Lecture / Ecriture
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Sur la photo de Marie-Hélène Lafon

Marie-Hélène Lafon
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Marie-Hélène Lafon est un écrivain français née en 1962. Professeur agrégée de Lettres Classiques, elle a choisi de continuer à enseigner, par goût et pour se maintenir indépendante du marketing de ses livres.


* Interview dans la rubrique "Rencontres"

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Sur la photo - Marie-Hélène Lafon

Lire trois fois
Note :

   Il a 150 pages, mais moi je dirais bien 450, parce que c'est une livre qu'on aurait intérêt à lire trois fois. Une fois juste pour la découverte, une fois pour réévaluer l'histoire à la lumière de cette fin maintenant connue et une fois pour examiner la technique narrative et l'usage qui est fait des mots.
   Ce petit roman est une oeuvre d'art. Il est ciselé à la lettre près avec un soin d'orfèvre ou, plus encore, de miniaturiste. Chaque mot y est pesé avec le plus grand soin. Tout terme ne frôlant qu'à peine l'inutile est ôté. Chaque phrase est passée au sécateur du jardinier de bonsaï.
   Il reste l'épure. Un texte au dessus de toute critique, qui ne supporterait plus la moindre retouche, un livre dont on ne saurait retirer un mot. Il reste un noyau. Dur, compact, sans aspérité ni défaut et riche, comme le sont les noyaux, d'une amande porteuse d'un germe, qui croîtra? ou non. Cela dépend du climat, en un mot, du lecteur.
   
   «Sur la photo» est l'histoire d'une disparition. Un personnage qui est, depuis déjà sa silencieuse enfance, si peu présent qu'il semble toujours en partie effacé de l'image qu'on a des scènes où il se trouve. Un personnage à l'identité si peu affirmée vis-à-vis des autres que c'est « il », «lui». Rémi. Sur lequel le pronom balbutie dès les premières pages. Un personnage complexe qui nous livre ses souvenirs comme des clichés, sans un commentaire, sans un avis, sans une émotion. Comme une photo, une de ces photos qui donnent son titre au roman, une de ces photos au dos desquelles il écrit? mais on ne saura jamais quoi. Et un personnage tout de même pas du tout solitaire, qui a femme, enfant et un véritable ami. Qui est aimé, un peu, beaucoup ou pas, mais qui semble buter à la porte sentimentale des souvenirs pour n'en connaître que les faits et ne pas vouloir s'y laisser impliquer. Il aime pourtant, sans doute. On le pense du moins. Il est père, il est fils, frère et ami. Et puis, il disparaît.
   Pour ma part, j'ai toujours estimé que les disparitions étaient de vrais crimes envers ceux qu'on laisse ainsi derrière soi sans même qu'ils sachent s'ils doivent ou non refaire leur vie sans vous. Alors ce Rémi? Quelle idée me fais-je de lui ? Qu'est-ce que je pense de lui ? Je n'ai pas fini de me le demander. Le lecteur subit aussi les conséquences d'une disparition.
   

critique par Sibylline




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