Lecture / Ecriture
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Dès 08 ans: La Sorcière de Midi de Michel Honaker

Michel Honaker
  Dès 08 ans: La Sorcière de Midi
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  The Verb of Life
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Dès 08 ans: La Sorcière de Midi - Michel Honaker

Chaudron en vue!
Note :

   Je voulais profiter de mon séjour à Royan pour (re)lire quelques livres de ma bibliothèque d’enfant/d’adolescente, mais après quelques jours mon rythme de lecture a été revu à la baisse entre les diverses activités estivales. Je n’ai donc relu qu’un roman dont je gardais un excellent souvenir (mais plus que vague…) et que j’avais lu deux fois il me semble, sans doute quand je devais avoir environ 11 ou 12 ans. Bref, plus de 12 ans ont passé depuis… Il s’agit en l’occurrence de "La Sorcière de Midi" de Michel Honaker, dans l’excellente collection Cascade (ici Cascade Policier), chez Rageot Editeur. Je crois qu’elle a disparu depuis, ce qui est vraiment dommage car les textes, les choix de couvertures, le format, le type de papier, la police, les quelques illustrations entre les chapitres font de cette collection un de mes meilleurs souvenirs de lectures d’enfance. (Mais ce titre a été repris et se vend toujours)
   
   A vrai dire, entre l’histoire dont je me souvenais et la réalité, il n’y avait pas grand-chose en commun. Pour vous annoncer la couleur, je me faisais une autre idée de ce récit, que je croyais plus sombre, plus angoissant. L’histoire de quelques gamins vivant dans un coin totalement reculé, non loin d’une sorcière vivant dans les marais ou sur une langue de terre hostile en bordure de leurs habitations.
   
   En réalité, les variations ne manquent pas et la mémoire vous joue souvent bien des tours. L’histoire est celle d’un fils de pasteur un peu trop gros qui sert de bouc émissaire à ses petits camarades. Son seul ami, Harold, est un gringalet pâle et efflanqué lui aussi très solitaire, qui vit en dehors du village avec son grand-père, dans une petite maison isolée à l’orée de la forêt. Le narrateur nous raconte sa vie en classe, les bêtises, les bonbons, les bagarres, les copains… Un jour que la petite Nancy est particulièrement dissipée, la maîtresse l’envoie dans la cour méditer sur le comportement qu’elle devrait avoir en classe. Aux alentours de midi, là voilà qui disparaît et, malgré les recherches, la fillette reste introuvable. Suite à cet événement inquiétant, d’autres gamins viennent à disparaître, dans la forêt mais aussi chez eux, arrachés à leur lit au milieu des hurlements. Les enfants, eux, ont vu une vieille inquiétante et franchement répugnante traverser de nuit le petit pont de bois qui relie le village à la forêt. Mais les adultes, comme toujours, ne croient pas à ces sornettes d’enfant…
   
   Voilà un livre bien moins inquiétant que dans mes souvenirs, un roman où l’affreuse sorcière reste un peu en marge du récit, toujours menaçante mais évoquée trop brièvement pour être au cœur de l’intrigue. L’histoire est principalement celle du narrateur et de son ami Harold, de leurs jeux puis de leurs tentatives pour percer à jour le mystère des enfants disparus. Le ton est léger, c’est celui d’un enfant qui parle spontanément. Bien sûr, je n’ai plus l’âge de m’identifier au héros et le langage, les pensées du narrateur créent une petite barrière qui n’existait pas avant. J’ai surtout trouvé ce livre agréable, tendre et assez drôle, hormis la fin plus portée sur l’action, la traque de la sorcière, l’exploration de la forêt. Les liens de l’amitié (presque virile) entre les deux enfants sont aussi un sujet important, très touchant.
   
   Pour ceux et celles d’entre vous qui ont des enfants (je dirais entre 8 et 11 ans), ce texte est tout à fait indiqué: il est facile d’accès, l’histoire est sympa et sans temps mort. Pour les adultes, pourquoi pas, pour tous ceux qui ont gardé une âme d’enfant? Dans ce cas c’est une lecture rapide (un ou deux jours tout au plus si vous êtes très occupés).
   
   Extrait :

   « Je baisse la tête. Mon cœur se brise. Je trouve que la maîtresse est très injuste de ne pas vouloir m’écouter et que Mr Dern, le garde forestier, peut bien poireauter un peu, avec ses fleurs en solde, d’autant que lui il est au chaud dans sa voiture et qu’il écoute sa musique de dégénéré; et c’est pas comme moi qui n’écoute que du classique, même que je sais faire le chef d’orchestre avec la broche qui est dans la cuisine.»
   
   « J’ai tenu le serment du gosse un peu gros que j’étais – je le suis beaucoup moins, à présent, mais je suis plus vieux aussi. Je suis devenu écrivain, un conteur pour les enfants des villes qui n’ont jamais entendu parler de notre forêt, des montagnes du nord et des lutins qui y habitent. Quant à Nan… Vous savez, Nan, dont les cheveux sentaient si bon… J’ai à présent tout le loisir de les respirer, de les toucher même, depuis qu’elle a accepté de devenir mon épouse.
   Elle lit ces lignes à mesure que je les écris, ici, sur la véranda, sa main posée sur mon épaule. Et comme moi, parfois, elle tourne les yeux vers la ligne bleue que dessinent les montagnes du nord, par-delà les forêts murmurantes. Il y a une brise fraîche qui caresse les pâturages ce soir, une brise au parfum de lointain, de féeries oubliées, hantées de sylphes que courtisent les étoiles de neige, dans l’abandon du printemps.»

   Et la biographie de l’auteur, qui vaut son pesant de marshmallows:
   « Michel Honaker est né en 1958 à Mont-de-Marsan dans les Landes. Très tôt, il consacre beaucoup d’efforts à détourner ses cahiers de classe du droit chemin en les truffant de textes ayant peu de rapports avec les équations ou la trigonométrie, auxquelles il vouera toujours une farouche aversion.
   Avec un stylo oublié par un oncle vampire, il se lance dans le fantastique sulfureux et écrit une trentaine d’ouvrages consacrés au genre par des voies aussi détournées que le thriller ou la SF. A l’heure actuelle ce dangereux maniaque d’opéra et de musique classique est activement recherché pour détournement de lecteurs sages.»

critique par Lou




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