Lecture / Ecriture
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Mon père est femme de ménage de Saphia Azzeddine

Saphia Azzeddine
  Mon père est femme de ménage
  Bilqiss
  Sa mère

Saphia Azzeddine est une auteure française née en 1979.

Mon père est femme de ménage - Saphia Azzeddine

Les maux d’une jeunesse non dorée
Note :

   «J’ai eu un besoin intense d’aimer mon père ce soir-là, de partager avec lui des mots et des rires, une complicité que j’avais enterrée injustement, trop ébloui par mes mots arrogants. J’avais besoin d’une connivence, d’un regard qui en dise long, d’un «tope-là!», d’un fou rire communicatif ou d’un «tu l’as dit bouffi!». J’en avais l’eau à la bouche de l’aimer mon père. Et je m’en suis donné à cœur joie de l’aimer. Il n’y avait rien de meilleur. Peut-être qu’un jour on pourra fanfaronner pareil mais au dehors. Aux yeux de tous. Pas juste devant la télé.
   On s’est endormi en spaghettis. Au milieu de la nuit, j’ai joué au mikado avec nos corps pour ne pas le réveiller.» p 123 – 124

   
   Paul nous parle. Il est ado et quand il commence à nous commenter sa vie, il a 14 ans. Il vit dans une cité et souffre de multiples maux. Il est issu d’une famille du bas de l’échelle sociale, de celles qui pâtissent de ne pas pouvoir s’évader lors des vacances, il se sent moche et n’intéresse pas les filles, il a honte de la condition de sa famille et du travail de son père.
   Il commence par nous présenter sa famille. Des personnages secondaires, sa mère paralysée qui ne fait rien et ne s’intéresse qu’aux faits divers, sa sœur dont le principal objectif est d’être élue Miss…
   
   Et un personnage principal, son père, la «femme de ménage» qui bosse le soir ou même la nuit dans une entreprise de nettoyage. Polo l’accompagne parfois à son travail (notamment à la bibliothèque). Ce père n’est d’abord pas présenté sous les traits de quelqu’un d’admiré, bien au contraire, puis l’âge avançant, les perceptions changent avec les sentiments.
   Polo raconte aussi sa vie. Les relations aux autres et l’observation de ses contemporains. Ses difficultés pour séduire. Sa relation avec Priscilla. Son amour des mots…
   
   C’est écrit avec un style simple, vif et enlevé. Un punch comparable aux chroniques de l’asphalte de Samuel Benchetrit. Dans le propos, c’est léger et grave à la fois. On s’attache à Polo et on a envie de savoir ce qu’il deviendra. Et comme nous le fait deviner la fin, il n’y a pas à avoir trop d’inquiétude, puisqu’il a la sensibilité et les mots pour bien vivre…

critique par OB1




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