Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Daphnis et Chloé de Longus

Longus
  Daphnis et Chloé

Longus (appelé parfois également Longos) est un auteur grec qui a probablement vécu au IIe ou IIIe siècle de notre ère, connu pour son roman "Daphnis et Chloé".
On ne sait pratiquement rien sur Longus. On présume qu'il est né à Lesbos et qu'il a vécu à l'époque d'Hadrien. On lui attribue le roman intitulé "Daphnis et Chloé", parfois présenté sous le titre de «Pastorales de Longus».
(Wikipedia)


Voir aussi à *

Daphnis et Chloé - Longus

Amour... ben oui, vraiment toujours...
Note :

   Le narrateur, qui se présente comme un chasseur, découvre un jour par hasard, dans un sanctuaire de l'île de Lesbos, un tableau représentant une allégorie de l'Amour. Après s'être fait expliquer le contenu du tableau par un guide local, il entreprend de composer un récit destiné à illustrer cette histoire, celle de Daphnis et Chloé. Tous deux ont été exposés à leur naissance, comme dans de nombreux mythes grecs, et ont été recueillis, nourris et élevés respectivement par une chèvre et une brebis, puis, grâce à l'aide de Pan et des Nymphes, qui veillent sans cesse sur eux, par deux familles de bergers. Daphnis garde ses chèvres, Chloé ses brebis, et les deux enfants grandissent ensemble dans l'amitié et l'innocence la plus sincère, sans rien connaître des mystères entourant leur naissance, qui ne leur seront dévoilés que bien plus tard, comme le veut la tradition littéraire. Peu à peu, poussés l'un vers l'autre par les dieux et le destin, ils voient leur attirance l'un pour l'autre grandir jour après jour, mais ignorent pour l'instant tout de l'amour qui les unit. Au hasard d'un baiser échangé sous un arbre, d'un bain pris ensemble dans une source, d'une promenade dans les pâturages, ils se découvrent peu à peu, mais n'osent encore rien se dire du bouleversement qui les affecte, et des sentiments qu'ils sentent naître et croître dans leur coeur. Or, un autre pâtre a jeté son dévolu sur la belle Chloé, et est bien résolu à l'épouser, quitte à devoir pour cela tuer Daphnis, qui ne sait encore rien du danger qui le guette...
    
   Oeuvre majeure de la littérature grecque, "Daphnis et Chloé" est sans doute le plus beau roman pastoral jamais composé. Ecrite entre le IIe et le IIIe siècle de notre ère, cette histoire d'amour entre un pâtre et une bergère, que les dieux ont choisi de réunir, malgré les nombreux obstacles qui vont tenter de les séparer (rivaux, familles, et même guerres et enlèvements perpétrés par des pirates), n'a presque rien perdu de son charme et de sa fraîcheur. Dans un cadre bucolique proche de celui des "Idylles" de Théocrite, Longus décrit l'amour de deux êtres attachants de naïveté et de candeur, irrésistiblement attirés l'un vers l'autre par la volonté des dieux, Pan en tête. Bien sûr, les conventions littéraires, et en particulier romanesques, ont beaucoup évolué depuis l'écriture de "Daphnis et Chloé", et pourtant, si l'on se prête au jeu des histoires de bergers, des chants accompagnés de syrinx, des journées passées à faire paître le troupeau, aux invraisemblances du récit, au merveilleux qu'on peut sentir poindre par moments, et surtout à l'ironie du narrateur, perceptible en filigrane et qui permet à ce récit de se distinguer des autres romans grecs, alors on se laisse emporter par la beauté de cette histoire d'amour immortelle, qui a inspiré tant de peintres, de sculpteurs, de musiciens, et bien sûr d'écrivains, Bernardin de Saint-Pierre (Paul et Virginie), Colette (Le Blé en herbe) ou encore Mishima (Le Tumulte des flots), pour ne citer qu'eux.
   
   Un chef-d'œuvre de poésie, de légèreté et de grâce, plutôt bien rendu par la traduction (qui n'égale toutefois pas, selon moi, celle de Grimal), qui tente de restituer la tonalité du texte grec sans trop l'alourdir par une abondance de notes érudites, et qui permettra sans doute à beaucoup de lecteurs de se familiariser avec la littérature antique, souvent considérée comme trop touffue, difficile à comprendre et à lire en dehors des œuvres majeures que sont l'Iliade, l'Odyssée et l'Enéide, et que j'encourage par ailleurs vivement à (re)découvrir. En somme, un roman magnifique, qui, près de vingt siècles après sa composition, reste toujours aussi sublime, tout en justesse et en subtilité, et qui, je l'espère, ne laissera aucun lecteur indifférent.
    ↓

critique par Elizabeth Bennet




* * *



De la malédiction d’être belle et du bonheur de vivre cachés
Note :

   Être plus belle que toutes les nymphes réunies, avoir la beauté d’Aphrodite, ce n’est pas forcément une sinécure. En effet, votre vie manque singulièrement de piquant: dès qu’un homme vous voit, paf, il tombe amoureux et est prêt aux pires complots pour vous retenir à ses côtés. C’est en tout cas la leçon que Callirhoé, héroïne du plus ancien roman grec (écrit à l’époque romaine), tire de ses aventures. A chaque fois qu’elle doit être présentée à un nouvel homme, elle éprouve même un petit frisson: à partir de la deuxième partie du roman, elle est consciente des ravages de sa beauté et sait qu’il lui suffira d’apparaître à Babylone pour jeter le grand Roi à ses pieds: encore des ennuis en perspective! Car elle n’aspire à rien d’autre qu’à une petite vie tranquille aux côtés de Chéréas, lui-même assez bien fait de sa personne. Elle vit donc sa beauté comme une malédiction, une fatalité empoisonnante; et ne cesse de se lamenter de ce fardeau. Il est vrai que le roman grec est une sorte de superproduction à grand spectacle, pleine de brigands, de pirates, de grandes batailles, de fausses morts et de pathétiques évanouissements, de crucifixions arrêtées juste à temps et de supplications larmoyantes.
   
   L’action pourrait être assez rapide, mais elle est ralentie par les lamentations des personnages: et dire que j’ai été ensevelie vivante, puis vendue comme esclave par des pilleurs de tombes, forcée de me remarier avec mon nouveau maître pour sauver mon fils, etc etc… Lamentations récurrentes qui entendent faire rivaliser le roman avec le théâtre: la tragédie ou plutôt le mélodrame. Le roman se veut aussi le descendant de l’épopée, ce dont témoignent des citations homériques régulières. Heureusement, on sent bien que ce déchaînement de passions et de malheurs, comme dans un bon mélo, n’est là que pour rendre plus précieux l’apaisement final: après la souffrance, viendra le temps de la réconciliation et du bonheur pour les héros de Chariton d’Aphrodise. Entre-temps, on aura pu se passionner pour les amours contrariées des héros qui nous font voyager des rivages de Sicile à la cour d’Artaxerxès et aussi rire un peu des évanouissements répétées des deux époux lors de leurs retrouvailles.
   
   Longus, lui, semble plutôt inspiré par la poésie pastorale, et l’intrigue de "Daphnis et Chloé" en est plus légère et plus attendrissante. On y joue de la syrinx, on y mange des gâteaux au miel, on y capture des cigales, on y tresse des couronnes de fleurs, on grimpe au sommet des arbres à l’automne chercher la plus belle pomme pour sa belle, on se raconte des légendes de nymphes devenues roseaux… Si le roman compte son lot de pirates et de rivaux malintentionnés, l’action y est surtout intime: deux enfants découvrent ce que c’est que l’amour et finalement comment apaiser leur flamme. C’est à la fois délicieusement naïf et très raffiné, à coup d’histoires insérées et d’évocations gracieuses des changements de la nature au fil des saisons. Je comprends fort bien que le roman ait inspiré d’autres artistes, musiciens ou peintres au fil des siècles!

critique par Rose




* * *