Lecture / Ecriture
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Le naufrage de la Vesle Mari et autres racontars de Jorn Riel

Jorn Riel
  Dès 10 ans: Le garçon qui voulait devenir un être humain
  Le jour avant le lendemain
  Un curé d'enfer et autres racontars
  Heq, le chant pour celui qui désire vivre
  La maison des célibataires
  Le naufrage de la Vesle Mari et autres racontars
  La vierge froide et autres racontars
  La circulaire et autres racontars
  Le roi Oscar

Jørn Riel est un écrivain danois, né en 1931.
Jørn Riel s'est engagé en 1950 dans une expédition scientifique (Lauge koche) pour le nord-est du Groenland, où il passera seize années, notamment sur une base d'étude de l'île d'Ella.
De ce séjour, il tirera le versant arctique de son œuvre littéraire, dont la dizaine de volumes des "Racontars" arctiques, ou la trilogie "Le Chant pour celui qui désire vivre". Dans ces romans, dédiés à son ami Paul-Émile Victor, Jørn Riel s'attache à raconter la vie des populations du Groenland.
Il reçoit en 2010 le Grand Prix de l'Académie danoise pour l'ensemble de son œuvre.
Il vit actuellement en Malaisie à la lisière d'une forêt à Kuala-Lumpur capitale de la Malaisie.
(Wikipedia)

Le naufrage de la Vesle Mari et autres racontars - Jorn Riel

Ca vaut le détour par le Pôle Nord!
Note :

    Le Nord-Est du Groenland, terre de cocagne et de bonheur pour les chasseurs, télégraphistes, et autres bonshommes hauts en couleur qui s'y sont installés et s'y consacrent à chasser l'ours, trinquer avec une boisson d'homme, se raconter des histoires, se battre et se réconcilier. Mais voilà que cette existence paisible est menacée par un infâme bureaucrate et son décret de fermeture des stations de chasse... Une réserve protégée, non mais quelle idée! Retourner à la chaleur du Danemark? Jamais! Chacun va comploter pour échapper à ce triste sort.
   
   Ahhhh, les racontars de Jorn Riel, ces petites histoires drôles, tragiques, un peu fantastiques, souvent extraordinaires, truculentes... Ce n'était pas ma première rencontre avec Walfred, Lasselille et les autres et j'ai été heureuse de pouvoir les retrouver et faire un bout de chemin avec eux dans ces circonstances ma foi difficile de leur existence.
   
   Comme toujours, Jorn Riel donne libre cours à un talent de conteur d'une grande richesse et raconte, sous les dehors d'historiettes, la vie de ces hommes possédés par le Grand Nord, le choc d'un retour à la civilisation qu'aucun d'eux ne souhaite, la fin d'un monde et de traditions, des anecdotes vécues ou entendues durant la vingtaine d'années qu'il a passé dans cet univers. Du coup, il devient difficile de démêler le vrai du faux et le faux du vrai.
   
   Ceci dit, ce n'est pas important: à travers ces histoires, Jorn Riel parle de choses universelles, d'amour, d'amitié, de deuil, de peur, de volonté de trouver sa place dans le monde, de liberté et du moteur puissant que ces sentiments sont. Il y a le Capitaine de la Vesle Mari et son naufrage haut en couleur, Doc et Mortensen qui traversent l'Islandis à vélo plutôt que de se soumettre, Lasselille qui se bat contre les esprits., Rasmussen qui doute, et les autres... tous fidèles en amitié, teigneux, têtus et tendres sous leurs abords bourrus. C'est tout un monde d'hommes attachés à leur liberté, à une existence rude et à une nature qu'ils aiment profondément que l'on parcourt. On croise au hasard de ces histoires la culture Inuit, autre thème de l'œuvre de Riel et de romans magnifiques, des paysages sublimes que Riel sait si bien dérouler sous les yeux de son lecteur et qui donnent envie d'aller faire un tour sur les traces de ces héros et on quitte tout cela à regret.
   
   Ce sont presque les derniers racontars. Les stations de chasse sont fermées, Doc, Mortensen, Lasselille et les autres ont trouvé une nouvelle place dans le monde, où on les devine heureux et prêts à vivre de nouvelles aventures loin de nos yeux. Longue vie à eux!
   
   Au début du mois de juin, une rencontre avait été organisée avec Jorn Riel. J'y suis allée le cœur battant de rencontrer ce grand monsieur. J'ai découvert au fond d'un café branché un homme calme, attentif, rêveur et charmant. Dommage que l'absence de traductrice ait rendu le dialogue plus difficile, plus heurté. Mais ce fut une belle rencontre, une manière de découvrir la vie et l'œuvre de cet écrivain hors du commun, un moment superbe à l'écouter parler de son expérience au Groenland: 20 ans d'une vie dans le Grand Nord à croiser les grandes expéditions scientifiques, à découvrir la culture inuit, à vivre avec les chasseurs, jusqu'à ne plus pouvoir supporter le Danemark. En l'écoutant, j'ai découvert à quel point ses écrits étaient imprégnés de son expérience et cela me les a rendus plus précieux encore.
   
   Il n'y a pas de fin aux racontars a-t-il dit, il pourrait en écrire encore et toujours, raconter des morceaux de ces journées passées avec ces gens qui étaient devenus des bons amis et qui sont encore présents pour lui, aussi vivant qu'autrefois. Le Grand Nord n'est jamais sorti de son esprit, malgré son départ, les voyages et son installation en Malaisie. Il écrira un jour ses mémoires. J'ai été heureuse de l'entendre. Parce qu'une vie pareille vaut toutes les histoires et les romans, j'attendrai ces mémoires avec impatience et l'espoir de recroiser un jour la route de monsieur Riel.
   Bien d'autres choses ont été dites encore au cours de cette rencontre. Je m'arrête là. Mais je vous recommande les interviews de Jorn Riel au passage, elles valent le détour!
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critique par Chiffonnette




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Un traineau, des chiens et les moyens du bord...
Note :

   j'ai eu une bonne surprise en ouvrant "Le Naufrage de la Vesle Mari et autres racontars" de Jørn Riel. Souvenez-vous, je m'étais mortellement ennuyée devant "La Maison des célibataires". Et il faut bien l'avouer, je ne suis pas particulièrement attirée par les récits dans lesquels la nature tient une place primordiale (sauf exceptions), de surcroît lorsqu'il s'agit de paysages glacés ou montagneux – je n'ai jamais bien compris pourquoi.
   
   Il s'agit ici du dernier volume des racontars, volume qui au passage peut être lu indépendamment des autres romans, malgré de régulières allusions aux tomes précédents. Suite à une directive ministérielle, les chasseurs du nord-est du Groenland se retrouvent sans mission et se voient contraints de plier bagage. Aucun n'est vraiment désireux de retrouver le Danemark (et sa «moiteur quasi tropicale» cf l'éditeur). Tout est bon pour rester sur place: couler son propre bateau, épouser un dragon qui a déjà flanqué de sacrées raclées à ses anciens soupirants, s'installer sur une île déserte réputée hantée, partir vers l'inconnu avec un traineau, des chiens et les moyens du bord.
   
   Les racontars s'emboîtent les uns aux autres avec habileté. Les personnages? Des chasseurs bourrus, gloutons et hautement alcoolisés, qui n'hésitent pas à laisser deux chiens s'entretuer pour que le calme se rétablisse dans la meute et qui abattent ours, renards et phoques. Autant le dire, tout ce que je fuis habituellement dans mes lectures. Et là, miracle, on ne peut s'empêcher de s'attacher à ces vieux ours pragmatiques, à tourner fébrilement les pages afin de savoir si fantôme il y a ou pas, à suivre avec amusement la bataille entre un capitaine de bateau et un passager très particulier.
   
   Au final, voilà un livre que j'ai pris beaucoup de plaisir à découvrir et qui a su égayer mes longs trajets en métro, au point de me donner envie de lire d'autres racontars (ce qui n'était pas évident après ma première lecture d'un récit de Riel). Si vous aimez les étendues glacées, les contes ou les héros ronchons, laissez-vous séduire comme beaucoup d'autres avant moi!
   
   « Les fjords se font silencieux, l'eau est étale, immobile, comme une large route argentée. Les glaciers suspendent leur grondement, et la montagne se reflète dans les fjords, dédoublant ses fantastiques couleurs d'automne». (p175)
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critique par Lou




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Drôle et dépaysant
Note :

   Une circulaire ministérielle intime à des chasseurs du Nord-Est du Groenland de regagner le Danemark. Chacun va faire preuve de beaucoup d’imagination pour s’accommoder au mieux aux contraintes de la réalité. C’est dans cette période de turbulence que sombre la Vesle Mari.
   
   Cet ouvrage se présente comme le dixième et ultime opus des Racontars arctiques traduits du danois. J’ai commencé ma lecture des racontars par celui-là. Même si chacun peut se lire séparément, j’aurais apprécié de commencer par le premier afin de mieux comprendre l’intrigue générale qui fédère l’ensemble des histoires. En effet, la présentation de la circulaire s’effectue dans un tome précédent et ce dixième tome nous conte les adieux et le départ des chasseurs. Par ailleurs, de nombreuses références à des racontars antérieurs parsèment le présent opus. Des racontars qu’on peut lire isolément, mais il reste préférable de lire les premiers d’abord afin de se faire une meilleure idée de l’ensemble.
   
   J’ai trouvé cet ultime opus très dépaysant (les paysages du Groenland sont superbement décrits, le lecteur voyage dans les fjords, l’inlandsis, sur les glaciers arctiques), rafraîchissant, plein d’humour, même si l’auteur sait ménager des moments dramatiques. Les cartes du début sont très éclairantes et permettent de suivre la progression des chasseurs au cœur du Groenland.
   
   Si une intrigue générale fédère l’opus, chaque histoire possède sa propre unité. Chacune se focalise sur un ou deux personnages, des chasseurs qui vivent ensemble ou voyagent dans le pays. Ainsi, la première histoire, qui allie avec audace moments comiques et instants dramatiques nous présente un chasseur nommé Museau qui va payer cher sa pudibonderie. J’ai beaucoup apprécié cette histoire qui enchaîne les événements et les actions de manière rythmée jusqu’au final impitoyable… Globalement les personnages présentent un caractère bien affirmé: au-delà de leur naïveté et de leur tempérament bourru, ils restent extrêmement attachants. J’ai également été captivée par l’histoire de Valfred, un chasseur prêt à se marier, même avec une femme à la réputation douteuse, afin de ne pas abandonner un certain mode de vie.
   
   Beaucoup de portraits attachants de chasseurs, une invitation au voyage, des ressorts comiques du plus bel effet, un enchaînement réussi de racontars dont Jorn Riel dit qu’ils sont « des histoires vraies qui pourraient passer pour des mensonges, à moins que ce ne soit l’inverse».

critique par Seraphita




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