Lecture / Ecriture
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Mars de Fritz Zorn

Fritz Zorn
  Mars

Fritz Zorn est le nom de plume de Fritz Angst, né en 1944 et mort en 1976, un écrivain suisse de langue allemande.

Mars - Fritz Zorn

Somatisme
Note :

    En 1976, mourait Fritz Zorn auteur zurichois d’un unique ouvrage autobiographique «Mars». Né le 10 avril 1944 il n’avait que trente-deux ans à son décès.
    
   «Zorn» (colère) est un pseudonyme. Le vrai nom de Zorn est Fritz Angst et ce mot de Angst c’est l’angoisse. Une angoisse, qui, mêlée au courroux, à la rage qu’éprouve l’auteur, court à travers le récit.
    
    l’incipit a été souvent cité. Des phrases provocantes et ingénues à la fois, mêlant la dérision et la révolte.
    
   L’auteur dit qu’il ne s’agira pas d’une autobiographie mais de l’ «histoire d’une névrose ou du moins de certains de ses aspects.»
     Cependant, décrivant son état et les origines supposées de celui-ci,comme  il n’est pas clinicien il se retrouve  autobiographe.
   D’emblée il annonce que la maladie dont il souffre, un cancer est l’expression somatique de sa névrose. Il veut s’approprier ce cancer comme son symptôme, l’objet qu’il peut aimer et comprendre.
   D’où cette formule que la tumeur est une métaphore de ses «larmes non versées». Mais à propos de quelle perte particulière, les a-t-il retenues, nous  ne le savons pas.  
     
   En tant que malade il veut coexister le moins mal possible avec son affection, lui donner un sens, et peut-être en donner un à sa mort qu’à juste titre il suppose proche. Beaucoup d’affections sont reconnues psychosomatiques mais il est impossible de le prouver scientifiquement. Le cancer, ce serait irrationnel  de penser qu’il s’est développé par le seul fait de l’existence d’une névrose.
     Pour en savoir plus, on eût dû laisser al parole au psychothérapeute, mais celui-là n’a rien su faire de mieux que de lui administrer l’extrême-onction à sa manière profane en lui certifiant que son livre serait publié après sa mort.
    
   Révolte, colère, mépris: mais cette révolte fut d’abord rentrée comme en témoigne le 1er chapitre «Mars en exil».
     Mars évoque son enfance et sa jeunesse à Zürich: il est révolté contre sa famille qui l’a «éduqué à mort».
   Il épingle les formules langagières que ses parents utilisaient lorsqu’ils ne voulaient pas approfondir un sujet. Cependant, il ne dit rien de précis permettant de se faire une idée de ses parents, camarades ou professeurs, et filles «avec lesquelles les relations n’ont pas marché». On apprend seulement que son petit frère avait acheté un «mauvais disque» «le Tango criminel» alors que lui, Mars, n’a jamais osé écouter de mauvais disques , persuadé que la musique classique vantée par les adultes était le bon choix.
   Maintenant il regrette le Tango Criminel et c’est trop tard.
   Trop tard pour vivre.
   Mars a fait un doctorat en langues romanes, est devenu professeur d’espagnol: la langue du Tango Criminel.
    
   A part cette métaphore que je trouve belle, il ne met rien en situation, ne relate aucune scène, peut-être parce qu’il craint d’être reconnu.
   Il témoigne toutefois avoir toujours été absent à ce qu’il faisait, absent à soi-même. On le ressent dans on écriture, non pas «blanche» mais sans couleur.
   L’écriture mélange naïveté et ironie avec de nombreuses répétitions de phrases aux variations minimes, fourmille de paradoxes parfois un peu faciles:
   «Pourquoi aurais-je voulu me suicider, la vie c’est donc différent de la mort?»

    
   En effet, à la vue d’une tumeur qui grossissait rapidement, il n’a pas voulu consulter, attitude suicidaire.
    
   S’il avait vécu, il aurait pu cultiver son goût pour l’aphorisme et écrire des maximes. «J’ai été éduqué à mort» est une formule qui laisse à penser.
    ↓

critique par Jehanne




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Education à la non-vie
Note :

    Fritz Zorn (1945-1977) découvre à l’âge de trente ans qu’il est atteint d’un cancer, ce qui l’amène à remettre en cause toute son existence passée et particulièrement l’éducation qu’il a reçue et qui, selon lui, a causé une profonde dépression puis finalement ce cancer dont il ne sait pas encore qu’il lui sera fatal. C’est donc une dénonciation de la société bourgeoise et de l’habitude qu’elle a de "manger ses enfants" en leur inculquant des principes mortifères de haine de la sexualité et de répression des sentiments. Chez ses parents, en effet, tout le monde vivait en "harmonie" c’est-à-dire qu’on n’exprimait jamais une seule opinion discordante et qu’on était tenu de ne pas déranger les autres, d’avoir les mêmes goûts que le père de famille, d’être conformiste et "de droite", sans remise en cause possible car les choses étaient toujours "compliquées" et "pas comparables" donc on ne pouvait pas réfléchir à leur propos.
   
    Fritz Zorn nous décrit sa jeunesse triste et frustrée, ses névroses et ses habitudes de vie d’une manière extrêmement lucide et aussi avec un humour ravageur qui n’épargne ni les autres ni lui-même.
   
    Ce livre troublera et bouleversera sans aucun doute les lecteurs qui ont eu une éducation bourgeoise et traditionaliste car il décortique des modes de pensées et des principes qui étaient très courants dans les années 1950-60 et même encore dans les décennies suivantes.
   
    Dans ce livre transparait une souffrance et une révolte énormes, qui m’ont beaucoup touchée voire un peu déprimée.
   
    Un livre à la fois analytique, politique, psychologique, qui restera une de mes lectures les plus marquantes de cette année !
   
   Extrait page 75
   "A celui qui ne joue pas au football il parait ridicule de courir pendant des heures après un petit ballon de cuir ; il ne se demande pas si ce jeu ne serait pas follement amusant, il ne voit que le côté ridicule de ces hommes adultes qui jouent comme des petits garçons. Sans doute celui qui fait quelque chose se rend-il toujours ridicule aux yeux de celui qui ne fait rien. Celui qui agit peut toujours prêter le flanc ; celui qui n’agit pas ne prend même pas ce risque. On pourrait dire que ce qui est vivant est toujours ridicule car seul ce qui est mort ne l’est pas du tout."

critique par Etcetera




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