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L'été grec de Jacques Lacarrière

Jacques Lacarrière
  L'été grec

Jacques Lacarrière est un écrivain français né en 1925 et mort en 2005.

L'été grec - Jacques Lacarrière

La bible de l' helléniste voyageur
Note :

   Alors tout jeune homme, Jacques Lacarrière, étudiant de lettres classiques à la Sorbonne, entreprend trois voyages en Grèce, dans les années 50. Membre d'une troupe de théâtre amateur venue jouer pour l'école française d'Athènes les plus grandes pièces du répertoire tragique grec, il découvre bien des lieux antiques qui ont fait la renommée de la Grèce à travers le monde et les siècles: le théâtre d'Epidaure, Athènes, Sparte, Corinthe, Mycènes... Mais très vite, il se lasse de ces ruines pourtant chargées d'histoire et décide de mener son propre voyage, à la rencontre de ce peuple qui le fascine et l'intrigue. Il s'arrête tout d'abord sur le mont Athos, qui abrite divers monastères et ermitages et dont l'accès est strictement interdit, aujourd'hui encore, à toute créature femelle. Les rencontres qu'il y fait, entre moines paillards aux penchants homosexuels et ermites désintéressés au vrai cheminement spirituel, le marquent à jamais, et il poursuit sa route à travers le pays, privilégiant les régions des «marges», et notamment les îles: la Crète, bien sûr, et les palais de Knossos et de Phaestos, pas encore remis au goût du jour par les guides touristiques, puis les Cyclades, et même de minuscules îlots oubliés de tous, Patmos, Sérifos, Psara, Chios... Il y rencontre des pêcheurs, bien sûr, mais aussi des paysans, des moines, des instituteurs, qui, tous, ont quelque chose à lui apprendre de la Grèce et de la vie. C'est alors, bien plus qu'un simple voyage touristique, un véritable apprentissage, à la découverte d'un pays dont les écrivains, depuis près de trois mille ans, ont chanté -et à juste titre- les louanges...
   
   Si vous avez projeté d'aller passer quelques jours en Grèce cet été, jetez tous vos guides touristiques modernes, et ne prenez que celui-ci! Un journal de bord pas tout à fait comme les autres, émaillé de nombreuses citations, extraites des œuvres de Thucydide ou d'Hérodote, mais aussi de Séféris (dont Lacarrière fut le premier -et sans doute le meilleur- traducteur) ou de Prévélakis, et illustré, du moins dans sa version brochée, de photographies variées, dont la plupart ont été prises par l'auteur lui-même, ainsi que de quelques croquis. Une véritable mine d'information pour tout helléniste ou tout amoureux de la Grèce, car Lacarrière nous livre ici l'envers du décor: non les sempiternelles images d'Athènes ou du Péloponnèse (malheureusement souvent en flammes ces dernières années), mais des témoignages d'une valeur inestimable, empreints d'une sagesse et d'une générosité qui semble tout à fait propre à ces gens délaissés par les médias et par leur propre Etat: paysans, pêcheurs, moines, femmes aussi... Ce sont pourtant eux qui sont, en quelque sorte, dépositaires de l'âme même de la Grèce, et que leurs paroles savent si bien retranscrire au jeune auteur encore peu familier, du moins dans les premiers temps, de cet idiome si particulier, si différent et en même temps si proche du grec ancien qu'il a pu étudier sur les bancs de la Sorbonne.
   
   Lacarrière semble avoir voulu donner, pour une fois, la parole aux gens du silence, à ceux qui ne s'expriment que par quelques phrases, mais qui, pourtant, détiennent bien plus de poésie et de sincérité que les belles périodes ampoulées des Athéniens... Avec Lacarrière, c'est tout un pays que l'on (re)découvre, avec un plaisir non dissimulé, et en compagnie d'un des meilleurs guides qui soient, et qui fait son apprentissage en même temps que le nôtre. «Il y a des livres qu'on lit en voyage, et d'autres qui font voyager», comme disait l'autre. Celui-ci fait incontestablement partie de la seconde catégorie, et se déguste lentement, se savoure, pour retrouver ces petits moments de bonheur qui font tout le charme et la poésie de cet ouvrage malheureusement trop méconnu.
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critique par Elizabeth Bennet




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Un olivier, une vigne et un bateau
Note :

   
   " Décomposez la Grèce et vous verrez qu’il ne restera pour finir, qu’un olivier, une vigne et un bateau". Elytis Odysséas
   
   
    "Enfant j’ai souvent rêvé de la Grèce."
et pour assouvir son rêve, Jacques Lacarrière prend le large dans les années cinquante, il va vagabonder en Grèce pendant plusieurs années, du Péloponnèse au Mont Athos, des sites mythiques d’Epidaure aux villages crétois, de Sparte aux Cyclades.
   
   Le titre est au singulier mais de fait c’est au cours de plusieurs années et de plusieurs voyages que Jacques Lacarrière va entrer dans le monde grec. Ses études l’ont familiarisé avec la langue, venu pour la première fois comme membre d’une troupe théâtrale, il est tombé amoureux de la Grèce.
   
   "Un voyage à Athos c’est d’abord un voyage dans le temps. (...) Athos est une survivance, une parcelle de Byzance enclose en notre époque."

   
   De ses voyages il a tiré cette chronique indémodable, l’âge ne fait rien à l’affaire et l’on éprouve autant de joie à la lire aujourd’hui même si la Grèce décrite a bien changé.
   
   Il va tout au long de ses voyages, multiplier les rencontres, en commençant au Mont Athos qu’il arpente longuement.
   
   Les monastères vont du simple bâtiment construit au dessus du vide au monastère riche de manuscrits mais agonisant faute de vocations. Des lieux peuplés de moines proches du monde rabelaisien, mais aussi des derniers anachorètes vivant sur des terrasses surplombant le vide et nourris grâce à une nourriture montée par des jeux de poulies jusqu’à des cabanes inaccessibles.
   
    La Crète ensuite qu'il aime particulièrement, Cnossos où il fut seul pendant quatre jours "un monde ancré à la fois dans l’histoire et dans le mythe, comme si on retrouvait intacts les palais, les lumières et les odeurs de l’Atlantide."
   
   Une île où il va rencontrer des muletiers, des bergers, des paysans, une île dont il aime la nourriture "ses fromages secs, ses olives, ses fruits, ses bouillies d’épeautre, son pain noir, son vin rosé et d’autres saveurs que je découvris: les graines et l’huile de sésame, le fenouil séché au soleil, le basilic frais, le miel de résine".
   
   Il aime les chants anciens comme Patrick Leigh Fermor, les kleftika, ces chants épiques de la guerre d'Indépendance et sans doute comme Zorba le son du Santouri.
   
   " Delphes était vide abandonné, livré à tous les fantômes de l’histoire"
   
Tous la Grèce est là : Epidaure, Mycènes, Delphes et son oracle, le Styx, Thèbes...
   
   Question mythologie Jacques Lacarrière ne craint personne, alors c’est un festival tout au long des pages.
   
   Mais vous ne quitterez pas le pays sans faire une petite croisière dans les îles. Des îles peuplées de chats, couvertes de vignes ou de forêts de pins, elles sont le refuge des chèvres sauvages... bref le paradis. Il voyage sur le pont des bateaux, se fait des amis : le cafetier, l’instituteur, boit le raki en leur compagnie et n’a aucune envie de rentrer en France.
   
   Dans une dernière partie il fait retour en Grèce après le temps des colonels. La Grèce a changé et l’été prend fin.
   
   Voyager avec Jacques Lacarrière est un privilège, il est servi par une expérience sans pareille et l’art de communiquer son bonheur, son plaisir. Un bonheur et un plaisir simple comme "l'odeur des feuilles de figuier qu'on froisse dans ses mains"
   
   Ce livre est gorgé du soleil et des parfums de la Grèce. C’ est un témoignage passionné et une approche vivante de la Grèce, un chant d’amour pour un pays, un peuple et son histoire, sa langue, ses chants, ses poètes.
   
   Un livre indispensable à tous les amoureux des voyages et de la Grèce

critique par Dominique




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