Lecture / Ecriture
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Merlin ou la terre dévastée de Tankred Dorst

Tankred Dorst
  Merlin ou la terre dévastée

Merlin ou la terre dévastée - Tankred Dorst

Si Dieu est mort, tout est permis
Note :

   (eh oui, aujourd'hui ça ne rigole pas, chers happy few, c'est comme ça)
    
   Pour des raisons mystérieuses et qui le resteront (car il est bon d'entretenir parfois un léger voile de brume autour de certains faits, histoire de conserver un peu de glamour, chers happy few), j'aime particulièrement la légende arthurienne, ses multiples ramifications et ses nombreux développements. Et cette année, j'ai été particulièrement gâtée puisque non seulement la BnF a consacré une exposition passionnante au fameux roi des trois royaumes, mais en plus la Colline a donné Merlin ou la terre dévastée de Tankred Dorst.
    
   Pièce fleuve (3h40 dans la représentation donnée à la Colline avec un texte qui a subi des coupes, la pièce de Dorst faisant 250 pages), "Merlin ou la terre dévastée reprend la légende arthurienne dans ses grandes lignes comme dans une multitude de détails pour en faire une vaste réflexion sur la vanité de l'utopie politique.
   
   La pièce commence avec la présentation de Merlin, fils du Diable qui refuse d'assumer cette envahissante parenté et s'achève avec l'inéluctable trahison de Mordret, comme si les pères étaient décidément incapables de transmettre à leurs fils ce qui était leur essence même. Agent du Chaos malgré lui, Merlin, qui a mis Arthur sur le trône et fondé la Table Ronde, ce rêve d'égalité et de paix teinté de mysticisme, finit par se retirer du monde et laisser les hommes à leurs querelles, abandonnant son rôle de conseiller manipulateur auprès d'un Arthur désemparé qui garde auprès de lui Mordret, le fils haï par qui arrivera le malheur et la chute du royaume, par culpabilité.
   
    Pièce politique, donc, qui montre que les rêves de paix et de justice tombent toujours sous les coups sournois de ceux qui briguent le pouvoir pour des raisons personnelles et que le métaphorique Graal ne peut finalement tomber entre aucune main humaine, "Merlin ou la terre dévastée" est aussi une pièce drôle et ironique, qui fait de ces personnages archétypaux des êtres de chair et de sang qui aiment, souffrent et se déchirent avec beaucoup d'humanité. C'est un texte truculent et bourré de trouvailles au premier rang desquelles je retiendrai le chroniqueur Blaise qui assure la transition entre certains épisodes en présentant les faits à la manière d'un journal people, la correspondance perfide échangée par Guenièvre et Yseult sur l'amour ou encore certains dialogues qui mettent en abyme l'amour courtois et sa représentation littéraire et qui sont particulièrement jouissifs.
    
   Pièce monumentale et tragique, riche de sens et de culture, "Merlin ou la terre dévastée" gagne à être présentée dans une mise en scène qui en tire toute la saveur comique et séduit profondément malgré quelques longueurs, chers happy few, et je ne saurais que recommander très chaleureusement: ça tombe bien, elle part en tournée dans toute la France.

critique par Fashion Victim




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