Lecture / Ecriture
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Le chant des regrets éternels de Anyi Wang

Anyi Wang
  Le chant des regrets éternels
  Amour dans une vallée enchantée

Née en 1954 de parents tous deux écrivains, Wang Anyi, enfant précoce, est capable dès l âge de quatre ans de réciter des poèmes classiques. C est encore une enfant quand son père, traité de droitiste en 1957, est démis de ses fonctions dans l armée. Dix ans après, la Révolution culturelle va ranger sa mère, comme nombre d écrivains, parmi les "esprits malfaisants". Elle se réfugie dans la lecture des grands écrivains chinois et étrangers, notamment Balzac. Depuis la parution de ses premiers textes en 1976, elle ne va plus cesser de publier nouvelles, romans et essais, remportant de nombreux prix littéraires. Le chant des regrets éternels, paru en 1995, obtiendra l une des plus hautes distinctions chinoises, le prix Maodun, en l an 2000. Elle est élue en 2001 présidente de l Association des écrivains de Shanghai.
(Source éditeur)

Le chant des regrets éternels - Anyi Wang

A la découverte de Shanghaï
Note :

   Auteur peu connu en France, Wang Anyi n’en demeure pas moins un auteur reconnu dans son pays. Ses premiers textes paraissent au milieu des années 70 et depuis elle ne cesse de publier nouvelles, romans et essais. C’est en 1995 qu’elle écrit et publie son roman "Le chant des regrets éternels" qui sera récompensé en 2000 par le prix Mao Dun, l’un des plus prestigieux prix littéraires chinois.
   
   Pour la petite histoire, ce livre m’a été offert par une amie chinoise qui connaissait mon intérêt pour les «belles-lettres». Du fait de mon ignorance, tant au sujet de l’œuvre que de l’auteur, j’ai commencé par glaner quelques informations sur ceux-ci, pour découvrir, qu’a priori, ce livre n’avait rien pour me plaire. C’était ce genre de livre dont on sait pertinemment qu’on ne l’aurait jamais lu si ce n’avait été un cadeau. Alors je l’ai lu et j’ai découvert un chef d’œuvre.
   
   Ce roman, à la fois nostalgique et romantique, nous conte la vie d’une shanghaïenne, Wang Ts’iyao, de la fin des années 40 jusqu’aux années 80. L’histoire débute alors qu’elle a 16 ans ; plutôt jolie elle termine troisième du concours de miss Shanghaï à l’occasion duquel elle rencontrera un notable politique avec qui elle entamera une liaison, et qui l’entretiendra jusqu’à son décès prématuré. Puis viendra la révolution culturelle et tous les changements et malheurs qu’elle a pu apporter tant à la ville qu’à ses habitants. Pendant une grande partie du récit l’histoire de Ts’iyao et celle de Shanghaï vont se croiser, s’entremêler et se confondre
   De cette histoire, somme toute assez conventionnelle, se dégagent pourtant deux points forts. Le premier est la description de Shanghaï, qui, à l’instar du Dublin de J. Joyce, de La Nouvelle Orléans de J. K. Toole ou encore de la Barcelone de C. R. Zafón, se révèle être un personnage, un univers à part entière. Le tableau que nous brosse Wang Anyi de sa ville de cœur est tout à fait saisissant et passionnant. Sous son pinceau nous découvrons une ville aux multiples ruelles toutes différentes les unes des autres, où l’on peut observer le quotidien des Shangaïens; tout cela construit dans un style très fluide et d’une touchante précision.
   
   Le deuxième point fort, et le plus remarquable à mon sens, se trouve dans le fait que Wang Anyi est une fine psychologue. Elle dissèque de façon quasi chirurgicale le caractère de ses personnages, elle analyse avec une impressionnante minutie le moindre geste, le moindre regard, la moindre parole ou non-dit et en tire une analyse d’une étonnante clarté. De par ces analyses elle met en exergue le caractère universel des émotions et des sentiments humains. Notre culture et nos traditions nous font interagir de manière différente et bien distincte selon que nous sommes français ou chinois, occidental ou oriental: mais si en apparence nous sommes différents, pour le fond nous sommes tous semblables.
   
   Seule ombre au tableau tout de même: le peu de références au contexte politique et économique à part les quelques indications indispensables à la cohérence du récit; mais la richesse des personnages et de leur relation ainsi que la description de la ville valent à elles seules le détour et font de ce roman un véritable chef d’œuvre de réalisme flirtant, de temps à autre, avec la poésie. De plus, il est à noter que le roman a bénéficié d’une excellente traduction française. Donc, à tous ceux qui veulent découvrir la Chine et tout particulièrement Shanghaï, je ne saurais que recommander chaudement ce livre au titre tellement évocateur: "Le chant des regrets éternels".

critique par Darius




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