Lecture / Ecriture
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A coups redoublés de Kenneth Cook

Kenneth Cook
  Cinq matins de trop
  Le koala tueur et autres histoires du bush
  Par-dessus bord
  A coups redoublés
  L'ivresse du kangourou
  La vengeance du wombat et autres histoires du bush
  Téléviré
  Le Blues du Troglodyte

Kenneth Cook est un journaliste, réalisateur, scénariste et écrivain australien né en 1929, et décédé d'une crise cardiaque en 1987.

A coups redoublés - Kenneth Cook

Une soirée calme à l'hôtel Calpe
Note :

   Troisième roman de cet auteur australien que je lis. Encore un livre décoiffant montrant une Australie loin des clichés habituels.
   
   Ce roman commence dans un tribunal, trois voix interviendront tout au cours de l'histoire, le procureur, l'avocat de la défense et le juge. La question est: quelqu'un est mort, cela est acquis, mais volontairement ou pas? Accident et malchance? Témoignages plus qu'alcoolisés brouillant les pistes! Le tribunal vous rappelle les faits pour un jugement en votre âme et conscience!
   
   Le décor du drame est un hôtel australien, qui sert de lieu de détente ou plutôt de défoulement à une jeunesse qui vient pour boire et se trouver un ou une partenaire pour une soirée. John Verdon est chargé d'estourbir les bœufs à l’abattoir, et il a travaillé ce samedi matin. Et pas trop bien, il a eu des problèmes avec deux des animaux, ce qui ne l'a pas mis dans de bonnes dispositions, et son temps de boisson en est donc réduit d'autant. Il est accompagné de son ami Bob Harris, l'égorgeur de service aux abattoirs, il rencontre d’autres bouchers, la bière coule!!!!!Peter Watts est seul, il est toujours seul, ne s'intégrant dans aucune bande, perpétuellement rejeté malgré toutes ses tentatives. Il cherche une fille pour la soirée, une jeune brune à l'opulente poitrine l'inspire, il s'en approche doucement, ce qui entraîne des remarques désagréables de la part de John. Car en plus de sa consommation d'alcool, John a son quota de sexe à remplir (?) deux le samedi, un le dimanche. Et ce samedi à sa question rituelle «Tu veux baiser?» , la fille répond «5 dollars» . La moitié de sa récolte est faite mais il est un peu vexé! Car ses statistiques le prouvent, à force de demander en nombre suffisant, il y a toujours une réponse positive ou même plusieurs! Surtout que le jeune «Pédé» fait du charme à la brunette qui a refusé ses avances! Buvons un coup, cela fera passer la pilule! Surtout que les problèmes arrivent à grand pas, après le sexe, la bagarre!
   
   John Verdon a vingt ans, être frustre, il aime son métier, tuer un animal l'enchante, l'amenant presque à la jouissance. Sa vie est bien réglée, boulot, goulot et dodo. Le week-end, s'il trouve quelques filles saoules et consentantes, c'est bien mieux. Mais attention, faut pas le chercher l'abatteur, surtout quand il n'a plus toutes ses facultés, enfin s'il n'en a jamais eues d'ailleurs.
   Peter Watts, lui, a dix-sept ans, ses longs cheveux blonds et la chemise qu'il porte ce soir là le font cataloguer de «pédé» aux yeux des nombreux hommes de l'assistance. Et puis n'a-t-on pas idée d'être bien habillé, mais pieds nus sur une piste de danse, et en plus faire du gringue à une fille qui est convoitée par un autre, ce n'est pas forcément une très bonne idée! Même si la fille semble consentante ou même dans un état second!
   Mick Buchanan, le gérant de l'hôtel, connaît toutes les ficelles du métier, même celles qui frisent l’illégalité. Mais comme tout bon citoyen, il participe aux bonnes œuvres de la police, enfin aux bonnes œuvres du représentant de l'ordre des environs. Il se débarrasse du personnel à sa guise, donc la loi du silence règne en cas de coup dur. L'auteur le dépeint comme un être hideux. Son seul point faible, son chat Mol, qui lui aussi est un monstre.
   Bob Harris, lui c'est le bon copain, tour à tour tentant de raisonner John, et peu après lui obéissant servilement.
   
   A la lecture de ce livre, on se demande si les week-ends de notre douce France ne sont pas des kermesses paroissiales! C'est alcool et sexe à volonté, et violence avec ce côté affaire entendue, c'est comme cela, pourquoi changer les mauvaises habitudes! Il y a dans cette œuvre un côté glauque et désespéré et également désespérant! Inéluctablement on sent la catastrophe venir. Une chute finale en forme de feu d'artifice, pour clore ce roman inclassable avec encore une fois des personnages plus pitoyables les uns que les autres!
   
   
   Extraits :
   
   - J'irais plus loin: ils vous ont donné un aperçu de l'enfer, un enfer qui s'est tissé dans la fibre même de la vie civilisée, de notre quotidien.
   
   - D'ailleurs, vu de dos quand ils trottinaient dans l'hôtel, côte à côte, ils ressemblaient à un éléphant et son éléphanteau.
   
   - « Tu refuseras de servir un homme seulement s'il menace de tout casser».
   
   - Le juge :
   J'attire votre attention sur une question légale: personne ne peut être reconnu coupable de meurtre si la malchance est seule responsable.
   
   - Il aurait été aussi contraire à son code d'étique d'escroquer son propriétaire que de ne pas escroquer sa clientèle.
   
   - Mais cela ne le dérangeait pas, la bagarre faisait partie des activités du week-end, au même titre que la fornication.
   
   - Le juge:
   Je vous prie de garder à l'esprit que vous êtes ici pour juger les faits, et non la morale.
   
   - Il buvait de la bière depuis midi, sans interruption, et le peu de cervelle qui lui restait flottait dans l'alcool.
   
   - Son corps se soumit alors à l'instinct du vingtième siècle qui offre à un homme incapable de tenir debout la faculté de conduire une voiture.
   
   - Une matière violacée que l'étiquette garantissait sans viande de kangourou.
   
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   Titre original: Bloodhouse (1974)
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critique par Eireann Yvon




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Brutes australiennes
Note :

   Décidément, le tableau que nous brosse Kenneth Cook de l’Australie au fil de ses romans n’est pas glamour. Après les cinglés de l’outback ("Cinq matins de trop"), voici les brutes épaisses, gavées à la bière et dont l’horizon du week-end ne dépasse pas le bar local, les hectolitres de bière à ingurgiter et les coups à tirer. Les coups à tirer et à donner, car "coups redoublés" fait bien référence à des coups... de poing, ou de masse pour abattre les animaux.
   
   La construction de ce court roman est déroutante de prime abord puisque Kenneth Cook nous fait rentrer de plain – pied dans un procès en cours, au cours duquel les trois intervenants ; le procureur, l’avocat de la défense et le juge, font avancer l’histoire – en flash-back – au fur et à mesure de leurs interventions. L’originalité supplémentaire est qu’on ne découvre qui est jugé et qui fut la victime qu’à la toute fin, un procédé assez bluffant dans la mesure où l’histoire nous est justement racontée pour qu’on puisse se faire une idée du jugement à rendre!
   
   John Verdon et Bob Harris sont deux jeunes australiens, frustres (avec Kenneth Cook on finirait par croire qu’il n’y a que des êtres frustres en Australie!), la vingtaine d’années. Ils travaillent tous deux comme abatteurs de bœufs à l’abattoir local et passent systématiquement le week-end à l’hôtel-bar local, à descendre des bières, chercher la bagarre et honorer leur quota de sexe (pas belle la vie australienne selon Kenneth Cook?!!).
   
   Et quelque chose déraille ce samedi précis, le samedi du drame. Rien ne se déroule comme de coutume, à commencer par l’apparition dans le bar de Peter Watts, pas vraiment "gaulé" en brute, pas intégré à un quelconque clan et qui va finir par devoir subir un conflit terrible avec John Verdon, le plus décérébré du lot de brutes que nous propose Kenneth Cook.
   
   En fait, davantage que l’histoire que le lecteur finit par reconstituer, qui mène au procès, c’est l’environnement de ce bar-hôtel, de son propriétaire sans scrupules, de la faune qui le fréquente et de l’indigence de la vie sociale locale qui est le véritable sujet.
   
   C’est de la sociologie que fait Kenneth Cook, sociologie de "l’homo australianus", et ce n’est pas joli – joli...

critique par Tistou




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