Lecture / Ecriture
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Si Diable veut de Mohammed Dib

Mohammed Dib
  La grande maison
  Le métier à tisser
  Au Café
  Un été africain
  Le Talisman
  Mille hourras pour une gueuse
  Les Terrasses d’Orsol
  Le Sommeil d’Eve
  Neiges de marbre
  L'infante maure
  La nuit sauvage
  Si Diable veut
  L'enfant-jazz
  Comme un bruit d’abeilles
  Le cœur insulaire
  Laëzza
  L'incendie

Mohammed Dib, né en 1920 à Tlemcen, en Algérie, et mort le 2 mai 2003 à La-Celle-Saint-Cloud, est un des grands écrivains de langue française. Poète - Prix Stéphane Mallarmé -, romancier - Grand prix du Roman de la Ville de Paris -, essayiste, auteur de nouvelles, de contes et de pièces de théâtre, son œuvre, vaste et intense, a été couronnée par le Grand prix de la Francophonie de l'Académie française.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Si Diable veut - Mohammed Dib

…et le Diable peut!
Note :

   Grand prix de l'Académie Française, Mohammed Dib sait associer le réalisme le plus cruel à l'onirisme poétique. Sa phrase, tantôt incisive, tantôt lyrique, investit diverses formes narratives dont le romancier varie la typographie. L'intrigue est simple, surtout psychologique; la richesse de la construction romanesque tient aux descriptions du milieu vu par les yeux des personnages, à leurs comportements et à leurs représentations mentales.
   
   Né en Algérie, Ymran a émigré enfant avec sa famille vers "un univers maudit", une banlieue parisienne de "tours délabrées": "le fracas des chasses d'eau, les clabaudages des radios", "le pays d'accueil n'avait à leur offrir que cela". Mais, afin d'accomplir l'ultime voeu de sa mère mourante, — "tu retourneras chez nous pour moi" —, Ymran revient chez son oncle et sa tante à Tadart, son village de l'Algérie profonde. Les traditions et les croyances y restent vivaces mais le jeune homme en ignore tout et ne sait se comporter selon les codes et les rituels. Il bouleverse malgré lui la vie des villageois qui voient en lui "l'impie porteur de malédiction", l'incarnation du Diable. Depuis son arrivée, tout se dérègle: "un mal est à l'oeuvre". Quand le printemps et la pluie tardent à venir au pied de ces montagnes "dans leur haïk de neige", les vieux ont coutume de rendre un chien à la vie sauvage pour faire pleuvoir: aucun jamais n'est revenu. Or, attirés cette année-là par le sang de la fête du mouton, ils sont de retour et, semblables à des loups, agressent deux villageois... Finalement Ymran repartira-t-il? Vers "le pays auquel il appartient; là bas où il se doit d'être" selon son oncle.
   
   Mohammed Dib donne à réfléchir sur l'impossible retour d'un jeune émigré dans son pays d'origine si ses parents ne lui en ont pas transmis la culture et les valeurs: "il n'a pas pris racine dans le pays. Ça ne va pas de soi". L'auteur incite également à méditer sur la condition humaine. Ces vieux villageois, taiseux et solitaires, attendent "dans la main de Dieu": on ne choisit pas sa vie, "elle vous mène plus que vous ne la menez"; dans la main du diable aussi, car le mal est en l'homme: Ymran lui-même a conscience de ce qui "noir en (lui), cherche qui dévorer". Les Invisibles, les esprits des morts, dont les voix sans cesse parlent aux vivants, leur rappellent que la liberté reste une illusion. Ymran est encore plein de "la rage qui (le) fait vouloir être ailleurs": il apprendra que nul ne peut lutter contre son destin .
   
   En confrontant ce jeune émigré aux vieux villageois algériens, Mohammed Dib décentre le regard du lecteur pour mieux le recentrer sur les questions humaines essentielles: "Peut-être l'homme est-il le seul animal à savoir qu'il y a la mort. Mais aucunement plus que l'animal il ne sait ce qu'est la mort".

critique par Kate




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