Lecture / Ecriture
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Bel et bien morts de Anthony Cronin

Anthony Cronin
  La vie de Riley
  Bel et bien morts

Bel et bien morts - Anthony Cronin

La bohème et l’alcool!
Note :

   Né en 1928, il est le survivant d’une génération d’écrivains qui marqua les lettres irlandaises de l’après-guerre. Poète, romancier il fut également chroniqueur au "Irish Times".
   
   Dublin, vers la fin des années quarante, l’Irlande est misérable, la capitale ressemble plus à une ville de province, l’église règne en maître et l’état pense toujours à une utopique Irlande, hélas disparue. Cronin nous fait découvrir, non pas les écrivains ou les peintres, mais les hommes, souvent cachés derrière des masques.
   
   Quelques figures de gens de lettres en devenir dépareillent dans cette société frileuse et sclérosée. Ne reste t-il que la fuite dans l’alcool ou l’exil? Voici donc le portrait de trois des plus importantes figures des écrivains irlandais de la deuxième moitié du XXeme siècle.
   
   Auteurs en quête de personnages et de gloire.
   
   Brendan Behan, qui semble porter le malheur du monde sur ses épaules, il cherchera l’argent et la gloire. Mais ils le tueront.
   Exhibitionniste timide il buvait pour se "forger un masque".
   Les mésaventures françaises de Behan et Cronin, valent leur pesant de quiproquo et d’inorganisation. A noter, un pèlerinage sur la tombe de Wilde et dans la chambre où est mort celui-ci; Behan écrira en gaélique le poème qui figure dans l’ "Anthologie de la poésie irlandaise du Xxe siècle". Un journaliste dira de lui "Trop jeune pour mourir, mais trop saoul pour vivre".
   
   Patrick Kavanagh, était d’une famille de paysans, son poème le plus connu "La grande Famine"(25 pages environ) parle de la misère matérielle, morale et sexuelle d’un homme vivant encore avec sa mère à plus de cinquante ans. Il rompit avec le style néo-celtique de l’époque et n’avait pas que des amis dans les milieux littéraires dublinois. L’alcool, un cancer et un procès en diffamation eurent raison de sa santé.
   
   Flann O’Brien, ses parents étaient des gaélisants et leurs enfants apprirent cette langue dès leur plus jeune âge. Certaines chroniques de "Myles n Gopaleen" furent écrites dans cette langue.
   Aussi curieux que cela puisse paraître, il fut de longues années fonctionnaire. Ses chroniques firent de lui un personnage en vogue de Dublin, mais l’écrivain ne connut que la gloire posthume. C’était un petit homme bien habillé "qui ressemblait à un prêtre et à un gangster".
   
   Anthony Cronin dit de Flann O’Brien: Il était, je crois un véritable alcoolique, ce qui n’était pas le cas de Behan, ni même de Kavanagh, me semble t’il.
   
   Anecdote, qui est passée à la postérité, Kavanagh, Flann O’Brien et Anthony Cronin furent ou instigateurs ou parmi les rares protagonistes du premier "Bloomdays" le 16 Juin 1954.
   
   Dans la dernière partie du livre, Cronin nous parle de sa bohème londonienne et de peintres écossais adeptes eux aussi de la divine bouteille.
   
   Narration simple de situations et de personnages très compliqués, et un éclairage nouveau sur ces gens qui semble ne pas être nés au bon moment, ni au bon endroit. Non pas une œuvre de démystification, mais un témoignage sur l’Irlande des années de l’après-guerre et sur ses milieux littéraires.
   
   
   Extraits
   
   -Je gagnais sept livres et trois shillings par semaine, dépensais trois de ces livres pour me loger et buvais le reste.
   
   -Il y avait dans la maison assez d’alcool pour remettre à flot un cuirassé.
   
   -On trouvait chez lui l’ambiguïté coutumière des Anglo-Irlandais, il haïssait las Anglais, ternes et hypocrites, sans pour autant se sentir à l’aise avec les Irlandais catholiques.
   
   -Peut-être perdit-on en Brendan un meilleur artiste d’un autre genre, et en tout cas un artiste plus heureux.
   
   -"Myles" supplanta Flann O’Brien et même Brian O’Nolan, en tout cas pour tous les signes qui comptaient.
   
   -C’est pour bien montrer que dans l’Irlande de cette époque l’écrivain était considéré comme un être infréquentable.
   

   
   Titre original : Dead as Doornails (1976)

critique par Eireann Yvon




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