Lecture / Ecriture
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La foire aux serpents de Harry Crews

Harry Crews
  La foire aux serpents
  Car
  Nu dans le jardin d'Eden
  Des mules et des hommes
  Le roi du K.O

Harry Crews est un romancier américain né en 1935 et décédé en 2012.

La foire aux serpents - Harry Crews

Foire d'empoigne et nid de crotales!
Note :

   Ayant entendu Jean-Bernard Pouy dire le plus grand bien de ce livre, dernièrement durant une conférence à Lorient, essayons!
   
   L'auteur est né le 7 juin 1935 à Bacon County en Géorgie, après une enfance pour le moins chaotique, il s'engage dans l'armée et rêve d'écrire. Il mène une vie de nomade, trouve malgré tout le moyen de se marier et de faire deux enfants. Il divorcera, mais se remariera avec son ex-épouse. Un drame familial mettra fin à cette seconde union, et enfin il sera édité.
   Dans un premier temps, je ne pensais pas parler de ce livre, donc de ne pas faire de chronique! Je ne suis pas spécialement «midinette» ou partisan d'une certaine étique littéraire, mais là certaines scènes sont à la limite de l'horreur, et les personnages sont tous à divers degrés complètement tarés, et comme, ils sont nombreux, bonjour l'ambiance! La nuit portant conseil...
   
   C'est la fête à Mystic dans l'état de Georgie, la douzième édition de la Foire aux Serpents, petite fête locale au départ. Puis c'est devenu une grosse affaire drainant des foules considérables et son lot de fous furieux. Comme en plus dans le village, les fous furieux ne manquent pas, c'est parti pour un super week-end d'excès en tous genres. La fête, c'est d'abord une chasse aux crotales qui pullulent dans la région! Puis un barbecue des-dits crotales! Au menu des festivités, l'élection de Miss Mystic, et un peu plus tard dans la soirée des combats de chiens. C'est la fête mais pas pour tous!
   
   Joe Lon est l'heureux propriétaire d'un camping, et d'une gargote vendant un whisky de contrebande qui laisse des traces dans l'organisme. Ancien joueur vedette de l'équipe de football locale, il est marié à Elfie, qui n'est plus que l'ombre de la jeune fille qu'elle était. Déjà que Joe Lon est affublé d'une soeur complètement folle et d'un père éleveur de chiens de combat, et que sa mère est partie avec un représentant en chaussures! Vive la vie de famille!
   Son père, alcoolique, vit avec sa fille, Beeder, qui ne sort plus de sa chambre depuis un temps indéterminé, se gavant de feuilletons télévisés! Joe Lon Mackey n'est plus qu'une gloire déchue; l'alcool et le temps qui passe le rongent. La folie le guette, la violence s'installe, la boisson lui sert de dernier refuge. Il est toujours amoureux de Berenice qui est partie étudier à l'université. Pour la fête, elle est de retour avec son fiancé Shep, qui, bien sûr, ne plaît pas du tout à Joe Lon.Buddy Matlow, shérif et légèrement obsédé sexuel: sa technique, mettre les femmes qui lui résistent en prison! Ensuite leur donner le choix, lui ou un crotale dans la cellule? Il périra par là où il a péché! Willard Miller est le nouveau caïd de l'équipe de football avec les avantages en nature que cette situation procure, en particulier au niveau des majorettes. Un autre des participants, fan des reptiles, a 500 serpents dans son mobil- home!
   
   L'écriture est comme le livre très dure, âpre sans concessions. C'est du noir profond, un mélange de «Fantasia chez les ploucs» sans l'humour et la fête et de «1275 âmes» crépusculaire pour la noirceur des personnages, pas un ne semble posséder l'ombre d'une chance d'avoir un avenir.
   
   On ne trouve ici aucun rayon de soleil, les filles, malgré leur jeunesse, semblent avoir déjà tout enduré et tout vécu. Certaines scènes font froid dans le dos, Berenice et Joe fêtent leurs retrouvailles en faisant l'amour tout en surveillant Elfie qui n'est pas dupe. Ce passage est très cru et elle supporte tout, en lui disant qu'elle aime Shep, et qu'ils vont se marier! Les entraînements des chiens de combats sont atroces et l'on comprend quelle rage anime ces bêtes. A la fin d'un combat, un propriétaire massacre son propre chien qui, blessé, refuse de se battre.
   
   Un livre que je ne regrette pas d'avoir découvert, mais qui restera quand même comme un des romans les plus pessimistes et dérangeants que j'ai lu, dans la même veine que «Rage noire » de Jim Thompson.
   Un monde où seuls les chiens et les serpents méritent un peu de compassion!
   
   
   Extraits :
   
   - De derrière, elle ressemblait toujours à la fille qu'il avait épousé. Ses cheveux roux qui lui tombaient sur les épaules resplendissaient d'un éclat chatoyant.
   
   - Mais par devant c'était la catastrophe. Ses seins splendides et bandants qu'elle avait encore deux ans auparavant pendouillaient maintenant comme deux poches énormes.
   
   - La cuisine empestait, on aurait cru qu'elle avait fait mijoter de la merde de moutard.
   
   - A l'instar de tout le reste, c'était une cuisinière exécrable.
   
   - Putain, pourquoi fallait-il qu'il soit salaud à ce point? Question bonne femme, on ne pouvait rêver mieux qu'Elf pour mettre au bout de sa queue, il le savait bien.
   
   - On mangeait des serpents, on buvait un peu de raide de contrebande et le tour était joué, jusqu'à l'année suivante.
   
   - « Un de nous deux va venir te rejoindre à l'intérieur de la cellule, le serpent ou moi. C'est toi qui choisis? »
   
   - Il ne l'avait jamais vu s'enduire les cheveux de merde. Il l'avait pourtant vu faire des trucs assez moches mais cela, jamais.
   
   - Elle se tenait là grignotant une pomme vêtue de la robe la plus courte que Willard Miller n'avait vu de sa vie.
   
   - Elle portait une petite culotte rouge.
   
   - « Évidement cela arrive à tout le monde de se chier dessus, sauf que nous à l'époque on avait trois mois ».
   
   - Son accent n'était plus péquenot et corsé comme de la farine de maïs, mais délicat et insipide comme de la floraline.

   
   
   Titre original: The feast fo Snacks. (1976)

critique par Eireann Yvon




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