Lecture / Ecriture
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Un p’tit gars de Georgie de Erskine Caldwell

Erskine Caldwell
  Un p’tit gars de Georgie
  Le Bâtard
  La route au tabac
  Le petit arpent du Bon Dieu
  Nous les vivants
  Bagarre de juillet
  Un patelin nommé Estherville
  Haute tension à Palmetto
  Toute la vérité
  Une lampe, le soir
  Gulf Coast Stories
  Pris sur le vif
  Jenny toute nue
  La dernière nuit de l'été
  Miss Mamma Aimée
  Les braves gens du Tennessee
  Annette
  À l'ouest du Mississippi

AUTEUR DES MOIS de décembre 2017 & janvier 2018

Erskine Caldwell est né le 17 décembre 1903 à White Oak, près d'Atlanta (Georgie), où son père était pasteur. Sa mère descendait d'une famille distinguée de Vorgonoe. Son père était un personnage très  connu dans les milieux protestants du sud. Ses deux parents firent des études universitaires. Erskine lui-même fit également des études universitaires en Virginie et Pensylvanie mais s'est rapidement orienté vers l'écriture. Il a alors exercé plusieurs métiers mais finalement, en 1926, il se retire dans une ferme du Maine pour se consacrer exclusivement à l'écriture.

Après avoir publié The Bastard (1929) et Poor Fool (1930) [Un pauvre type], le succès est venu avec la publication de Tobacco Road (1932) [La Route au tabac], puis de God's Little Acre (1933) [Le Petit Arpent du bon Dieu], qui firent connaître son nom à des millions de lecteurs, dans le monde entier.

Il est mort le 11 avril 1987 à Paradise Valley (Arizona). Il avait écrit 25 romans, 150 nouvelles, 14 autres livres, qui avaient le plus souvent été des succès d'édition. 

Un p’tit gars de Georgie - Erskine Caldwell

Scènes de la vie quotidienne dans le Sud
Note :

   "Un p’tit gars de Georgie" est un recueil de nouvelles de Erskine Caldwell (1903 – 1987), écrivain oublié, peut-être parce qu’il fut le contemporain de Steinbeck et Faulkner. Comme eux, il décrit les États-Unis laborieux, ceux des gens pauvres qui vivent au jour le jour. Ce sont ici des fragments de vie de William Stroup, un p’tit gars de Sycamore, en Georgie, des scènes de la vie quotidienne, de petits événements au jour le jour.
   
   Dans la famille Stroup il y a le père, Morris, un bon à rien qui tente de rattraper sa fainéantise par des combines souvent très hasardeuses, toujours égoïstes. Il n’a pas plus de morale que d’argent et peut se faire voleur à l’occasion. Quand sa femme Martha, qui trime pour deux, lui demande quelque chose, il commence par envoyer à sa place Handsome Brown, le Noir à tout faire de la maison, «un pauvre nègre orphelin qui a peur de revendiquer ses droits», un brin fainéant aussi et terrorisé par son maître. C’est donc lui qui tombe dans le puits en allant déloger les chèvres grimpées sur le toit de la maison, c’est lui qui retourne la terre pour trouver des vers avant de partir à la pêche, lui encore qui récupère les objets de la voisine que Morris a frauduleusement vendus pour s’acheter une inutile paire de bottes. A la voisine qui lui demande où est son mari, Martha répond: «très probablement à dormir à l’ombre quelque part [...]. A moins qu’il ne soit trop paresseux pour s’ôter du soleil.»
   
   Ces nouvelles sont souvent drôles, en raison de la veulerie et de la fainéantise du père. On sourit quand Martha va récupérer son mari chez Mrs. Weatherbee qu’elle mord et traine par les cheveux, quand Morris Stroup se fait vendre une cravate et quand il mange son propre coq de combat.
   
   Ce Morris Stroup est décidément bien loin de l’Américain travailleur, soucieux de sa famille et de son âme éternelle… A travers ce portrait féroce, Caldwell stigmatise les petits Blancs qui ont la pauvreté qu’ils méritent et qui parce qu’ils n’ont rien, persécutent ceux qui sont encore plus faibles qu’eux, à savoir les Noirs. Handsome Brown tente bien de fuir cette maison mais c’est pour trouver un emploi de punching-ball dans un cirque itinérant: pour dix cents, les Blancs peuvent lui envoyer des balles à la figure et gagner un cigare. Et si Morris Stroup n’est bon à rien, il fait merveille sur cette cible: c’est qu’il ne peut pas se permettre de perdre celui qui trime pour lui en échange de vieux vêtements, sans aucun jour de congé…
   
   Erskine Caldwell ne juge pas, il observe et rapporte les faits. Aucune psychologie dans ces textes qui sont une peinture au premier niveau de la misère sociale et morale du Sud.
   
   Difficile de dénicher ce petit recueil, je l’ai fait sortir de la réserve de ma bibliothèque municipale (il date de 1949, et la fiche de prêt de 1975…), mais il a connu une réédition en 2000
   
   
   Titre original: Georgia Boy, parution aux Etats-Unis: 1943
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critique par Yspaddaden




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Le meilleur de Caldwell
Note :

   Je ne sais pas s'il est possible d'affirmer comme le prétend l'article de Wikipedia qu'Erskine Caldwell fut "l'écrivain le plus censuré des États-Unis" mais il est certain que ses compatriotes de Géorgie pouvaient s'estimer maltraités par certains passages du roman. Comme ses premiers succès des Années Trente, celui-ci montre une ironie très décapante envers les petites gens du Sud, les “petits Blancs” des comtés ruraux, avec ici la bourgade de Sycamore.
   
    Le personnage central, Morris Stroup, — le p'tit gars de Géorgie—, son épouse Martha, et leur fils William illustrent pleinement cette population défavorisée : pas de boulot fixe pour Morris, pas d'école pour William, et une femme, Martha, qui trime pour faire les lessives des autres, et pourtant un jeune domestique noir, Handsome Brown.
   
   Voilà les quatre personnages que l'on retrouve dans les quatorze courts récits qui composent ce célèbre roman. Le narrateur, William, doit avoir dans les huit-dix ans, il est très curieux de nature, toujours à espionner ses parents, comme pour anticiper les catastrophes qui vont survenir. Il admire son père tout en constatant ses faiblesses. En fait, Morris Stroup est une sorte de bon à rien, grand amateur de sieste après le petit-déjeuner comme après le repas de midi, sur l'une des galeries de la maison. Il évite de travailler, préfère aller à la pêche, voir des filles, ou trouver des expédients pour se faire quelques dollars. Plusieurs de ces histoires hilarantes montrent justement comment il procède et comment au bout du compte ça tourne en jus de boudin. Toujours qualifié de "nègre" par la traduction française de 1949, en un temps qui ignorait le "politiquement correct", Handsome Brown est un orphelin recueilli à l'âge de onze ans. Il n'a pas inventé l'eau tiède, mais il est dévoué ; il est présenté comme tellement naïf dans certaines aventures qu'on se sent à la limite du racisme. Martha, qui incarne le sens du travail et de la droiture, compte sur lui et sur son fils pour surveiller ou aller récupérer le mari imprévisible, coureur de jupons et un peu chapardeur aussi.
   
   Le bonheur de lecture est tel qu'on se surprend à regretter qu'il n'y ait pas cent ou deux cents pages d'autres aventures !

critique par Mapero




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