Lecture / Ecriture
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Maison des autres de Silvio D'Arzo

Silvio D'Arzo
  Maison des autres

"De son vrai nom Ezio Comparoni, Silvio D’Arzo était fils unique et illégitime d’une cartomancienne de Reggio Emilia, il est né dans cette ville en 1920 et y est mort d’une leucémie en 1952 en laissant de nombreux inédits, dont «Maison des autres» (Casa d’altri).
Après des études de lettres à Bologne, Silvio D’Arzo est nommé professeur puis mobilisé dans une des divisions italiennes destinées au front grec. L’armistice séparé du 8 septembre 1943 le pousse à déserter et à regagner Reggio Emilia après deux mois de clandestinité.
De son vivant, ne paraîtront guère que «À l’enseigne du Bon Coursier» (All’insegna del Buon Corsiero), vraisemblablement écrit à l’âge de 18 ans, en 1942, et, dans des revues, de très courts récits ou textes critiques.
Lecteur passionné des auteurs classiques ou contemporains anglo-saxons et américains, critique aigu et non conformiste des œuvres de Stevenson, James ou Conrad, il a publié de nombreux articles sur cette littérature dont la traduction apparaissait alors à de nombreux auteurs italiens comme un moyen de déjouer la censure fasciste."
(Source l’éditeur)

Maison des autres - Silvio D'Arzo

Tout juste un village
Note :

   Montelice, un village perdu des Apennins, tout juste un village d’ailleurs «sept maisons adossées et rien d'autre» le curé est là depuis trente ans, c’est lui qui raconte.
   
   Il raconte la vie du village, des gens qui sont là depuis toujours, qui vivent au rythme des saisons, accomplissant des tâches dures avec des gestes vieux de mille ans. Les hommes rentrent des pâturages à la lumière des lanternes le soir, le climat est rude et le curé a déjà vu trente noëls ici, sous la neige. La misère est le lot commun, le prêtre s’inquiète «j'ai vraiment peur de ne plus pouvoir être utile à grand-chose dans un cas de ce genre. Tout cela est pour moi une autre langue... Fêtes, saintes huiles, un mariage sans façon, voilà désormais mon lot.»
   
   Le curé s’interroge car une femme, nouvelle dans ce village, l’intrigue, elle semble toujours sur le point de lui parler mais au dernier moment renonce. C’est Zelinda, pauvre entre les pauvres, elle lave le linge des villageois, se nourrit d’un croûton de pain et du lait de ses chèvres. Elle vit hors du village «plus loin que le sentier des ormes, juste à la limite de la paroisse, et après ce ne sont que ravins, tourbières ou pire encore».
   
   Jour après jour il la voit laver le linge, un jour elle vient au presbytère l’interroger, mais c’est une ruse, sa question est sans objet, du moins elle n’a pas posé la question qui la tourmente, elle a feinté. Quand va-t-elle se décider? Enfin un jour elle dépose une lettre à son intention.
   
   J’arrête là car il y a un suspense dans ce récit, comme le vieux curé, on attend, on essaye de comprendre cette femme. Silvio d’Arzo dont c’est la nouvelle la plus connue, nous arrache à notre petite vie pour nous faire vivre au rythme de sa prose, sèche, dure, les couleurs sont sombres dans ce pays de désolation «Les ravines et les bois, les sentiers et les pâturages deviennent d'une couleur vieille rouille, puis violette, puis bleue»
   
   
   Dans une seconde nouvelle "Un moment comme ça" autour de la disparition d'un soldat son récit est sobre et tragique.
   
   J’ai beaucoup aimé ces deux récits, graves, cruels, qui laissent le lecteur avec des questions qui n’ont peut être pas de réponse. On peut rapprocher ce livre des récits de Ferdinando Camon (jamais vu soleil ni lune) mais plus encore des hommes et femmes décrits par Carlo Levi dans «Le Christ s’est arrêté à Eboli».
   
   Une œuvre à découvrir!
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critique par Dominique




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Deux histoires
Note :

   "J'ai une chèvre que j'emmène toujours avec moi : et ma vie, c'est exactement la sienne. Elle vient au fond de la vallée, elle remonte à midi, elle s'arrête avec moi au bord du fossé, et puis je l'emmène au canal et quand je vais dormir, elle va dormir aussi. Et même pour la nourriture, il n'y a pas grande différence, parce qu'elle mange de l'herbe et moi de la chicorée et de la salade, et la seule différence c'est le pain. Et dans quelque temps, je ne pourrai même plus en manger... Comme moi... comme moi. Voilà la vie que je mène : une vie de chèvre. Une vie de chèvre et rien d'autre".
   

   Ce recueil est composé de deux textes, l'un que l'on peut considérer comme une longue nouvelle et qui donne le titre au recueil, suivi d'un second texte nettement plus court.
   
   Nous sommes en Italie, dans les Apennins, quelques années après la guerre. C'est le curé du village qui raconte ; il est là depuis trente ans, paraît revenu de tout et désabusé. Il connaît chacune de ses ouailles et est intrigué par l'arrivée récente d'une vieille femme, Zelinda, pauvre entre les pauvres, qui lave tous les jours le linge que les autres lui confient et qui loge au dessus du village, dans une maison seule et isolée.
   
   Le curé va guetter Zelinda, lui tourner autour, sentant une question informulée rôder entre eux. Il ne se passe rien de plus dans cette histoire et pourtant, il y a un suspense. Comme le curé, nous voulons savoir quelle question taraude Zelinda et s'il pourra lui répondre.
   
   C'est l'écriture qui fait de ce texte un petit bijou. Poétique et extrêmement réaliste en même temps, elle décrit la vie de ces montagnards taiseux, sauvages, habitués à une vie de misère dont ils savent qu'elle ne changera jamais. Les jours passent, rythmés par des rites ancestraux, les clarines sonnent le soir au retour des bêtes, les pleureuses enterrent ceux qui partent... Tout est ténu, mais puissant, fort et âpre.
   
   Le deuxième texte est tout aussi sobre dans sa narration et terrible dans son dénouement. En peu de lignes, la cruauté de certains destins est mise à nu.
   
   Deux histoires qui frappent l'esprit, d'une auteur disparu à 32 ans, en 1952.
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critique par Aifelle




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