Lecture / Ecriture
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Farenheit 451 de Ray Bradbury

Ray Bradbury
  Meurtres en douceur et autres nouvelles
  Farenheit 451
  Chroniques martiennes
  Le fantôme d'Hollywood
  La foire des ténèbres

Ray Douglas Bradbury est un écrivain américain né en 1920.

Il a été lu dans le cadre des mois "L'Age d'or de la Science Fiction "

Farenheit 451 - Ray Bradbury

Les piliers de la société
Note :

   Murtag est pompier. Un pilier de la société. Un de ceux qui brûlent les livres, ces fléaux de l'humanité. Il accompli fièrement sa tâche, jusqu'au jour où une rencontre fait voler en éclat sa belle sérénité et le pousse à ouvrir un de ces objets interdits...
   
   "Farenheit 451", la température à laquelle le papier prend feu. Un titre lapidaire, un peu mystérieux qui dit pourtant tout de ce roman percutant et essentiel. C'est peu de dire qu'on ressort de la lecture de "Farenheit 451" terrifié et lessivé. Ray Bradbury emmène son lecteur très loin dans une réflexion sur la censure, la culture de masse, la perte de valeurs et de sens.
   
   Il imagine une société totalitaire. Son objectif, le bonheur pour tous, le respect de l'individu et de ses particularités. Une façade, un discours qui cachent un monde devenu vide et absurde. Difficile de ne pas faire le lien avec les régimes communistes par exemple: le travail collectif, l'utilité sociale érigée au rang de valeur centrale*, au point que peu importe le travail, pourvu qu'il s'agisse de travail. Balayer une rue quand les ordures ne peuvent être enlevées, creuser des trous qui ne serviront à rien...
   
   Dans le monde de Bradbury, ce n'est pas par le travail que le vide est caché, mais par l'image, l'information. L'image comme moyen de couper court à toute réflexion et de rendre supportable un individualisme qui a mené à un isolement extrême des individus. Isolement rarement physique, mais moral et sentimental qui est proprement terrifiant. Le salon de Montag dans lequel se réfugie toute la journée sa femme prend des allures de prison librement consentie. Des murs écrans qui diffusent toute la journée information et émissions, et qui créent une famille. Des êtres virtuels qui discutent, commentent, donnant à cette femme l'illusion d'être entourée et qui comblent pour un temps le vide qui l'habite, sans pouvoir masquer totalement le malaise et le mal de vivre. Le bonheur censé être apporté par ce système social est factice. On vide les êtres humains de leurs émotions, de leurs sentiments, de la préoccupation de l'autre. Le malaise, profond, est masqué par le flot permanent d'informations, flot qui empêche de penser, de réagir, de ressentir. Le monde de Montag est un monde de morts-vivants.
   Bien avant l'heure (1953), Bradbury parle des dangers d'une société de l'information et de l'image, des dangers du virtuel et des dépendances qu'il induit, offrant un texte qui reste d'une actualité frappante.
   Mais il ne s'arrête pas là. Il trace par petites touches le portrait d'un monde devenu glacial: il y a les murs écrans, et puis ce limier qui traque sans aucune merci les déviants et donne leur mise à mort en spectacle à une foule avide d'images sensationnelles. Il y a cette jeunesse qui fait des courses dans des engins ultra-rapide, quitte à mourir, quitte à tuer, parce qu'il faut bien se sentir exister quand il n'y a plus rien pour donner du sens.
    
   Dans ce monde, les livres qui brûlent. Ce n'est pas tant le fait qu'il brûlent qui importe, que la raison pour laquelle ils brûlent et la manière dont ils brûlent.
   Ils brûlent parce qu'ils sont considérés comme un fléau, comme un danger pour la paix et la tranquillité d'esprit de l'humanité. Rien de bien original, toutes les dictatures et les régimes totalitaires ont procédé à des autodafés.
   Ils brûlent sans que personne ou presque ne s'insurge parce que, petit à petit, les gens ont délaissé les livres pour trouver leur plaisir dans les images, dans des divertissements autres et plus faciles. Ils brûlent dans l'indifférence. Et c'est sans doute le plus terrible. 
   " Il ne me reste plus qu'à rappeler la prédiction que Beatty, mon capitaine des pompiers faisait en 1953 au milieu de mon roman. Elle avait trait au fait qu'il n'est pas nécessaire recourir aux allumettes ou au feu pour en finir avec les livres. Car à quoi bon les brûler si le monde commence à se remplir d'illétrés et d'ignorants? Si le monde se basketballise et se footballise en grand spectacle télévisé, plus besoin d'hommes comme Beatty pour enflammer le pétrole et faire la chasse aux lecteurs."

   
    Brûler, mais aussi dénigrer, oublier,... Le passage le plus saisissant du roman est celui où le capitaine des pompiers explique à Montag pourquoi il faut brûler les livres, pourquoi il est normal de douter, pourquoi il faut qu'il revienne dans le droit chemin. Glaçant de logique dévoyée. Le message de Bradbury est clair: les livres sont importants. Ils le sont non pas pour leurs couvertures et leur pages, mais pour ce qu'ils contiennent: l'imagination humaine en action. Comme tout ce qui relève de l'art, ils sont le moyen de ne pas suivre les mots d'ordres, d'échapper au conditionnement, d'apprendre à être et à penser. C'est ce que savent ceux qui résistent. Clarisse par exemple, qui danse dans les feuilles mortes et qui va provoquer chez Montag la première étincelle de la révolte, son oncle, cette vieille femme qui préfère brûler avec ses livres, ... Et les "couvres-livres", ces hommes et femmes réfugiés hors des villes, qui apprennent par cœur les livres détruits pour les préserver et transmettent oralement leur contenu.
   
   La trajectoire de Montag dans ce monde celle d'un homme qui passe du statut d'enfant qui accepte à celui d'adulte qui agit, réfléchit et prend ses responsabilités. Qui vit et accepte ce que vivre implique: la souffrance, les regrets et le bonheur.
   "Vis comme si tu devais mourir dans dix secondes. Regarde donc le monde. Il est plus extraordinaire que tout les rêves fabriqués ou achetés en usine. ne demande pas de garanties, ne demande pas la sécurité, cet animal-là n'a jamais existé."

   
   Bref, "Farenheit 451" est sans conteste un roman fondamental, un incontournable. Ne passez pas à côté!
   
   
   *note: je sais que je simplifie beaucoup, mais je ne vais pas me lancer dans un exposé sur la théorie communiste, la possession commune des moyens de production, le collectivisme et le concept de société sans classe. Ou alors j'ouvre un blog d'histoire des idées politiques.
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critique par Chiffonnette




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Les symptomes de tous les régimes dictatoriaux
Note :

    Montag est pompier. Mais à cette époque, la fonction de pompier a changé: d’extincteur de feu, le pompier est devenu le traqueur de livres, celui qui doit les brûler les uns après les autres, parfois avec leurs propriétaires. Avec l’aide ses collègues et du limier, machine robotique programmée pour la chasse aux marginaux, il accomplit sa mission avec zèle. Mais la rencontre avec une jeune fille du voisinage transforme sa vision de la société et de la place de la discussion, des livres, face au pouvoir des images. D’agent faisant respecter la force et l'ordre, un faisceau d’événements le pousse à devenir un ennemi de la nation…
   
   "Fahrenheit 451" est la température à laquelle les livres s’enflamment. C’est le point de basculement vers une société sans mémoire, qui détruit systématiquement les traces écrites de son passé, qui ne jure que par les images qui envahissent les salons (trois des quatre murs de celui de Montag) et asservissent les individus, persuadés d’avoir via leur écran à faire avec une famille. C’est la rupture irrémédiable entre la vie de ceux qui sont dans le rang, acceptant les contraintes posées par le pouvoir, et ceux qui décident de faire face à l’oppresseur, de conserver leurs livres ou de fuir la ville.
   
   Montag va peu à peu voir les joies de l’existence qui lui échappent. Par le biais de cette mystérieuse voisine, qui fait avec lui le trajet entre chez lui et les transports en commun, mais qui disparaît subitement. Surtout, ce sont les comportements de sa femme, obnubilée par les images, et la vision de cette femme qui se suicide en brûlant avec ses livres qui l’incitent à reprendre en main sa vie. Cette transformation passe par une remise en cause professionnelle, mais aussi personnelle, avec le départ de Mildred, son épouse.
   
   Un des personnages les plus intéressants est celui de ce professeur que contacte Montag et qui l’aide à fuir. Cet homme âgé a connu la montée en puissance du régime en place, et a accompagné sans protester la nouvelle politique vis-à-vis des livres. Aujourd’hui, face aux drames créés par celle-ci, il regrette d’avoir laissé faire, de ne pas s’être exprimé plus franchement lorsqu’il le pouvait. Cette manière de se taire, de ne pas oser s’exprimer est symptomatique de tous les régimes dictatoriaux et réactionnaires, mais est également très actuel, notamment face aux mesures de régression sociale du gouvernement en place. Car il est beaucoup plus facile de détruire et opprimer, que de faire le chemin inverse.
   
   Bradbury signe avec ce roman une œuvre accessible et criante de vérité, de laquelle beaucoup d’écrivains se sont inspirés (notamment Jean-Christophe Rufin pour "Globalia", livre à la parenté flagrante). Une œuvre importante, à lire et à relire de temps à autre, pour rester conscient et en alerte!
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critique par Yohan




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Un livre qu’il ne faut pas brûler
Note :

   1ère parution: 1953
   
   
   L'œuvre la plus connue de Bradbury est à la fois intensément cinématique et poétique. L’histoire s’articule autour d’un pompier dans un monde futuriste où les maisons sont à l’épreuve du feu! Son travail consiste donc plutôt à rechercher des livres et les brûler au nom de l’ordre social.
   
   Après une conversation ébranlante avec une jeune fille du voisinage, l’homme prend conscience du malaise qui le hante depuis un moment. Un mal de vivre dû à un questionnement de son rôle dans le régime répressif. Un malaise exacerbé par sa femme qui se complait derrière une façade alors qu’une tentative de suicide porte à croire qu’elle souffre des mêmes angoisses.
   
   Le reste du roman suit le héros dans sa quête de vérité. Le pompier tente de remonter à la source du boycott des livres qui a mené à cette société conditionnée, afin de donner un sens à sa vie et cesser de se cacher derrière l’illusion du bonheur. C’est en quelque sorte une forme d’humanisation qui nous est présentée.
   
   L’imagerie de la prose est particulièrement peaufinée. Après tout, Bradbury ne pouvait pas faire un hommage à la littérature sans porter attention à la qualité de son style.
   
   Probablement un des outils les plus puissants pour démontrer les dangers de la censure, il fait partie souvent du curriculum des écoles et sa place là est pleinement justifiée.

critique par Benjamin Aaro




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