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Les Souterrains de Bologne de Loriano Macchiavelli

Loriano Macchiavelli
  Les Souterrains de Bologne

Les Souterrains de Bologne - Loriano Macchiavelli

Plongée dans les entrailles de la (plus si?) démocratique Bologne
Note :

   Bolognais jusqu’à la moelle, Antonio Sarti compte parmi ces flics dont la conscience professionnelle et la soif de justice ont presque complètement envahi l’existence. La plupart du temps, notre homme quitte son travail si tard qu’il n’a plus le temps d’aller aux provisions et qu’il se nourrit presque exclusivement de panini à la mortadelle et à l’artichaut*. Nous voilà donc bien loin des richesses gastronomiques des enquêtes du commissaire Montalbano, mais toujours en compagnie d’un héros fort sympathique.
   
   Appliqué, méticuleux et besogneux, Antonio Sarti n’a rien d’un foudre de guerre. Et il faut bien dire que les deux affaires qui l’occupent ici – le meurtre d’un collègue, dont le corps a été repêché dans un canal, et le brutal passage à tabac d’un marchand ambulant d’origine africaine, rue dell’Independenza, en plein quartier commerçant - mettent ses compétences à rude épreuve. Pire: ces deux affaires aux forts relents mafieux et fascisants mettent bien à mal l’idée qu’il se fait de sa bonne ville de Bologne, bastion des idéaux démocratiques, ainsi qu’il nous le rapporte dans ses propres termes au cours de son enquête de voisinage:
   “ – Quoi ? Qu’est-ce que vous me dites? C’est arrivé juste devant mon magasin? Ah bon! Vous savez que je ne me suis aperçu de rien? J’avais des clients.
   Ou ils se foutent de la gueule du monde, ou ça les arrange. Je ne voudrais pas paraître vieux jeu, mais j’ai comme l’idée que les temps ont changé, au même titre que les coutumes et les habitants, et que la démocratique Bologne ne nous entend plus, ne nous voit plus, et qu’elle a la mémoire courte. Serait-ce une question d’âge?” (p. 15)

   
   L’enquête d’Antonio Sarti le mènera à explorer tout à la fois l’histoire de sa ville, et ses recoins les plus secrets: canaux recouverts pour laisser place à une chaussée plus large, souterrains qui firent le pain béni des partisans pendant la guerre de 40-45. “C’est là qu’est la solution, le mal infini qui ronge et corrompt la ville de l’intérieur.” (p. 145) C’est donc à une véritable plongée dans les entrailles de Bologne que Loriano Macchiavelli nous convie ici. Et cette première rencontre avec l’œuvre d’un auteur considéré comme l’un des grands représentants d’un polar italien engagé – socialement et politiquement – fut pour moi un vrai régal.
   
   Extrait:
   
   “Imaginez qu’il y en a même qui, de nos jours, ne savent pas que la rue Riva di Reno s’appelle ainsi parce qu’au milieu courait un canal, entre deux rues qui le longeaient. Un canal qui s’écoule toujours sous nos pieds, bordé tout du long par des bassins où les lavandières gagnaient leur croûte. Et une arthrose avant leurs vingt ans. Un beau jour, au réveil, j’ai découvert que le canal avait été recouvert; des siècles d’histoire, de travail et d’arthrose avaient été enfouis.” (p. 5)

   
   
   *N’écoutant que mon courage, j’ai testé pour vous. Et ma foi, si je n’irais sans doute pas jusqu’à en manger tous les jours, je dois bien reconnaître que c’est délicieux ;-).
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critique par Fée Carabine




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L'égout et les couleuvres
Note :

   Je ne connaissais pas encore cet auteur italien à la réputation pourtant bien établie. J'ai acheté il y a quelques temps "Bologne, ville à vendre", mais je l'ai mis de côté pour l'instant, car ce titre me semble commencer la série avec Sarti Antonio comme personnage récurrent.
   
   Un cadavre est trouvé dans les égouts de Bologne. Il s'agit de Zodiaco Mainardi, son horoscope semble lui avoir joué un mauvais tour. Des vendeurs à la sauvette sans papiers sont tabassés par des agents municipaux, y a t-il un point commun entre les deux évènements? A priori non, mais en dessous des apparences trompeuses, tout est lié.
   
   Antonio Sarti navigue en eau trouble, Oroscopo (surnom du défunt) venait du sud de l'Italie, et avait, paraît-il, des accointances avec la maffia. Bruits ou vérités, personne ne le sait. Une visite chez les sans-papiers de Bologne lui confirme une chose étrange, les témoins parlent de coups de matraques. Or les employés de la ville n'ont pas ce genre d'instruments dans leur panoplie. Un des blessés meurt à l'hôpital. L'affaire devient tragique et amène Antonio Sarti à s'intéresser de plus près aux égouts de la ville qui pourraient servir de cache pour un trafic, mais de quoi? Une autre affaire immobilière réclame également son attention, un litige entre la municipalité communiste et l'église pour une vente pas trop nette avec beaucoup d'intérêts financiers en jeu.
   
   Une histoire d'amour un peu compliquée (c'est pratiquement devenue une obligation dans la littérature policière) avec la mère d'un des garçons qui ont découvert le corps de Zodiaco. Avec Pellicano, il va découvrir le monde souterrain de Bologne, ces égouts et leurs histoires. L'importance de ce réseau de tunnels pendant la guerre, les combats qui si déroulèrent entre les troupes allemandes et certains résistants! La légende dit qu'un trésor git quelque part sous cette eau.
   
    Une partie de l' économie de la ville aussi est souterraine, de nombreux travailleurs sans-papiers sont ainsi exploités, Sarti va à leur rencontre, et découvre un monde clandestin. Mais des personnalités meurent, la hiérarchie policière et juridique semble vouloir ne pas faire de vagues, surtout pas d'eau stagnante et nauséabonde. Mozart Maurizio, substitut du procureur, est prié de diriger ses enquêtes ailleurs... Le cardinal rencontre Sarti dans la plus grande discrétion...
   
   L'auteur a pour Antonio Sarti une amitié un brin hautaine ; ce dernier est un policier honnête, denrée qui semble en voie d'extinction dans la ville de Bologne! Personnage très sympathique, avec ses faiblesses dont il est conscient, mais aussi son obstination! Quasiment un personnage et un homme ordinaire, chose rare dans le roman policier moderne. Les relations entre l'auteur et son héros sont pour le moins originales, Loriano Macchiavelli ayant une estime certaine pour son personnage, mais teintée de beaucoup de condescendance. Il parle de lui en disant : "Mon policier...".
   
   Beaucoup de personnages secondaires, trop à mon goût, mais certains méritent une courte citation : Pellicano, le roi des souterrains et son langage plein de gouaille et d'espièglerie. Mozart Maurizio qui doit préciser sans cesse que Mozart est son prénom, Felice Cantoni, adjoint de Sardi, Federica, une des rares présences féminines qui amène un peu de soleil dans ce récit et dans la vie d'Antonio.
   
   Entre les égouts et les URInoirs*, la ville de Bologne ne sent pas l'eau de Cologne! Les magouilles immobilières, le monde politique et les couleuvres avalées par les rares représentants de l'état pas encore corrompus, servent de trame à ce roman classique, mais solide. L'écriture est agréable et la lecture aisée, pas le roman policier de l'année, mais un livre de très bonne facture. Un passage est particulièrement intéressant, c'est lorsque Pellicano cherche l'endroit où a pu être jeté le corps et son trajet dans les égouts de la ville, sorte de promenade mortuaire guidée par des courants souterrains.
   
   A noter une touche d'humour, le choix des prénoms de certains personnages, Zodiaco, Mozart, Pellicano!
   
   Extraits :
   
   - Personne ne s'en est aperçu et tout continue à fonctionner aussi mal qu'avant.
   
   - Elle est habillée avec simplicité mais avec l'aspect propret des femmes qui n'ont pas les moyens de paraître plus belles qu'elles ne le sont.
   
   - Mais à Bologne, désormais, c'est comme à Palerme : personne n'entend rien et personne ne voit rien.
   
   - C'est un printemps qui ressemble à l'automne.
   
   - Moi, je suis allé à Rome, et je n'ai jamais vu une ville plus immonde! En comparaison, Bologne c'est un paradis, mon cher!
   
   - Dans cette affaire, Mozart n'a aucun problème idéologique ainsi, pour lui, la noble famille et la Curie sont sur le même plan.
   
   - Oui, mon policier est décidément d'une autre époque.
   
   - Il n'ira pas en enfer car il le purge ici.
   
   - C'est un type qui me plaît bien, ce Mozart, un qui pourrait faire la paire avec le sergent Sarti Antonio.
   
   - Quelle vie de merde! Quelle vie de fric!
   
   - C'est le genre policier de la dernière génération, un de ceux qui ont rendu le G8 de Gènes célèbre dans le monde entier.
   
   - Entre la Blonde et le policier, il y a une sorte de solidarité des paumés et si parfois ils finissent au lit, ça ne regarde qu'eux.
   

   Titre original :I Sotteranei di Bologna. (2002)
   
   *URI: Unité d'intervention rapide. Vu leurs méthodes violentes, les agents de l'URI sont désignés par le terme nero (noir) qui en italien prend le sens de fasciste. D'où le jeu de mots. (Note du livre)

critique par Eireann Yvon




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