Lecture / Ecriture
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Green River de Tim Willocks

Tim Willocks
  Green River
  La Religion
  Les douze enfants de Paris

Tim Willocks est né en 1957. Grand maître d’arts martiaux, il est aussi chirurgien, psychiatre, producteur et écrivain. Scénariste, il a travaillé avec Steven Spielberg et Michael Mann. Souvent comparé à James Ellroy ou Norman Mailer, il est l’auteur de six romans dont plusieurs sont traduits en français. Il vit en Irlande.
(source l'éditeur)

Green River - Tim Willocks

♫♪Les portes du pénitencier...♫
Note :

   Avec les éditions Sonatine c’est tout l’un ou tout l’autre, réussite comme avec "Seul le silence" ou déception avec par exemple les romans de Steve Mosby.
   Ici c’est la réussite, totale et forte, plus qu’un thriller c’est un excellent roman sur l’univers glauque et violent de la prison. Publié une première fois en 1995 sous un autre titre "L’odeur de la haine".
   
   Bienvenue à Green River, le neuvième cercle de l’enfer, un pénitencier du Texas (ça ne pouvait pas se passer ailleurs!) tout de pierre et d’acier, une prison où il ne fait jamais nuit, où sont enfermés plusieurs centaines d’hommes blanc, noirs, latinos, coupables ou innocents, tous à la fois victimes et tortionnaires.
   Même l’infirmerie est un lieu d’agressions, de tortures, de viols, un lieu où sévissent la haine et le meurtre.
   
   Le maître des lieux: John Campbell Hobbes, fou à lier et sadique mais directeur de la prison, son ingénieuse idée, la dernière qui a germé dans sa cervelle malade: faire éclater une émeute, faire s’entretuer tous ces hommes, provoquer le chaos.
   
   Les héros maintenant: Ray Klein chirurgien condamné pour viol et qui travaille à l’infirmerie, il vient d’obtenir sa liberté conditionnelle, Coley l’infirmier enfermé ici depuis 30 ans, Juliette Devlin psychiatre qui va se trouver au mauvais endroit au mauvais moment.
   Lorsque l’émeute éclate la prison est plongée dans un bain de feu et de sang, les condamnés n’ont rien à perdre (certains sont condamnés à trois peines de prison à vie consécutives...) les haines raciales se réveillent, la folie est partout jusque dans les égouts. On pense au film "Les évadés" mais en plus violent et plus noir!
   
   Le roman de Willocks est une réussite, c’est peu dire que le portrait qu’il trace des prisons est terrifiant, c’est d’une violence inouïe mais pas gratuite, il ne nous laisse pas une minute de répit, ses personnages sont superbement fouillés et certains vous resteront longtemps en mémoire.
   Willocks est psychiatre et manifestement les théories sur l’enfermement et les travers du système carcéral n’ont pas de secret pour lui. Un grand roman sur le monde de la prison. Je me promets de lire son second roman traduit: "La Religion".
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critique par Dominique




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Epique et surprenant
Note :

   Green River. Une prison de haute sécurité, perdue au fin fond du Texas, où la violence et la terreur règnent en maîtres. Dans cet enfer, le silence n'existe pas, jamais. Déshumanisés, abandonnés de tous, deux mille huit cents détenus y purgent leur peine.
   
   Certains, condamnés à perpétuité, ne reverront jamais la lumière du jour. Les autres rongent leur frein dans leur cellule, et tentent tant bien que mal de survivre dans ce pénitencier vétuste, tenu par un directeur encore plus dangereux que ses prisonniers.
   
   Ray Klein, ancien médecin condamné pour un viol qu'il n'a pas commis, y est incarcéré depuis bientôt deux ans. Il a réussi à se faire une petite place au sein de la prison, en offrant ses services à l'infirmerie. Mais alors que sa demande de libération conditionnelle vient d'être acceptée, le fragile équilibre qui régnait à Green River vole en éclats : une émeute éclate, et les détenus, regroupés par ethnies, semblent bien décidés à s'entre-tuer.
   
   Dans les couloirs de la prison livrée à elle-même, tous les coups sont permis, et les premiers menacés sont les patients de Klein, des sidéens parqués dans l'infirmerie. Désormais, Klein n'a plus qu'une idée en tête : les sauver, d'autant qu'avec eux est séquestrée Juliette Devlin, une psychiatre judiciaire, maintenant à la merci de tous ces hommes assoiffés de haine, de sexe et de revanche...
   
   
   Depuis le succès des séries Oz et Prison Break, le thriller carcéral semblait avoir perdu de son intérêt et de sa force. Pourtant, en quelques pages seulement, ce roman, précédemment paru sous le titre "L'Odeur de la haine", nous plonge directement au cœur de l'enfer. Un enfer où la surpopulation et l'isolement exacerbent les tensions, et où une simple petite étincelle suffit à embraser tous les esprits, faisant sombrer un pénitencier ultra sécurisé dans l'anarchie et le chaos.
   
   Avec un art du suspense et un sens du rythme élaborés, Tim Willocks nous entraîne dans un huis-clos haletant, porté par des personnages sombres, complexes et fouillés : Henry Abbott, un psychopathe ayant assassiné sa famille à coups de marteau et persuadé d'entendre des voix ; Claude Toussaint, détenu transgenre qui tente d'assurer sa survie en louvoyant entre les différents groupes de prisonniers ; Ray Klein, accusé d'un crime qu'il n'a pas commis, partagé entre sa conscience professionnelle et son désir de se faire oublier jusqu'à sa remise en liberté ; John Campbell Hobbes, le directeur maniaque, sadique et inhumain, bien décidé à laisser son pénitencier s'effondrer sur lui-même...
   
   Si le style est parfois un peu lourd et victime des stéréotypes du genre (le langage ordurier et les fantasmes les plus pervers sont sans doute monnaie courante dans les prisons, mais par moments l'ensemble frise réellement la caricature), l'intrigue est assez bien construite pour nous happer d'un bout à l'autre de ce thriller, avec une démultiplication des points de vue intéressante et bien menée.
   
   Certains seront peut-être déçus ou gênés par l'histoire d'amour légèrement attendue entre la jeune psychiatre et le détenu victime d'une erreur judiciaire, mais Willocks a suffisamment de talent et de ressources pour la rendre émouvante, comme une sorte d'îlot d'humanité qui parvient à survivre coûte que coûte, alors même que le reste de la prison est à feu et à sang.
   
   Encore une fois, la traduction est extrêmement mauvaise et rend la lecture fastidieuse (les personnages ne cessent de répéter "C'est OK", calque paresseux et assez déplaisant de l'anglais), mais l'ensemble se tient indubitablement, notamment grâce à ses personnages variés et attachants. L'écriture aurait sans doute mérité d'être un peu plus travaillée, mais ce défaut se trouve assez bien compensé par l'action, les rebondissements incessants, la psychologie des personnages, pour une fois crédible et approfondie, ainsi que par le dénouement, à la tonalité à la fois épique et poignante, convenue et surprenante, grandiose et subtile.

critique par Elizabeth Bennet




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