Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Une petite robe de fête de Christian Bobin

Christian Bobin
  La dame blanche
  Une petite robe de fête
  L'homme-joie
  L'inespérée
  Autoportrait au radiateur
  La femme à venir
  Un bruit de balançoire

Christian Bobin est un écrivain français né en 1951.

Une petite robe de fête - Christian Bobin

9 nouvelles
Note :

   Quand je pense que, sur la foi de mon incapacité à terminer « Le très haut », j’avais relégué Christian Bobin dans l’enfer des écrivains honnis, voire abhorrés! Bien m’en prît d’écouter des conseils avisés et de tenter «Une petite robe de fête». Un bonheur de lecture, de réflexions sans cesse relancées au fil des paragraphes… L’ouvrage n’est pas gros – 107 malheureuses pages – mais lourd de sens et de gravité. Gravité de par les sujets mis sur le tapis, pas par le ton. Surtout pas par le ton. Le ton, il est naturel. Il part d’un bout, déroule son fil comme si de rien n’était, mais à chaque étape, comme un qui découvrirait une truite sous la pierre soulevée du torrent. Christian Bobin nous met face à ses évidences, qui pourraient devenir les nôtres, sauf que sans lui ce ne serait justement pas des évidences !
   
   « C’est un mystère, la lecture. Comment on y parvient, on ne sait pas. Les méthodes sont ce qu’elles sont, sans importance. Un jour on reconnait le mot sur la page, on le dit à voix haute, et c’est un bout de dieu qui s’en va, une première fracture du paradis. On continue avec le mot suivant, et l’univers qui faisait un tout ne fait plus rien que des phrases, des terres perdues dans le blanc de la page. On est à l’école, on fait son métier d’enfant. Il y a, c’est vrai, un grand bonheur de cette perte-là, de cette trouvaille première de la lecture, de sa capacité à déchiffrer une page, à contempler les ombres. C’est même plus fort que du bonheur, il faudrait pour être juste parler de joie. De joie et de frayeur. La joie va toujours avec la frayeur, les livres vont toujours avec le deuil. Après, après cette première fin du monde, autre chose commence. Pour beaucoup, l’ennui. Avec la lecture, tu achètes quelque chose qui pour toi n’a pas de valeur – seulement un prix: une place sur le banc de la classe, un rôle dans les bureaux ou les usines. Alors tu laisses tomber.»

   
   Il y a une constante dans la réflexion tout de même; cette certitude du voyage que nous menons tous depuis les rivages de l’enfance – l’étape heureuse, l’étape de vie, largement selon lui – jusqu’à l’âge adulte qui, à le comprendre, n’est que l’antichambre de la mort. Une autre constante, me semble-t-il, la compassion particulière qu’il a pour les femmes, les petites filles et ce sentiment sublimé, peut-être le seul sentiment qui vaille, à l’entendre; l’amour.
   
   «Une petite robe de fête», la nouvelle éponyme, la dernière du recueil, sous son titre qui n’annonce pas d’introspection particulière est justement peut-être la plus grave. Je n’aurais pas donné ce titre au recueil car elle n’est pas trop conforme à l’ensemble. N’empêche! Ce recueil est un bonheur, et moi, me voilà bien! Il va me falloir réviser mon aversion pour Bobin et entreprendre sa connaissance!

critique par Tistou




* * *