Lecture / Ecriture
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Les splendeurs de l'Alexandra de William Trevor

William Trevor
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  Le voyage de Félicia
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  Péchés de famille
  En lisant Tourgueniev
  Hôtel de la Lune Oisive
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  Mourir l’été
  Lucy
  Les Enfants de Dynmouth

Sir William Trevor (de son vrai nom William Trevor Cox), né le 24 mai 1928 à Mitchelstown dans le comté de Cork en Irlande, est romancier, nouvelliste, dramaturge et scénariste. Lauréat de nombreux prix littéraires aussi bien en Irlande qu'en Grande-Bretagne ou aux États-Unis, membre de l'Académie irlandaise, anobli par la reine Élisabeth II d'Angleterre, Sir William Trevor a connu une consécration relativement tardive dans les pays francophones. Il est mort en 2016.
Wikipedia

Les splendeurs de l'Alexandra - William Trevor

C'était la dernière séance
Note :

   Court roman de l'un des maîtres irlandais de la nouvelle. Est-ce parce qu'il est court qu'il est particulièrement réussi, je me pose la question?
   
   Écrit en 1987, il se passe durant la seconde guerre mondiale.
   Harry est un provincial de cinquante huit ans. Vieux garçon sans enfants, il se rappelle ce qui a été, peut-être la meilleure période de sa vie, malgré la guerre et son cortège de restrictions.
   Il se revoit faisant la connaissance de Frau Messinger, le couple étrange qu'elle formait avec son mari, elle anglaise de 27 ans, grande et maigre, lui allemand de 62 ans, courtaud et trapu.
   Harry avait 15 ans, l'ambiance dans sa famille était oppressante, avec sa mère fatiguée, ses deux grands mères qui ne se parlaient plus depuis le mariage de ses parents, une soeur aînée jalouse de ne pas avoir, elle, fait d'études et deux frères cadets, jumeaux mal dégrossis. La ville était également d'un ennui profond et d'une mélancolie certaine. Il devient le coursier et dans une certaine mesure le confident de cette femme que la guerre a déracinée. La vie pour eux était impossible aussi bien en Allemagne qu'en Angleterre.
   Puis Mr Messinger a un grand projet, construire un cinéma, l'Alexandra!
   La vie de Harry va en être bouleversée.
   Ce dernier est l'anti-thèse des adolescents de son âge, calme, sérieux, gentil. Il succombera au charme de Madame Messinger, en acceptant de travailler à l'Alexandra, qui est la preuve d'amour de Mr Messinger pour son épouse.
   Il est étrange de me souvenir que dans les années 1973/1974, mon pub préféré à Londres s'appelait l'Alexandra, et la seule clientèle admise (avec le sourire), à part les Irlandais, étaient un petit groupe de français dont je faisais partie.
   
   L'écriture de Trevor est toujours un modèle de précision.
   Les descriptions de cette ville de la campagne irlandaise suintant l'ennui ou alors celles de la famille d'Harry nous font comprendre pourquoi ce garçon doux et sensible se rapproche de cette femme pas beaucoup plus vieille que lui. Elle trouve un jeune frère ou un fils qu'elle n'a pas et lui une complice pleine de gentillesse.
   
   Une œuvre à part dans la littérature irlandaise, pleine de gentillesse et de bonté mais aussi très nostalgique.
   
   
   Extraits :
   
   - Je me souviens de cet instant avec plus d'acuité que de n'importe quel autre.
   
   - J'appartenais à une famille protestante de la classe des domestiques qui s'était élevée dans l'échelle sociale.
   
   - Une place centrale enlaidie par deux maisons abandonnées et la statue dédiée à un martyr local.
   
   - L'atmosphère familiale était celle de tous les jours: mes grands mères murées dans leur silence hostile, mes frères ricanant, ma mère lasse, Annie maussade, mon père émoustillé après un détour d'une heure ou deux au bar de l'hôtel Viney.
   
   -Le destin a fait de moi le fantôme d'un interlude: c'est ce que je dis en ville, tâchant de leur expliquer.
   

   
   Titre original: Nights at the Alexandra
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critique par Eireann Yvon




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La splendeur du bref
Note :

    Très fine plume, mais on le savait déjà, William Trevor a écrit ce court roman de 120 pages comme un baiser d'adieu à une femme rencontrée vers l'âge de seize ans. Vous pensez au "Blé en herbe"? Vous n'avez pas vraiment tort mais cela va bien au delà.
   
   Une petite ville d'Irlande, juste avant et pendant la guerre. Harry adolescent ne s'intéresse guère à la scierie familiale, encore moins à la bigoterie ambiante. Solitaire malgré une soeur aînée et deux cadets, crevant d'ennui en semaine comme le dimanche, il fait la connaissance d'une dame de 27 ans mariée à un Allemand de plus de 30 ans son aîné. De petites scènes d'une grande discrétion nous font partager l'amour naissant du jeune héros dans un contexte difficile.
   
    La neutralité de l'Irlande n'est pas toujours bien vécue et le mari âgé aime profondément sa femme et réciproquement. Ce curieux attelage fonctionne pourtant dans ce pays où la haine de l'Anglais a parfois entraîné des amitiés douteuses pour le régime de Berlin. Aucune scène grandiloquente, aucun goût du spectaculaire dans "Les splendeurs de l'Alexandra", mais une très modeste progression d'une intrigue a minima, percutante et précise. Cela donne un roman d'apprentissage tout en grâce qui procure un grand plaisir de lecture. L'histoire est racontée par le jeune homme en personne, devenu âgé, dans la grande salle de l'Alexandra, ce cinéma bâti par le mari pour sa femme si fragile, et dont il a hérité.
   
   Ce livre n'évoque pratiquement aucun cliché de l'Irlande telle qu'on l'a beaucoup lue, avec bière, bagarres et politique. Cette originalité n'est pas la moindre de ses qualités.

critique par Eeguab




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