Lecture / Ecriture
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Toxic Blues (Jack Taylor, 2) de Ken Bruen

Ken Bruen
  Hackman Blues
  London Boulevard
  La Main Droite du Diable (Jack Taylor, 5)
  Blitz (Série R&B -4)
  Le martyre des Magdalènes (Jack Taylor, 3)
  Delirium tremens (Jack Taylor, 1)
  Toxic Blues (Jack Taylor, 2)
  Le dramaturge (Jack Taylor, 4)
  En ce sanctuaire (Jack Taylor, 7)
  Vixen (Série R&B -5)
  Le gros coup (Série R&B -1)
  Le mutant apprivoisé (Série R&B -2)
  Rilke au noir*
  Cauchemar américain
  Une pinte de Bruen (Vol.1 )
  Une pinte de Bruen (Vol.2)
  Munitions (Série R&B -7)
  Le démon (Jack Taylor, 8)
  Tower
  Brooklyn Requiem
  Sur ta tombe

Né à Galway en 1951, après une carrière d'enseignant d'anglais qui le mène en Afrique, en Asie du sud-est et en Amérique du Sud, il décide de se consacrer à l'écriture.

Auteur de polars, Ken Bruen crée le personnage de Jack Taylor. (Nous indiquons l'ordre de parution des romans de la série car il est préférable de les lire dans l'ordre à cause des personnages récurrents.)

Toxic Blues (Jack Taylor, 2) - Ken Bruen

Come back, Jack
Note :

   Notre anti-héros, Jack Taylor est de retour de son exil londonien.
   Il se replonge dans la violence de sa ville natale, Galway.
   
   Jack Taylor accepte d’enquêter sur une série de meurtres chez les "Tinkers"*, 4 d’entre eux ont été retrouvés le crâne fracturé à coup de marteau, un cinquième, la main tranchée, s’est vidé de son sang. Sweeper, leur chef, renseigne Jack, la police parle de guerres des clans, et délaisse l’enquête. Jack, entre des retrouvailles et des ruptures, de cuites carabinées en défonces phénoménales, l’enquête va cahin-caha. Ses contacts avec ses ex-collègues de la police irlandaise sont plutôt musclés. Ses démons déjà présents dans "Délirium Tremens" reprennent le dessus.
   
   La mort d’un tinker n’intéresse personne. En plus, tous étaient des alcooliques notoires et la ville de Galway a d’autres problèmes, un fou tue les cygnes, symboles de la ville, Jack accepte aussi ce travail. Tous ces morts ont un point commun, ils ont entre 25 et 30 ans et sont tous alcooliques! Tout semble désigner un éducateur Ronald Bryson, Jack le croit, mais est-ce la vérité?
   
   Comme en plus Jack a une relation avec une jeune fille que Ronald terrorise! Jack doit en plus faire face à sa propre mère, comment voulez-vous rester lucide? Surtout si la drogue et l’alcool s’en mêlent?
   
   Jack Taylor est égal à lui-même; non même pire après la Guinness et le whiskey (péchés véniels pour un irlandais) la cocaïne!
   J’adore toujours ses références littéraires qui démontrent une grande érudition. Il cite Sylvia Beach (mécène et éditrice de James Joyce), des auteurs comme Walter Macken, autre écrivain de Galway. De Allan Ginsberg à Walt Whitman, de George Pelecanos à Samuel Beckett, il nous parle de la littérature en tant que thérapie.
   
   Il semblerait qu’après un mariage malheureux et un retour au pays, il ne se soit pas assagi.
   
   Toujours une écriture hors-norme; sautant du coq à l’âne, des retours en arrière et des descriptions pathétiques d’un homme en perdition. Avec en prime une plongée dans ce monde très fermé des tinkers. Encore un excellent roman noir, très noir, loin des clichés de la verte Erin.
   
   
   Extraits :
   
   - Je me suis dirigé vers chez Charlie Byrne, une librairie d’occasions. Enfin "LA librairie". (Cette librairie existe réellement "Kennys Book").
   
   - Il faut donner raison à Flann O’Brien: "Une pinte de bière et rien d’autre".
   
   - Ca fait Synge en diable!
   Singe toi-même !
   Mais, non! Synge, "Le baladin du monde occidental….
   
   -D’habitude je respecte le whiskey. Ni glaçons, ni eau. Je le bois sec.
   
   - Tous des enfants de Dieu pourtant….
   Les tinkers ne sont les enfants de personnes.
   
   - S’il buvait ce n’était pas à cause de sa propre noirceur, mais de celle des autres.
   
   - Keegan arborait un sweat blanc frappé du logo "Póg mo thóin" (Kiss my arse en gaélique. Le nom "The pogues" en est un abrégé)
   
   - "Y a qu’un poivrot pour retrouver un poivrot"
   

   
   *Tinkers: Littéralement rétameur, terme péjoratif désignant les gens du voyage. Ces gens n’ont rien de commun avec leurs homologues européens. Ils descendent en grande partie de travailleurs itinérants et de paysans expulsés par les propriétaires terriens anglais.
   
   
   Titre original : The Killing of the Tinkers.
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   Série Jack Taylor
   
   1. Delirium Tremens (The guards)
   2. Toxic Blues (The Killing of The Tinkers)

   3. Le martyre des Magdalènes (The Magdalen martyrs)
   4. Le dramaturge (The Dramatist)
   5. La main droite du diable (Priest)
   6. Chemins de croix (Cross)
   7. En ce sanctuaire (Sanctuary)
   8. Le Démon (The Devil)

critique par Eireann Yvon




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Noir, corsé... Féroce!
Note :

   "Après ma mise à pied, j’avais progressivement glissé dans la spirale de l’enfer éthylique. Et je m’étais installé à Galway, détective privé et foireux dont les enquêtes avaient causé plus de dégâts que les crimes qu’elles devaient résoudre." (p. 14) Ces quelques mots par lesquels Jack Taylor se présente à ses lecteurs au moment d’entamer sa deuxième enquête ne pourraient tomber plus juste: sa précédente aventure* avait laissé pas mal de bleus et de cicatrices, et s’était refermée sur le départ de notre héros pour Londres où il espérait panser ses plaies et commencer une nouvelle vie. Autant dès lors annoncer la couleur d’entrée: les choses ne se sont pas passées comme prévu, et – après un mariage malheureux et une nouvelle amitié avec un policier londonien tout aussi paumé que lui – Jack Taylor ne va pas, mais alors pas bien du tout! Ce qui ne l’empêchera pas de se lancer dans une nouvelle enquête, foireuse en effet, et causant plus de dégâts qu’elle ne résoudra de problèmes: une enquête concernant les meurtres en série dont sont victimes des "tinkers" puisque tel est le surnom (injurieux ou presque) que l’on donne en Irlande aux gens du voyage, une enquête qui se trouvera réduite, une fois encore, à la portion congrue d’un timide fil conducteur.
   
   Car c’est décidément le ton personnel de Ken Bruen – noir de noir, amer, d’un humour désespéré, et foncièrement féroce – qui fait la singularité et le charme des enquêtes de ce "détective privé et foireux", tout à la fois alcoolo et toxico. Le ton, le regard en coulisse sous les revers de la société irlandaise – une société dont l’âme se mourait par petits bouts sous les coups d’un supposé miracle économique dans "Delirium tremens", une société dont les laissés-pour-compte reprennent ici le devant de la scène -, et l’immersion dans les livres où Jack Taylor trouve son dernier et unique refuge, lisant avec frénésie comme si sa vie en dépendait, ainsi que le lui avait prédit l’ami-bibliothéquaire de sa jeunesse, lisant avec une boulimie qui fait flèche de tout bois: Lawrence Block, Raymond Chandler, Chester Himes tout comme - ce qui est plus surprenant – l’autobiographie de Thomas Merton, moine trappiste américain et, si l’on en croit la fiche qui lui est consacrée sur wikipedia, l’un des auteurs spirituels catholiques les plus influents du XXème siècle. Voilà un plaisir de lecture dont je commence tout doucement à soupçonner les effets addictifs ;-).
   
   Extrait:
   
   "L’enterrement était impressionnant, probablement le plus important que j’aie jamais vu. Et Dieu sait qu’en la matière je m’y connais. Il m’arrive même de me prendre, moi aussi, pour un vieux cimetière rempli de cercueils. Mais l’enterrement d’un tinker est quelque chose d’unique. Un défi à la rationalité. S’il est vrai que la vie ne vaut que par le moment où on la quitte, alors les tinkers marquent sur tous les fronts. Des expressions comme «le clou du spectacle», «le summum», «le nec plus ultra» restent très loin du compte. Primo, il faut savoir qu’ils ne regardent pas à la dépense. Deuxio, jamais vous n’assisterez à une telle manifestation de désespoir. On dit que les pleureuses arabes détiennent le record en matière de démonstrations publiques. Mais les femmes du voyage les battent de cent coudées. Ce n’est pas tant leurs vêtements qu’elles déchirent, c’est leur âme qu’elles lacèrent. Dylan Thomas y aurait vu l’incarnation de la rage contre la mort de la lumière qu’il a décrite dans son poème." (pp. 83-84)

   
   * Voir "Delirium tremens"
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critique par Fée Carabine




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Tout l'art de surprendre
Note :

   "La joie est une chose tellement aléatoire qu'il faut la prendre par petites doses."
   
   Je sais, je sais, j'aurais dû lire la série des Jack Taylor dans l'ordre, pour mieux suivre l'évolution de cet ex-flic de la Guarda, police irlandaise, toxico, alcoolo, féru de littérature et qui attire la violence et les ennuis avec une belle constance!
   
    Mon parcours a été quelque peu erratique, j'ai même annoncé que j'arrêtais de le lire (!), mais les romans de Ken Bruen sont hautement addictifs et Jack Taylor sauvagement séduisant malgré sa cinquantaine quelque peu déglinguée!
   
   Cette fois, il va aider un tinker, irlandais non sédentaire et fortement ostracisé par les autochtones, à identifier celui qui tue en toute impunité des jeunes hommes du clan. Jack a sa manière bien à lui de traiter l'affaire, semblant quasiment s'en désintéresser, avant de se décider à faire appel à des connaissances pour l'aider à régler le problème entre un rail de coke, une biture et quelques bouquins. Quelques surprises déroutantes aussi bien sûr, au détour d'une page car ce cher Jack a l'art de surprendre même ses amis les plus chers... Un roman comme je les aime, âpre et rugueux, cynique et drôle mais fichtrement confortable quand même!
   
   Titre original : "the killing of the tinker", traduit de l'anglais (Irlande) par Catherine Cheval et Marie Ploux, avec quelques notes explicatives mais pas assez à mon goût!

critique par Cathulu




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