-delà de la langue, Carroll se jouant des mots avec plaisir!
   Ainsi pour réanimer le boulanger:
   "The roused him with muffins - they roused him with ice..." (Ils le ranimèrent avec des muffins, ils le ranimèrent avec de la glace)

   Ou encore:
   "And the Bellman cried "Silence! Not even a shriek!" / and excitedly tingled his bell" (Et l'homme à la cloche cria silence, pas même un cri! / excité et faisant sonner sa cloche).

   
   A noter l'introduction intéressante qui revient sur le parcours de Lewis Carroll, mathématicien; sa technique est annonciatrice de l'Oulipo, dont fait partie le traducteur de cette édition (les traductions ne manquant pas, et nous devons l'une d'elles à Aragon).
   On y apprend que Carroll avait refusé de laisser l'illustrateur représenter le snark, ce qui m'a rappelé Kafka et La Métamorphose:
   « J’ai pensé, comme Starke va faire l’illustration, qu’il pouvait peut-être vouloir dessiner l’insecte. Non pas cela, par pitié, pas cela! L’insecte, il ne faut pas le dessiner. On ne peut même pas l’ébaucher. Si je pouvais me permettre de suggérer une illustration, je choisirais des scènes comme par exemple: les parents et le fondé de pouvoir devant la porte fermée ou encore mieux, les parents et la sœur dans la pièce éclairée tandis que la porte donnant sur la petite chambre obscure reste ouverte.»

   
   "La Chasse au Snark" est suivie par le Jabberwocky (poème découvert par Alice dans "Through the Looking Glass"), fait de mots inventés par Carroll. Plusieurs traductions sont proposées, assorties des commentaires de Bernard Cerquiglini qui sont finalement ce qui m'a le plus passionnée lors de cette lecture. On y voit ainsi plusieurs versions qui n'ont pas grand-chose en commun, ni le fond ni la forme (en particulier en termes de sonorités, l'effet rendu est radicalement différent d'une traduction à l'autre).
   
   J'ai bien ri en lisant celle d'Henriette Rouillard qui ne s'est pas donné de mal mais a le mérite de rester très fidèle au texte original: C'est brillig et le slithy toves / gyre et gimble dans le wabe / Mimsy sont tous les borogoves / et les mome raths outgrabe (ça me rappelle les traductions automatiques sur internet).
   
   Bref, amusez-vous bien et partez vous aussi à la chasse au snark!
   
   
   * Pourquoi ce titre? Parce qu'il m'a rappelé un grand moment d'absurdité, puisque petite j'étais persuadée que le titre était en réalité "au sombrero de la mer" (titre ma foi fort intrigant) et que cette confession me paraît parfaite dans le cadre de ce petit billet sur le nonsense!
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critique par Lou




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Bilinguisme bien utile
Note :

   Titre original : The hunting of the Snark
   
   
   Présentation de l'éditeur
   
   "Un cireur de souliers, un fabricant de bonnets, un boulanger, un avocat et un castor, entre autres personnages, partent à la recherche d'un animal fantastique: Le Snark. En espérant qu'il ne s'agira pas d'un boojum! Moins connu qu'Alice au pays des merveilles mais aussi extravagant, La chasse au Snark conserve toute sa puissance comique. En regard du texte anglais, accompagné des illustrations originales de Henry Holiday, la traduction de l'oulipien Jacques Roubaud respecte l'oralité de ce long poème. Elle est suivie d'une analyse par le linguiste Bernard Cerquiglini."

   
   
   Commentaire
   

   Afin de profiter de cette lecture un maximum, j'ai laissé passer un peu de temps après la fin d'Alice et de "Through the looking glass" sinon, ça aurait été la catastrophe assurée! Et j'ai bien fait parce que bon, ça m'a finalement plu, même si je pense toujours que Lewis Carroll en fumait du bon!
   
   C'est donc ici à une version toute Carrollienne du poème épique que nous avons droit. Sept chants (ou "crises") nous relatent les méthodes et leurs idées pour trouver et chasser le Snark, un animal que personne n'a jamais vu. Personne ne sait à quoi il ressemble et si l'hypothèse la plus admise est un mélange d'escargot (snail) et de requin (shark), je n'ai pu m'empêcher de penser que ce Snark symbolisait certainement quelque chose d'autre, quelque chose que tous recherchent, qu'ils soit Bellman ou Castor. Chacun a son idée, ses méthodes et ses craintes et ce n'est pas sans risques non plus... Et si le snark était un boojum??
   
   Lire ce texte à voix haute en VO est un véritable régal. Du grand nonsense, du grand n'importe quoi, à première vue et pourtant... Les sonorités, les jeux de mots, les rythmes, les répétitions... ça m'a beaucoup plu! Je craignais un peu quand j'ai vu la forme du roman parce que j'imaginais avec peine un tas de pages du style du "Jabberwocky" et je paniquais un peu! Sauf que c'est très accessible malgré les personnages complètement loufoques et les situations cocasses. C'est plein de contradictions, de situations très ironiques et à lire Carroll, on ne s'étonne plus du tout de voir les gens se faire réanimer avec des muffins!!!
   
   La deuxième partie est consacrée à une analyse de diverses traductions du "Jabberwocky", avec commentaires. Très intéressant aussi car ça a dû être un terrible casse-tête! Bon, juste de le lire, c'est un terrible casse-tête et j'avoue que ce poème m'a fait réaliser que j'aimais le weird... mais avec une certaine limite!!! Les traductions sont tellement différentes, autant sur la forme que sur le fond, qu'il devient très, très intéressant de comparer le tout!!

critique par Karine




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