Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Prodigieuses Créatures de Tracy Chevalier

Tracy Chevalier
  Récital des anges
  Prodigieuses Créatures
  La jeune fille à la perle
  La dame à la licorne
  La dernière fugitive
  A l'orée du verger
  L'innocence

Tracy Chevalier est une écrivaine américaine née en 1962 et vivant à Londres.

Prodigieuses Créatures - Tracy Chevalier

Fossiles anglais
Note :

   Sans doute à cause de l'idée que je me faisais de «La Jeune Fille à la Perle, j'ai longtemps (et bêtement) pensé que Tracy Chevalier écrivait de jolies bluettes sentimentales, des romans historiques un peu mièvres qui avaient peu de chance de me plaire. J'ai donc mis un peu de temps à m'intéresser à elle, même si un swap et une librairie d'occasion ont récemment mis Tracy Chevalier à l'honneur dans ma modeste bibliothèque.
   Plus récemment, le billet d’une bloggueuse a attiré mon attention sur Prodigieuses Créatures, acheté dans la foulée et lu en quelques jours, avec grand plaisir. Une expérience si réussie que j'ai décidé de lire bientôt ses précédents romans, dont certains titres me tentaient tout de même déjà, même si je n'avais pas encore pris le temps de les ouvrir.
   
   Anyway. Dans cette biographie romancée, Tracy Chevalier revient sur le parcours de Mary Anning, jeune fille pauvre vivant à Lyme Regis* et qui se construit au fil des années une réputation en tant que découvreuse de fossiles.
   
   Il s'agit d'un récit à deux voix, avec une narration alternée à chaque chapitre, passant ainsi de Mary à Elizabeth Philpot. Tout commence avec l'arrivée de Miss Philpot à Lyme Regis: son frère se mariant, elle se voit contrainte à quitter Londres avec ses deux sœurs célibataires, la cohabitation avec leur future belle-sœur n'étant pas envisagée. Ces "vieilles filles" d'une vingtaine d'années se font petit à petit à leur nouvelle vie: l'une jardine, l'autre introduit de nouvelles modes puis finit par passer pour une excentrique après un dernier échec dans ses projets matrimoniaux, tandis qu'Elizabeth se passionne pour les fossiles et se spécialise dans la collection des poissons fossilisés. Entre cette femme de la bonne société et la petite Mary se tisse une amitié inédite qui a pour point de départ leur passion pour les fossiles.
   
   Bien construit, agréablement traduit, ce roman associe un récit passionnant à un fond qui l'est bien plus encore. Nous sommes au début du XIXe, l'époque des romans de Jane Austen, où la place de la femme dans la société se heurte sans cesse à des frontières plus ou moins tacites. Impossible d'intégrer la société de géologie, voire même d'y entrer sans le concours d'un neveu habile. Les acheteurs des fossiles de Mary s'approprient ses premières découvertes tandis que son nom n'est d'abord pas cité. Enfin c'est aussi une période où l'on croit que le monde est tel que Dieu l'a créé. Un monde où ces monstres fossilisés sont bien dérangeants.
   
   Un très beau roman que j'ai fini bien trop vite à mon goût!
   
   
   * Lyme Regis est aussi le cadre choisi par ma chère Jane Austen pour l'un de ses romans.
    ↓

critique par Lou




* * *



Luttes de femmes
Note :

   Si Mary Anning a bien une particularité, c'est son amour des curios, ces fossiles qu'elle ramasse sur la plage et qui permettent de nourrir un peu mieux sa famille. Si Elizabeth Philpot fait une découverte en venant s'installer avec ses deux sœurs dans le Dorset, c'est celle des fossiles qu'elle ramasse sur la plage. Tout les sépare: âge, classe sociale, éducation, mais c'est ensemble qu'elles vont bousculer le monde scientifique.
   
   Je dois dire qu'à priori, les fossiles n'ont pas grand chose pour éveiller mon intérêt. Par contre, si on me dit Angleterre du 19e siècle, assez étrangement, vous me verrez lever le nez, l'œil luisant. Autant dire que ce n'est guère que pour cette raison que j'ai ouvert le dernier roman de Tracy Chevalier dont les œuvres ne m'avaient pas jusqu'alors attirée. Enfin, comme dirait l'autre, il faut une première fois à tout pour autant qu'on l'ose.
   
   C'est un très beau roman à deux voix qu'offre Tracy Chevalier, Elizabeth et Mary racontant chacune son tour une partie de leur histoire commune. A travers leurs voix, on découvre donc le monde scientifique du 19e siècle, ce temps où les théories de l'évolution allaient à l'encontre des dogmes et où l'on tentait de donner leur place aux fossiles de créatures qui apparaissaient comme autant de curiosités. Ce temps où la science appartenait aux hommes quelles que soient les connaissances et les compétences acquises par les femmes, où le respect chèrement acquis par ces dernières pouvait être perdu pour un mot ou une ligne, où leurs découvertes étaient minimisées ou leurs étaient arrachées sans vergogne. Ce monde où aller à l'encontre des conventions faisait de vous objet d'admiration et de rejet. C'est assez fascinant de rencontrer Mary Anning et son amie, deux femmes assez fortes et passionnées pour assumer de dépasser les bornes assignées à leur sexe. Pour elles, pas de destin d'épouse, de mère ou de vieille fille tristement banale.
   On les écoute se raconter, raconter leur monde avec humour, tristesse, colère parfois, chacune marquée par son éducation et ses espoirs, ses révoltes et ses renoncements et le prix à payer pour les miettes de liberté et de reconnaissances qui leur échoient.
   
   Tracy Chevalier est parvenu à donner vie à ces deux femmes devenues quelques lignes dans les dictionnaires et les encyclopédies avec une certaine finesse psychologique et une grande cohérence, et à brosser un tableau prenant de la société anglaise. Tout juste regretterais-je le style que j'ai finalement trouvé assez plat, et quelques longueurs rapidement oubliées pour savourer un récit haut en couleurs et le cheminement dans un monde scientifique en ébullition, à l'orée de révolutions qui vont forger notre monde.
   
   Pour la petite histoire, Lyme Regis est aussi un des décors de "Persuasion", sans doute mon roman préféré de cette bonne vieille Jane à laquelle il est fait allusion. On peut d'ailleurs en admirer certains paysages dans la très sympathique adaptation ITV.
    ↓

critique par Chiffonnette




* * *



Traitement fade d'une bonne idée
Note :

   Un roman sur fond de féminisme car c'est une femme qui découvre ces «prodigieuses créatures» que sont les fossiles,voilà qui était fait pour m’appâter.
   
   Mary Anning l’héroïne a réellement existé et c’est à elle que l’on doit la découverte des fossiles marins de la région du Dorset. On peut voir ces fossiles au British Muséum.
   
   Au début du XIX ème siècle il était plutôt de bon ton pour les dames de faire du point de croix plutôt que de fouiller les falaises de la plage. Mary Anning pourtant voit dans la mise au jour des fossiles le moyen de subvenir aux besoins de sa famille.
   Elle n’a pas conscience de l’importance de sa découverte et même les scientifiques de l’époque dont le français Cuvier, ne sont pas persuadés d’être devant une réelle découverte scientifique. Darwin n'a pas encore parlé d'évolution. L'opposition des milieux religieux est bien sûr très forte cette découverte mettant en cause l'idée d'un dieu créant le monde en 6 jours.
   
   Le traitement de cette histoire, assez stimulante, est hélas plat et désuet, une intrigue amoureuse bien fade vient l’enrichir mais cela ne suffit pas, un portrait de la société de l’époque très bien fait, Tracy Chevalier sait raconter une histoire, mais je n'ai pas été emportée.
   
   Mais on peut être d’un avis totalement contraire.
    ↓

critique par Dominique




* * *



A la recherche de fossiles
Note :

   « Il n’est pas facile de renoncer à quelqu’un, même quand cette personne vous a dit des choses impardonnables»
   
   Suite au mariage de leur frère et après avoir vécu à Londres, Elisabeth et ses sœurs déménagent pour Lyme Regis, une discrète station balnéaire fréquentée par des personnes de la petite bourgeoisie. Pas riches mais plus aisées que la plupart des gens vivant dans cette bourgade, leur statut de citadines instruites issues d’une famille d’aristocrates leur vaut un certain respect, même si leur statut de célibataires ne manquent pas d’alimenter les moqueries.
   
   C’est en se rendant chez Richard Anning, un ébéniste, en quête d’un meuble pour ses fossiles, qu’elle fait connaissance de la jeune Mary, qui n’est pas une enfant comme les autres. Passionnée par les fossiles, elle passe ses journées à en ramasser sur la plage et les vend pour subvenir aux besoins de sa famille. Très vite, entre ces deux femmes, un lien particulier se noue. Rares sont les gens avec qui elles peuvent parler de leur passion commune, tant cette occupation passait au 19ème siècle pour peu distinguée, sale et mystérieuse. Toutes les deux passent donc énormément de temps ensemble à discuter en se promenant sur la plage, à la recherche de nouveaux spécimens.
   
   Inspirée de la vie magnifiquement retracée d’une paléontologiste britannique célèbre, j’ai beaucoup aimé ce roman qui met en scène Mary Anning, cette collectionneuse de fossiles devenue figure incontournable du monde scientifique. On se retrouve plongé dans un univers particulier, méconnu mais enchanteur. Ces deux femmes passent l’essentiel de leur temps sur la plage venteuse, et l’atmosphère de cette petite station balnéaire est super bien rendue. On s’y croirait! Les personnages sont bien campés, avec de magnifiques portraits d’hommes et de femmes, qui gravitent autour de ces deux personnages féminins.
   
   Ainsi, on se laisse porter par cette histoire de fossiles, et on apprend beaucoup de choses sur l’histoire vraie de Mary Anning, dont est tiré ce roman délicieux, qui fait penser aux récits de Jane Austen , par son style très dix neuvième siècle, avec des idylles amoureuses qui n’ont rien à envier aux récits de la romancière anglaise. Bref, c’est rafraichissant, revigorant, et j’ai pris un plaisir immense à le lire.

critique par Éléonore W.




* * *