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Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants de Mathias Enard

Mathias Enard
  Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants
  Rue des voleurs
  L'alcool et la nostalgie
  Boussole

Mathias Énard est un écrivain, professeur d'arabe et traducteur français, né en 1972.

Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants - Mathias Enard

Invitation au songe
Note :

   Prix Goncourt des lycéens 2010
   
   
   
   "Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants". Ce titre – l'on découvrira qu'il est emprunté à Rudyard Kipling, et qu'il recèle à lui seul tout un programme – fait déjà rêver. Et dès les premières phrases, le nouveau roman de Mathias Enard ensorcèle par l'alliance du mystère et de la poésie, dans les vapeurs du vin et de l'opium: "La nuit ne communique pas avec le jour. Elle y brûle. On la porte au bûcher à l'aube. Et avec elle ses gens, les buveurs, les poètes, les amants." (p. 9)
   
   Mais n'allez pas y voir pour autant une songerie inconsistante! En choisissant de se pencher sur un épisode, apparemment authentique mais méconnu, de la vie de Michel-Ange – un séjour de quelques semaines à Constantinople aux mois de mai et juin 1506, à l'invitation du sultan Bayazid II, alors que l'artiste florentin est en bisbilles avec son commanditaire attitré, le pape Jules II -, Mathias Enard s'engouffre certes dans les brèches des sources historiques, inventant ce que plus personne ne peut savoir. Mais c'est pour y trouver matière à conduire une vraie réflexion.
   
   Sur les rapports entre Orient et Occident d'abord. Les échanges commerciaux prospères qui n'excluent ni la méconnaissance, ni les malentendus. Les manœuvres politiques retorses et compliquées. Les amours qui ne disent pas leurs noms, et qui lient Michel-Ange au poète Mesihi de Pristina ou à la chanteuse andalouse que les Rois Catholiques ont chassée de sa terre natale, et dont la voix ensorcelante revient scander, à intervalles réguliers, le cours d'un récit mené le reste du temps sur un ton plus neutre et objectif.
   
   Et bien sûr sur la condition de l'artiste - contraint à s'humilier devant les puissants que ceux-ci aient nom Jules ou Bayazid -, sur ses motivations aussi – ambition, soif de reconnaissance sociale, d'honneurs et d'argent -, thème cher à Pierre Michon qui l'a traité avec davantage d'autorité, en y apportant davantage d'échos et partant, une complexité plus manifeste, dans "Les Onze" ou encore "Maîtres et serviteurs".
   
   Mathias Enard a, lui, choisi de rester dans la mouvance, l'incertain, une réserve délibérée qui peut dérouter, au premier abord. Et il faut sans doute s'accorder un peu de temps, une fois tournée la dernière page de "Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants": le temps de constater que ce roman tout en subtilité distille un trouble à retardement, et qu'il nous invite à une songerie qui tient tout à la fois du rêve, de la réflexion et d'une tentative – fut-elle vouée à l'échec - pour retrouver un passé enfui à jamais. Comme une réponse au vœu qu'une chanteuse andalouse à la voix noyée de mystère et de mélancolie adressait à un artiste florentin: "Il ne restera rien de ton passage ici. Des traces, des indices, un bâtiment. Comme mon pays disparu, là-bas, de l'autre côté de la mer. Il ne vit plus que dans les histoires et ceux qui les portent. Il leur faudra parler longtemps de batailles perdues, de rois oubliés, d'animaux disparus. De ce qui fut, de ce qui aurait pu être, pour que cela soit de nouveau." (p. 128)
   
   
   Extrait:
   
   "Ton pont restera; peut-être prendra-t-il, au fil du temps, un sens bien différent de celui qu'il a aujourd'hui, comme on verra dans mon pays disparu bien autre chose que ce qu'il était en réalité, nos successeurs y accrocheront leurs récits, leurs mondes, leurs désirs. Rien ne nous appartient. On trouvera de la beauté dans de terribles batailles, du courage dans la lâcheté des hommes, tout entrera dans la légende." (p. 110)
   

   
   
   
    Rentrée littéraire 2010
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critique par Fée Carabine




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Naissance d'un pont
Note :

   En ce mois d'avril 1506, Michel-Ange quitte Rome sur un coup de tête. Ulcéré par l'attitude du pape Jules II – qui l'a éconduit suite à sa demande de remboursement pour les frais occasionnés par la construction du tombeau de celui-ci – l'artiste se réfugie à Florence afin de consumer sa colère envers ce pape ingrat et mauvais payeur.
   C'est à Florence qu'il est contacté par deux moines franciscains qui lui remettent un message. Est-ce un mot d'excuse de Sa Sainteté, ou plus probablement une injonction du pontife lui ordonnant de retourner à Rome afin de reprendre son ouvrage? Ni l'une ni l'autre. Il s'agit en fait d'une invitation que lui fait le Grand Turc, le sultan de Constantinople, Bajazet II.
   Après quelques jours d'hésitation, Michel-Ange prend la mer en direction de la Sublime Porte. N'est-ce-pas là une belle revanche contre le souverain pontife qui l'a malmené et éconduit comme un gueux alors qu'il ne réclamait que son dû? Se mettre au service du Grand Turc, c'est à cette époque servir le principal ennemi de toute la chrétienté, un ennemi dont les puissantes armées menacent toute la façade orientale de l'Europe et en grignotent peu à peu toutes les provinces.
   Miche-Ange est invité pour un mois à Constantinople, un mois au cours duquel il devra dessiner les plans d'un pont qui enjambera la Corne d'Or. Le projet n'est pas nouveau et le grand Léonard de Vinci s'y est lui-même cassé les dents. Miche-Ange – qui est plus sculpteur qu'architecte – saura-t-il, contrairement à son illustre prédécesseur, mener à bien ce chantier titanesque?
   En débarquant à Constantinople en mai 1506, l'artiste découvre un univers totalement inconnu, l'autre côté du monde, un univers de senteurs et de couleurs insoupçonnables.
   Il aura pour compagnons et pour guides, lors de son séjour, Mesihi de Pristina, le poète, secrétaire et protégé du grand vizir Ali Pacha, ainsi qu'Arslan, le négociant, deux jeunes hommes qui lutteront l'un contre l'autre pour acquérir les faveurs de l'artiste. Mais le personnage qui troublera le plus Michel-Ange sera peut-être cette étrange chanteuse qui partagera ses nuits, lui racontera sa douloureuse histoire et dévoilera peu à peu son tragique destin.
   
   
   Avec ce roman qui s'est vu décerner le Prix Goncourt des lycéens 2010, Mathias Enard nous offre un récit exotique et sensuel où se mêlent habilement faits historiques et imaginaires. De par le contexte historique et la technique de narration, on pourrait comparer ce roman au fabuleux "Mon nom est Rouge" d'Orhan Pamuk. Le lecteur y trouvera en effet la même fascination pour cette civilisation ottomane cruelle et raffinée, pour les senteurs exotiques des épices et le chatoiement des étoffes rares, ainsi que pour le récit qui devient tour à tour onirique, poétique, et oscille entre roman historique et intrigue policière. Mais avant tout, c'est du travail de création dont nous entretient Mathias Enard, ce douloureux accouchement des projets et des idées qui confine parfois au sacerdoce. On y verra aussi l'image, déjà présente au XVIème siècle et malheureusement toujours d'actualité, du fameux «choc des civilisations», confrontation de deux mondes prêts à se déchirer et que peut-être seuls les artistes seront à même de résoudre en générant des œuvres dont la plus symbolique de toutes reste le pont, symbole de rencontre et d'échange.
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critique par Le Bibliomane




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Peu emportée
Note :

   L'époque: La naissance du 16ème siècle. Michelangelo a des difficultés avec son pape (Jules II) qui le fait travailler sur sa future sépulture sans daigner le payer et le laisse même fournir à ses frais le marbre si onéreux alors qu'il est quasiment sans ressources. Les grands comptent pour rien les difficultés des petits et Michel-Ange, au caractère déjà ombrageux, enrage d'être ainsi traité autant que de sa misère financière. C'est pourquoi, lorsqu'il reçoit l'invitation du Sultan Bajazet à venir travailler pour lui, après avoir hésité (car il craint également les vengeances possibles de Jules), il accepte et part sur un coup de tête.
    Le voici arrivé à Constantinople. Un monde nouveau, une nouvelle manière de vivre s'offre à ses yeux, bien plus délicat et subtil que celui auquel il est habitué. Il fait la connaissance de ses hôtes et en particulier du poète Mesihi, son intermédiaire avec la cour, et découvre à l'occasion les plaisirs envoutants d'une chanteuse et danseuse androgyne.
   C'est un pont qu'il doit construire, un ouvrage qui traversera la Corne d'Or, joignant les villes fortifiées. Léonard de Vinci -son rival- a déjà présenté un projet, mais il n'a pas plu. C'est à lui maintenant, de faire ses preuves. Une fortune lui est promise.
   
   Quand j'ai su quel était le sujet de ce roman, j'ai tout de suite été intéressée et j'ai tout de suite souhaité le lire. Quand j'ai lu sur le web tout le bien qui en était dit, ce désir n'a fait que s'accroitre... mais quand ce fut fait... je dois avouer que j'ai été un peu déçue. C'est un peu difficile de dire pourquoi, mais je vais essayer.
   
   Tout d'abord, la cause la plus évidente: emballée par le thème qui me plaisait tant et les compliments entendus, j'en attendais trop. Il m'en reste l'impression qu'avec un sujet aussi bien trouvé on aurait pu faire quelque chose de plus riche, profond et subtil: Une légère déception, quoi.
   
   La plupart des thèmes, amours, civilisations autres, politiques différentes, tolérances religieuses, caractéristiques des pouvoirs sont bien évoqués, mais toujours brièvement: Miche-Ange les voit et l'on passe à autre chose. J'aurais aimé qu'on les voie davantage en œuvre, qu'on les voie agir.
   
   De même, la façon de Mathias Enard d'écrire et de raconter: Je ne la trouve pas défectueuse et je me garde bien de la critiquer, mais je la ressens "rude", "râpeuse", ("virile"?) Je l'ai trouvée belle par moments, mais elle ne me touche pas. Ce roman ne m'a pas émue ni intéressée comme il aurait pu le faire, comme je pensais qu'il le ferait.
   C'est tout.
   
   Mais lisez-le, vous me donnerez votre avis, cela reste un bon livre, et pour vous décider quand même, un des meilleurs passages (dommage qu'il n'y en ait pas eu d'avantage comme celui-là):
   "Je sais que les hommes sont des enfants qui chassent leur désespoir par la colère, leur peur dans l'amour; au vide, ils répondent en construisant des châteaux et des temples. Ils s'accrochent à des récits, ils les poussent devant eux comme des étendards; chacun fait sienne une histoire pour se rattacher à la foule qui la partage. On les conquiert en leur parlant de batailles, de rois, d'éléphants et d'êtres merveilleux; en leur racontant le bonheur qu'il y aura au-delà de la mort, la lumière vive qui a présidé à leur naissance, les anges qui leur tournent autour, les démons qui les menacent, et l'amour, l'amour cette promesse d'oubli et de satiété. Parle-leur de tout cela et ils t'aimeront; ils feront de toi l'égal d'un dieu. Mais toi tu sauras (…) que tout cela n'est qu'un voile parfumé cachant l'éternelle douleur de la nuit."
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critique par Sibylline




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Une expérience intéressante
Note :

    Asphodèle m'a proposé un livre mystère, reçu couvert et anonyme, mais pas sans charmes, à charge pour moi de le lire sans aucune indication d'auteur, de date d'édition, sans illustration, sec. Curieuse sensation sur laquelle je vous livre d'abord mes impressions, puis une critique du roman, puis enfin je dévoilerai le pot aux roses pour vous... et pour moi. Evidemment il est déconseillé de faire ça avec un Maigret ou un Sherlock Holmes, le suspens serait vite expédié. Donc pas de place pour les récurrents dans le livre mystère.
   
    A première vue je ne rentre pas très vite dans l'histoire, me consacrant à tenter de percer le nom de l'auteur. C'est déjà fausser un peu ma lecture. Bon, déjà un élément, le livre est court, format de poche, alors une histoire de détective, de grand détective? Mais non, pas d'enquête à proprement parler. Cependant comme on est en pleine Renaissance et que le héros s'appelle Michel-Ange, génie créateur de son état, je pense à Sophie Chauveau par exemple dont j'ai déjà lu une très moyenne "Obsession Vinci". C'est pas tout ça,les amis, mais vu qu'il ne compte que 170 pages dont certaines de douze ou quinze lignes, il faudrait que je me concentre un peu sur la lecture proprement dite.
   
    Etrange sentiment que celui de découvrir le grand peintre de Florence face au sultan de Constantinople, en tant qu'architecte ce qui n'est pas une surprise. Le livre se lit maintenant avec beaucoup de plaisir, presque distraitement. L'auteur n'a pas lésiné sur les descriptions des épices et des marchandises, ce qui m'a fait un effet catalogue un peu gênant. Cipolin, sérancolin, brocantin, cinatique, des matières à couleurs. Ou cavet et scotie, des moulures. Ça c'est un peu ce que j'appelle l'effet dico, martelant des vocables à peu près inconnus du profane. Instructif, certes, un peu procédé à la longue. Et puis quand même cette présentation clairsemée, on dirait presque que le responsable a été payé à la page.
   
   Ne boudons pas notre plaisir, on respire l'air de la Corne d'Or et l'on imagine le pont selon Buonarotti, fier et florentin. Belle histoire, romanesque à souhait, de ce romanesque un peu hautain qui caractérise la Renaissance dont la vertu cardinale n'est pas la modestie.
   
    Le roman? ne m'a pas vraiment convaincu et j'en suis fort triste pour ma chère Asphodèle dont je crois savoir qu'elle a aimé ce livre. Pourtant la Renaissance me passionne mais X, l'auteur m'a semblé saupoudrer son récit de scènes attendues sur l'exotisme un peu appuyé des tavernes de Constantinople, de ses odalisques et de ses éphèbes. Et puis encore une fois j'aime m'installer dans un livre, les chapitres m'apportant une latence, une douce indolence favorisant mon imagination. C'est tout le contraire dans celui-ci qui s'apparente un peu, le mot est fort, je sais, à une sorte de zapping écrit, plaisant et aérien. Nous en venons, maintenant que j'ai fait de la peine à mon amie Asphodèle, mais je crois qu'elle n'aurait pas aimé un enthousiasme factice de ma part, à l'auteur que j'ignore encore à cette heure. Certaine phrase très précise renvoie au titre d'un livre récent de Mathias Enard. Mais je n'ai jamais lu cet auteur et ça n'a peut-être strictement rien voir. Il y est question de rois, de batailles et d'éléphants? Demain soir j'aurai enlevé la couverture de papier et je vous dirai ce que j'ai lu.
   
   Dernière minute, il s'agit bien du roman de Mathias Enard.
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critique par Eeguab




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De l’art de la fiction recyclant du réel
Note :

   Le pitch de base est génial, s’agissant d’un personnage historique aussi célèbre que Michel-Ange. Michel-Ange s’est rendu – et là nous sommes dans le réel – à Constantinople, au printemps 1506 (imagine-t-on bien ce périple dans les conditions de cette époque!), à l’invitation du Sultan Bajazet pour un projet des plus fous, propre à enflammer le génie de Michel-Ange : concevoir un pont sur la Corne d’or. Un pont qui serait le plus fabuleux des ponts, à l’époque bien sûr.
   
   Le contexte s’y prête. Il est en "bisbilles" avec le Pape Jules II dont il attend des paiements et des commandes, qui, les uns après les autres ne viennent pas. Il s’esquive donc discrètement de l’Italie pour céder aux sirènes de l’Orient, au prestige de l’œuvre à venir et au pont d’or (financier celui-là) promis. Quant au prestige, Léonard de Vinci ayant échoué, le défi est stimulant.
   
   Et voilà donc Michel-Ange à Constantinople. On lui fournit les conditions techniques requises pour mener à bien cette tâche, du personnel en nombre... Reste... , reste que Michel-Ange, peut-être séduit et perturbé par ce monde inconnu qu’il découvre, a beaucoup de mal à se mettre à l’ouvrage – du moins à la hauteur de son génie et de ce qui est attendu de lui. Mathias Enard en profite pour nous brosser des tableaux de Constantinople au XVIème siècle et de sa vie locale. C’est très bien fait, et l’on sent qu’il est un spécialiste de la "chose" orientale (spécialité persan et arabe). Il y a donc peu de risques que des invraisemblances se soient glissées dans tout ce qu’il met en jeu. Néanmoins je ne suis pas complètement rentré dans l’histoire globale.
   
   Dans des éléments factuels, des pages particulières, oui, j’ai senti le parfum de la vie telle qu’elle devait se dérouler dans cette ville magique qui allait s’appeler bien plus tard Istanbul. Mais globalement, presque je serai plutôt resté à l’écart.
   
   Mais Michel-Ange me direz-vous? Ça ne s’est pas trop bien fini. Le génie attire de la jalousie, des haines. Les promesses ne sont pas toujours tenues... Michel-Ange a fini par lancer le projet, des piles de pont monstrueuses ont commencé à prendre place dans le Bosphore mais un séisme les détruit et, inquiet pour sa sécurité, redoutant également la réaction du Pape Jules II, il décide de fuir à nouveau, cette fois-ci vers l’Italie.
   
   L’Orient est décidément un univers compliqué et l’époque de la Renaissance ne devait pas apporter de simplifications à cet ensemble redoutable. Mathias Enard avait les connaissances historiques et techniques pour traiter de tout ceci mais la magie n’aura pas totalement opéré auprès de moi.
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critique par Tistou




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Pour amateurs de fictions historiques
Note :

   Ce roman évoque le projet de construction d’un pont au-dessus de la Corne d’or, à Istanbul, par Michel-Ange. Dans la réalité, les sources mentionnent bien un projet de pont au-dessus de ce bras de mer, produit par Léonard de Vinci, et cité par l’auteur, mais aucune biographie de Michel-Ange ne mentionne l’investissement de l’artiste dans ce domaine. Il s’agit donc d’une fiction.
   
   Cela n’atténue en rien l’intérêt du roman qui présente l’artiste destinataire de cette commande d’abord hésitant sur la réalisation à produire, et élaborant à la fin le plan d’un pont, selon la demande du sultan Bayezid II.
   
   C’est l’occasion pour l’auteur d’introduire toute une série de personnages qui cherchent à se placer dans l’orbite de l’artiste, pour des motifs divers, et de décrire ce dernier comme un individu incertain, tenté par différents comparses turcs, et se prenant finalement au pari qui lui aurait été proposé, ne serait-ce que pour supplanter son rival Léonard.
   
   Toute cette narration semble ternir quelque peu l’image de Michel-Ange, artiste qui de nos jours paraît avoir largement dominé son époque, le public demeurant la plupart du temps dans l’ignorance de sa vie quotidienne.
   
   L’auteur prend néanmoins la peine d’évoquer le vif mécontentement du pape Jules II, qui avait commandé la construction de son tombeau à Michel-Ange, et dont le lecteur imagine bien volontiers qu’il aurait été furieux d’apprendre que celui-ci aurait délaissé sa commande pour répondre aux attentes du Sultan, avec lequel il était forcément en délicatesse, pour des motifs tant religieux que politiques.
   
   Ainsi, avec toute sa fantaisie, ce roman présente beaucoup d’attraits aux amateurs de fictions historiques.

critique par Jean Prévost




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