Lecture / Ecriture
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Le grand cahier de Agota Kristof

Agota Kristof
  Le grand cahier
  La preuve
  Le troisième mensonge
  C'est égal
  L'analphabète
  Hier

Agota Kristof est née en 1935 en Hongrie et décédée en 2011 en Suisse où elle s'était réfugiée depuis l'écrasement de la révolte de 1956.
Elle écrivait en français.

Le grand cahier - Agota Kristof

A part
Note :

   A part ces écrits de A. Kristof, "le Grand Cahier" étant le premier tome de la Trilogie. Critique à peine déguisée du régime Nazi, commenteront certains. Pas trop d'accord, ça me fait plutôt penser à une action plantée dans un de ces pays dits de l'Est, avant la chute du mur, pays à régime totalitaire en tous cas. Car nulle part n'apparait quelque indice de localisation. Mais peu importe, c'est à part et à vrai dire on se moque du pays dont il est question, le principal c'est l'intérêt de la lecture. Et il est fort.
   
   Deux jumeaux, Claus et Lucas, sont jetés dans la gueule de l'enfer d'un pays dévasté par la guerre, on ne sait trop laquelle, on ne sait trop pourquoi. C'est la simple survie qui régit leur code moral, en dehors de la fidélité qu'ils s'octroient. Leur destin va diverger de manière drastique quand l'un d'entre eux va pouvoir passer la frontière (on pense irrésistiblement à ceux qui étaient prêts à tout pour franchir «le Mur») au prix d'un comportement assimilable à un meurtre.
   
   «Le grand cahier», c'est «Les Misérables» mâtiné du «Journal d'Anne Franck» en Ukraine un lendemain de Tchernobyl!
   
   Il serait dommage de ne pas parler de l'écriture d'A. Kristof, qui pratique à l'économie, n'en rajoute pas, suggère plus qu'elle ne décrit. Froid et glaçant. Mais terriblement efficace.
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critique par Tistou




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Trilogie pour jumeaux
Note :

   J'ai découvert ce livre par hasard, sur la table de mes libraires, dans la superbe édition "Point", où sont réunis les trois tomes de la saga "La trilogie des Jumeaux", dont ce titre est le premier épisode. Je raconterai au fur et à mesure mes lectures de ces livres...
   
   Le premier volet s'intitule donc "Le Grand Cahier". L'histoire est celle de deux jumeaux, dont on ne connaît pas encore le nom. Ils ont une dizaine d'années tout au plus, et vivent chez leur grand-mère, dans la campagne. C'est la guerre; et leur grand-mère est soupçonnée d'avoir empoisonné son mari des années auparavant, ce qui lui vaut le surnom de 'Sorcière'. Les deux garçons vont vivre un véritable parcours initiatique, et surtout grandir, durant ce temps de guerre. Ils s’infligent des épreuves (ne plus manger, se frapper violemment pour résister à la douleur, etc.). Des personnages hauts en couleurs vont se joindre à eux. Ils écrivent aussi dans un grand cahier tous les évènements de leur vie, afin de pouvoir tout se rappeler. Ils écrivent juste l'essentiel, pas de superflu, juste ce qui est important.
   
   Agota Kristof a une plume que j'ai trouvée admirable. Parfois, c'est vraiment dur du point de vue psychologique j'ai même envie de dire, car les scènes crues ne manquent pas, entre la zoophilie de leur voisine, les ébats de leur cousine ou les éclats d'obus qui éclatent les corps... Il faut ne pas avoir peur du sang et des comportements spéciaux pour lire ce livre. Il a même été interdit dans les écoles, car un professeur avait décidé de le faire lire à ses élèves. Les parents se sont retournés contre lui, à cause des thèmes traités dans ce roman.
   
   Un livre qui me laisse, tout de même, un bon souvenir, car l'écriture est limpide et très intéressante à lire. A découvrir, donc, si vous ne connaissez pas encore... La suite bientôt, avec le deuxième volet de cette trilogie ...
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critique par Onlykey




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Sordide
Note :

   Je n’ai pas aimé ce roman parce qu’il ne s’en dégage aucune réflexion sur le monde ou sur la vie.
   Ce n’est qu’un récit, qui se veut horrifique : on est en temps de guerre (une guerre qui n’est pas déterminée historiquement ou géographiquement), ce qui est le prétexte à quelques tueries et à quelques viols.
   Les gens sont laids, méchants, hypocrites, voleurs, menteurs.
   Pédophilie, zoophilie, sado-masochisme semblent des pratiques courantes.
   
   On se dit que l’auteur veut simplement nous montrer l’atrocité de la guerre et la monstruosité de l’humanité mais le trait est tellement appuyé et souligné qu’on finit par être un peu fatigué par cette histoire.
   On savait déjà depuis Voltaire que tout n’était pas pour le mieux dans le meilleur des mondes, mais il y avait au moins dans Candide une portée philosophique, qui m’a semblé absente ici.
   
   Sur le versant positif, ce livre est extrêmement bien écrit, dans un style très concis, très froid, qui était à mon avis le seul possible étant donnée la teneur de l’histoire.
   
   J’ai lu d’autres commentaires du "Grand Cahier "sur plusieurs blogs, et l’un d’eux parlait de l’humour (noir) de ce livre : de mon côté je n’ai absolument vu aucune once de drôlerie et si j’ai trouvé une caractéristique qui pourrait définir le ton de ce roman ce serait plutôt le sordide.
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critique par Etcetera




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Ce livre provoque de la répulsion
Note :

   Le Grand Cahier est l'histoire de deux jumeaux Klaus et Lucas que leur mère laisse à la campagne, chez leur grand mère, pour leur éviter les bombardements de la grande ville. La grand mère que l'on appelle la Sorcière parce qu'elle est soupçonnée d'avoir empoisonné son mari est une femme, dure, cruelle, avare. Les enfants vont subir de mauvais traitements d'elle mais aussi de leur entourage. Peu à peu, ils vont apprendre à survivre en faisant des exercices d'endurance pour apprendre à résister aux coups, aux injures, aux abus sexuels dont ils sont les victimes, à la pauvreté et à la faim, à l'omniprésence de la Mort. Ils consignent tout dans le grand cahier qu'ils ont acheté dans la papeterie du village.
   
   La dénonciation de la guerre et les Mozarts qu'on assassine
   

    Le Grand Cahier est une sorte de recueil de toutes les dépravations et les noirceurs des hommes : pédophilie, sado-masochisme, zoophilie, nécrophilie... je crois volontiers Agota Kirstof quand elle dit d'elle-même qu'elle est très pessimiste et voit toujours le côté noir de l'existence. Je n'ai lu qu'un livre qui la concurrence dans la cruauté et les souffrances que l'on fait subir à des enfants, c'est "L'oiseau bariolé" de Jerzy Kosinski et tous les deux s'inscrivent dans le contexte de la guerre pour la dénoncer et en montrer l'horreur. Il est vrai que lorsqu'on lit "Les Bienveillantes" de Jonathan Littell on comprend qu'il n'y pas de limites aux actes de barbarie que peut accomplir l'être humain. Il n'y a pas de limites! Alors même si Le Grand Cahier fait frémir et provoque de la répulsion, il m'a fallu le lire. J'ai pensé à ce que nous faisons subir aux enfants à notre époque dans les mines africaines ou dans les usines chinoises pour avoir des téléphones portables avec la bénédiction des multinationales américaines ou françaises et à notre responsabilité à tous. Nous n'avons pas progressé!
   
   Un style enfantin?
   

   Le roman, écrit en français, est étonnant aussi d'un point de vue littéraire. Ecrit dans un style simple, presque naïf, et aussi avec une froideur objective, il fait froid dans le dos car ce n'est pas la naïveté de l'enfance qui apparaît mais le fait que les enfants veulent rester des témoins, comme s'ils n'étaient pas concernés. Une déshumanisation inquiétante commence jusqu'à ce que les jumeaux ne paraissent plus éprouver de sentiments. En même temps, ils développent un sentiment de justice bien à eux, qui n'a plus rien à voir avec la morale des hommes et les lois. La servante qui les abuse et qui considère les juifs comme des bêtes nuisibles l'apprendra à ses dépens.
   
   L'universalité des faits
   

   Un autre aspect du roman est très intéressant. Le récit paraît n'être ancré ni dans l'espace ni dans le temps. Il n'y a, en effet, aucun nom de lieu : Les enfants viennent de la Grande Ville, dans une ferme située à cinq minutes de la Petite Ville. Les majuscules de ces mots pris comme des noms propres montrent bien la volonté de l'écrivaine de situer les faits dans une sorte de no man'sland intemporel. Ainsi est souligné l'universalité des faits, l'horreur de toutes les guerres et pas seulement d'une en particulier, les souffrances que l'on inflige aux enfants à toute époque et partout. Pourtant peu à peu nous ne pouvons douter qu'il s'agit de la seconde guerre mondiale, que les soldats sont des nazis, les prisonniers, des déportés juifs. De plus nous sommes en Hongrie qui accueille les Russes d'abord comme des Libérateurs avant d'être occupée et mise sous coupe. Mais ces précisions ne sont jamais données, c'est nous qui les reconstituons.
   
    Cet aspect du roman est très difficilement adaptable : le réalisateur du livre en film qui est forcément obligé de choisir puisqu'il doit nous montrer.
   
   Le narrateur : Que désigne le "nous"?
   

   Se pose aussi le problème du narrateur : la première personne du pluriel est toujours employée. Le pronom "nous" désigne bien sûr les jumeaux mais qui écrit? Le style ne varie jamais, aucune personnalité différente ne se révèle à travers le récit, si bien que le "nous" semble désigner une entité. Les deux sont si rigoureusement semblables qu'ils n'en forment qu'un. Et s'il n'y avait qu'un enfant qui se projette dans un double imaginaire pour se réconforter, se consolider? Une autre interprétation est possible : à la fin, lorsque les jumeaux se séparent, l'un part en exil, l'autre reste au pays. j'ai pensé qu'ils représentaient symboliquement les deux facettes de l'auteure qui a eu, elle aussi, la possibilité de rester en Hongrie mais à choisi l'exil, ce qu'elle a toujours regretté. Le thème du départ, de l'exil, du déchirement, de la perte d''identité est récurrente dans toute son œuvre et elle a avoué avoir toujours regretté d'être partie.
   
    Un roman riche, complexe mais aussi éprouvant. Le film n'arrive pas à rendre cette richesse.

critique par Claudialucia




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