Lecture / Ecriture
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Le Chant de l'épée de Bernard Cornwell

Bernard Cornwell
  Le Chant de l'épée
  L'aigle de Sharpe

Bernard Cornwell est un auteur anglais de romans historiques, né en 1944.

Le Chant de l'épée - Bernard Cornwell

En un combat sans Mercie!
Note :

   Je ne suis pas, loin s'en faut, un lecteur d'ouvrages historiques, c'est donc, si je m'en souviens bien, une première. L'auteur est un des grands spécialistes du genre en Grande-Bretagne, et paraît-il le plus lu. Oublions John Boorman et son très grand film «Excalibur» et les Monty Python et leur non moins excellent «Sacré Grall». Voyons l'histoire avec un grand H.
   
   Nous sommes en l'an de grâce (pas pour tout le monde, hélas!) 885, le roi du moment et d'une partie de l'Angleterre est Alfred le Grand: le pire est que ce roi a vraiment existé! Bref, Pépin n'a rien à voir là dedans, la future Grande-Bretagne est encore un pays de sauvages. Des tas de gens et de peuples cherchent à prendre le pouvoir, et en général, ils se vouent une haine farouche. Les Bretons n'aiment pas les Saxons qui le leur rendent bien. Les peuplades vikings elles sont représentées par les Danois et les Norvégiens. Pour arranger le tout, certains rois se sont convertis à la foi chrétienne, mais d'autres ont gardé les dieux nordiques comme seuls guides. Un narrateur et héros, Uthred, nous emmène à la conquête de Londres, tout en essayant de respecter ses engagements, mais aussi ses aspirations personnelles, le pouvoir qui lui a été promis par un soi-disant mort-vivant!
   De mariage d'intérêt en alliance, loin d'être désintéressés, un beau panier à crabes. Evidemment les faibles seront mangés par les puissants. D'intrigues de cour, de batailles en massacres, l'histoire se fait devant nos yeux.
   
   Pour les personnages et les lieux, il vaut mieux s'armer, non pas d'une épée (qui toute tranchante qu'elle soit ne servira pas à grand chose), mais d'un décodeur, d'un dictionnaire et de beaucoup de patience. Les personnages, donc, à tout seigneur tout honneur, Alfred Le Grand, roi des Saxons, souverain malin et retord. Il reste dans l'histoire comme celui qui a mis en déroute les Danois, c'était un homme érudit. Un autre seigneur, Uthred, vaillant guerrier qui reprendra Ludene, mais qui devenu vieux et désabusé, donnera sa propre version de l'histoire. Car la victoire ne lui fut pas attribuée, pour de sombres prétextes de rang de noblesse. Ayant fait allégeance à Alfred, la Mercie perdra toute indépendance.
   Il y a évidemment beaucoup de personnages secondaires, des nobles et des soldats, des prêtres aussi. À titre d'exemple quelques noms: Æthelred, un noble plein d'ambition, il épousera Æthelflæd, la fille d'Alfred, il a plus d'ambition que de talent. Sigefrid, Erick et Haesten, les Danois qui règnent sur la ville de Ludene. Les religieux dont le pouvoir commence à s'affirmer, comme l'évêque Erkenwald, sorte de conseiller politique et spirituel du roi Alfred. Finan, l'irlandais et Steapa sont des guerriers fidèles à Uthred.
   Pour les lieux, royaumes et autres, on peut consulter Wikipedia, les villes ont pour nom Ludene par exemple, le fleuve, la Temse, les mariages royaux se déroulent dans la cathédrale de Wintanceaster.
   
   On s'étripe avec vigueur, on se massacre allègrement, on extermine gaiement d'un côté comme de l'autre, on pille et on tue sans état d'âme et ainsi de suite, on ripaille également, et la prise d'otage avec demande de rançon était déjà à la mode. Mais cela reste lisible, car bien écrit et si j'ose dire très vivant.
   J'ai été agréablement surpris par ce roman. Une leçon d'histoire d'une période qui n'est pas des plus connues (et des plus agréables) de l'histoire du Royaume Uni, qui était très désuni à l'époque.
   
   Déjà en ce temps là, le secret d'état et le pragmatisme politique menaient les souverains.
   En fin d'ouvrage, l'auteur reconnaît qu'il y a plus de romanesque que d'historique dans ce livre, mais que certains personnages ont réellement existé, et il admet également qu'il en a un peu noirci d'autres.
   
   Le seul moment de poésie dans ce livre est le nom des armes d'Uthred, «Souffle de Serpent» et «Dard de Guêpe».
   
   
   Extraits :
   
   - C'était un chant délicat, presque inaudible, celui de la lame qui appelle le sang: le chant de l'épée.
   
   - Oh, la joie d'être jeune, d'avoir la force de mes 28 ans et d'être un seigneur de guerre. Tout s'est enfui désormais...
   
   - Je lui tranchais la main droite avant de le laisser aller, afin qu'il ne puisse plus jamais manier l'épée.
   
   - On ne doit jamais confier à autrui ses crimes, sauf s'ils sont trop grands pour être dissimulés – et dans ce cas, on les qualifie de politique ou de mesures d'état.
   
   - Par Dieu, quelle langue de vipère! Elle fendrait une dalle d'ardoise rien qu'en lui parlant!
   
   - C'était un homme rusé et aussi peu digne de confiance qu'une fouine qui souffre d'éparvin.
   
   - C'est ainsi, pensais-je, que les morts parcourent notre monde, car les morts reviennent.
   
   - Dans la bataille, un homme risque-tout pour forger sa réputation. Dans la couche il ne risque rien.
   
   - Un poète aurait dû écrire le récit de ce combat.
   C'est à cela qu'il serve.
   
   - La mort régnait, en ce matin. Les rues empestaient le sang sous un ciel jaune et rempli de suie.
   
   - L'amour est chose dangereuse. Il avance masqué et change nos vies.
   
   - Nous utilisions rarement ce nom à l'époque: Angleterre. C'était un rêve, mais Alfred, dans sa colère, avait levé le voile sur son rêve...

   
   
   Titre original: Sword Song (2008).

critique par Eireann Yvon




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