Lecture / Ecriture
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Fractures de Franck Thilliez

Franck Thilliez
  La chambre des morts
  La mémoire fantôme
  La forêt des ombres
  L'anneau de Moebius
  Fractures
  Le syndrome E
  Vertige
  Gataca

Franck Thilliez est un auteur français de romans policiers et thrillers, né en 1973.

Fractures - Franck Thilliez

Hold-up romanesque
Note :

   Alice Dehaene voit sa vie, déjà passablement perturbée par un certain nombre de traumatismes et de troubles psychologiques, basculer du jour au lendemain, lorsqu'elle tombe par hasard sur une photo toute récente de Dorothée, sa sœur jumelle, pourtant décédée dix ans auparavant, et dont la tombe se trouve dans le jardin. Alors que son psychiatre, Luc Graham, est sur le point de lui annoncer le bilan d'un an de thérapie, pour la guérir de ces mystérieux "trous noirs" qui la happent pendant des heures, voire des jours, et dont elle ne garde aucun souvenir, d'étranges événements se produisant dans l'entourage immédiat de la jeune femme vont l'empêcher d'accéder si simplement à la voie de la guérison: son père est poignardé devant chez lui, mais une fois conduit à l'hôpital, il affirme avoir tenté de se suicider; le chemisier ensanglanté qu'elle découvre dans sa douche un soir et qui disparaît mystérieusement le lendemain matin, et dont elle n'a pas le moindre souvenir; sans parler de cet homme retrouvé nu près d'un arrêt de bus, qui présente des signes manifestes de catatonie, et qui semble tout droit revenu des Enfers... Chacun de leur côté, Alice, son psychiatre Luc Graham, et Julie Roqueval, assistante sociale travaillant dans le même hôpital que ce dernier, décident d'enquêter pour résoudre toutes ces énigmes. L'une cherche à comprendre son passé, l'autre à le fuir, quant à la troisième, elle est encore bien loin de se douter de ce qui l'attend...
   
   
   Attention, hold-up littéraire! Thilliez nous embarque une fois de plus dans une intrigue complètement invraisemblable, où pratiquement tous les personnages (si, si, on a vérifié) présentent un passé trouble et/ou des traumatismes psychologiques profonds (sans dévoiler toute l'intrigue, entre le père maladivement protecteur traumatisé par les massacres de Sabra et Chatila, la mère affectée d'un Locked-in Syndrome, les dédoublements de personnalité, qui frappent l'héroïne les membres de la famille, pour ce qui concerne les autres personnages, décédés dans des circonstances tragiques, on ne sait plus s'il reste un personnage un tant soit peu "crédible" dans cette aventure). Même dans une série de l'été sur TF1, ils n'auraient pas osé. Thilliez, lui, ose sans scrupules, et pousse même la mystification jusqu'à inventer un véritable blog à son héroïne fictive, dont l'adresse figure à la fin du roman... A force de prendre son lecteur pour un imbécile, Thilliez va finir par perdre des admirateurs. Les personnages sont en outre caricaturaux au possible, hantés par leurs démons respectifs, inextricablement liés, d'une façon ou d'une autre, à la guérison de plus en plus illusoire de la jeune Alice, qui doit sans cesse affronter la trahison de ceux en qui elle avait placé toute sa confiance, à commencer par son père, loin d'être net depuis qu'il est revenu du Liban. Si l'on ajoute à cela qu'elle est de groupe sanguin Bombay, une anomalie qui ne touche que 0,01% de la population mondiale, on frise réellement le ridicule.
   
    Ne parlons même pas du style, plat, décousu, digne d'un mauvais script de feuilleton américain des années 80. Dommage, car une fois de plus, Thilliez avait une bonne intrigue de départ, avec une exploitation intéressante du dédoublement de personnalité et une immersion dans l'univers psychiatrique, mais il ruine consciencieusement ce scénario original sur 360 pages, auxquelles il ajoute un dénouement interminable ET un épilogue de dix pages, comme s'il n'avait pas réussi à insérer dans l'histoire les éléments qui justifiaient ce dénouement pour le moins tiré par les cheveux. "Le maître du polar français" semble avoir encore bien des choses à apprendre, ou alors, c'est que le polar français, justement, est en bien piteux état.
   
   
   PS: "L'anneau de Moebius" n'est guère meilleur que celui-ci.
    ↓

critique par Elizabeth Bennet




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Violences, violences …
Note :

   "Fractures", c’est exactement le genre d’ouvrage devant lequel je reste partagé. Notamment au moment de mettre des étoiles. Car, disons-le, quand on rentre dans "Fractures", on ne traîne pas à le lire. Impossible. Suspense terrible, rebondissements incessants, un art certain de captiver – de capturer plutôt – le lecteur, Franck Thilliez indéniablement sait "y" faire. Mais en même temps, je reste écœuré, très rapidement, par l’ultra-violence quasiment permanente. C’est vrai; notre monde est violent. Mais des salles de torture dans le sous-sol arrageois, ce n’est pas non plus ce qui encombre l’actualité! Non pas qu’il n’y ait pas de violence du côté d’Arras. Il y en a certainement, comme partout où sévit l’homme. Mais celle sur laquelle repose "Fractures", comme en fait les polars de Franck Thilliez, est trop surjouée, trop "riche". D’où l’écœurement.
   
   Un peu comme un plat de pâtes carbonara dans lequel on aurait mis, trop, beaucoup trop de crème fraîche. Il en faut, à juste proportion, pour composer le plat et agrémenter les glucides des pâtes d’une note moins sèche et goûteuse. Mais si vous en mettez trop, si les pâtes baignent dans la crème, vous gardez le plat sur l’estomac, la digestion est difficile. Et pourtant il y a les ingrédients du plat. Mais c’est indigeste. Franck Thilliez a mis beaucoup trop de crème dans ses carbonaras.
   
   Vous me direz … nous n’avons pas tous la même capacité à digérer et ce que certains organismes ne peuvent digérer, d’autres le font. Oui. Mais l’abus généralement porte à conséquence. Tout abus se paie un jour ou l’autre.
   
   Vous me direz que pour autant, je continue à manger des pâtes carbonara? Oui, mais je sélectionne les restaurants et je privilégie ceux qui équilibrent leur façon. De la crème, oui, mais à juste proportion de l’œuf, des lardons et des pâtes.
   
   Cette dérive ultraviolente n’est pas que l’apanage de Franck Thilliez. Elle est malheureusement commune à certains auteurs récents de polars, français. Mais elle m’apparait surtout comme un aveu de faiblesse: utiliser le pire parce qu’on ne manie pas assez le bon. Les actes de violence à défaut des études psychologiques. Une dérive qui m’évoque plus le cinéma que la littérature. Racolage et immédiateté plutôt que réflexion et recul.
   
   Dommage, Franck Thilliez a incontestablement un don pour accrocher l’attention. Mais au mauvais porte-manteau peut-être?

critique par Tistou




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