Lecture / Ecriture
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La tête en arrière de Nathalie de Broc

Nathalie de Broc
  Le patriarche du Bélon
  La Dame des Forges
  La tête en arrière
  Fleur de sable
  Et toujours ces ombres sur le fleuve

La tête en arrière - Nathalie de Broc

Les yeux noirs!
Note :

   Ce court roman a obtenu le prix «Yann Brekilien» décerné par l'association des écrivains bretons en 2009. Nathalie De Broc a écrit plusieurs autres romans, mais c'est la première fois que je lis une de ses œuvres.
   
   La vie de deux femmes, la mère et la fille à travers le regard de cette dernière. On comprend très vite que cet enfant n'était pas souhaité. Par commodité, et au fil des pages on comprend que c'est mieux pour tout le monde, elle est en pension chez «Tantine», veuve sans enfant, qui lui donne toute son affection. Thérèse, la mère vient le premier dimanche de chaque mois, arrivée nimbée de mystère, l'enfant aperçoit une voiture s'arrêtant relativement loin de la maison avec un homme au volant!
   Et pour l'enfant ce dimanche est une déception, sa mère s'endort sur le canapé et la tension est palpable entre «Tantine» et elle. La fillette grandit, découvre le monde, le petit ami de sa maman pour le moins trop entreprenant, seule «Tantine» la défend, sa grand-mère la traite d'aguicheuse et sa mère ne vient plus la voir! La vie suit son cours, sa mère se met en ménage, s'installe en Auvergne, les rencontres s'espacent, un semblant de tendresse et de compréhension enfin semble s'installer. Pour combien de temps? Car la question du père n'est pas réglée... La grand mère meurt, sa petite fille se marie, Thérèse est toujours pour le moins étrange, sa vie est toujours compliquée, et sa fille cherche encore et toujours le nom de son père...
   
   Thérèse la mère, que l'on sent toujours au bord de la rupture, à la limite de la déraison ou du suicide. Dans le passé, déjà elle fuguait et était retrouvée errante dans la nuit à demi-dévêtue. Sa vie sentimentale est aussi une sorte de dérive, entre un homme qui la bat et un macho ridicule plus jeune qu'elle. Signe de son profond désarroi elle quittera Paris pour aller vivre avec l'homme qui la frappe. La fille malgré tout garde les pieds sur terre, se construisant une vie normale, fondant une famille et étant mère à son tour. Mais avec toujours l'obsession de ses origines, car peut-être que quelqu'un sait, quelque part...
   
   La Tantine est un personnage adorable et très attachant, les aléas de la vie ont fait que j'ai le souvenir de ce genre de femme chez qui j'allais en vacances dans l'Yonne. Mère de substitution elle a le rôle ingrat d'élever cet enfant même si on sent un brin de jalousie dans son comportent vis-à-vis de Thérèse.
   
   Pas beaucoup de place pour des personnages masculins dans cette histoire et c'est tant mieux!
   
   Un récit étrange et une démarche obsessionnelle: découvrir l'identité de son père.
   
   J'ai du relire ce livre une seconde fois car de multiples petits détails m'avaient échappés. Je suis avec ce livre très loin de mes lectures habituelles, mais petit à petit je suis rentré dans le monde de cette enfant puis de cette femme qui cherche ses origines. Elle apprendra quelques petites choses, que tout le monde savait sauf elle, évidemment! Elle ira en Angleterre sur les trace de sa mère jeune fille.
   
   Une belle écriture très intimiste, les années passent pour la mère et la fille, le fossé entre elles demeure. Pourtant on sent par moment des instants très fugaces de complicité, d'envie de rapprochement jamais aboutie. Mais les yeux noirs réapparaissent!
   
   Pas une lecture facile car l'ambiance générale est oppressante, mais une découverte un peu inattendue, car il est très rare que je relise deux fois le même texte quasiment à suivre!
   
   
   Extraits :
   
   - Dans le monde de ta maman, les gens comme moi sont juste bons à faire la cuisine.
   
   - Elle m'embrassait- m'embrassait-elle?- volait plus qu'elle ne partait.
   - Et pour mon père tu sais aussi?
   Maman m'a dit de ne rien te dire.
   
   - Tu as dû le provoquer cet homme. Bien comme ta mère. Pas une pour racheter l'autre.
   
   - Pour savoir revivre, il fallait déjà savoir vivre tout court.
   
   - Les yeux noirs ont remis de l'ordre dans tout ça.
   
   - Dans la vie si tu ne sais pas rire, tu n'arriveras à rien.
   
   - … elle a repris le pot de confiture et dit avec son accent breton à couper au couteau...
   
   - Ta maman a un peu de mal, tu sais. Elle aurait besoin d'un homme.
   
    Je repérai le changement dans le regard. Quelque chose se détraquait. Insidieusement. La lueur noire remontait.

critique par Eireann Yvon




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