Lecture / Ecriture
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La fiancée de Lammermoor de Walter Scott

Walter Scott
  La fiancée de Lammermoor
  Dès 09 ans: Ivanhoé
  Le talisman

Sir Walter Scott, 1er baronnet d'Abbotsford (1771 à Édimbourg - 1832 à Abbotsford) est un poète et écrivain écossais. Avocat de formation, antiquaire par goût, il parcourt l'Écosse à la recherche de son passé. Au tournant du XVIIIe et du XIXe siècles, il se lance dans la littérature, publiant des textes anciens ou appartenant à la tradition populaire autant que des poèmes de son cru, comme "La Dame du lac"(1810). Puis il se tourne vers le roman écossais, marqué par le succès de "Waverley" (1814), avant d'évoluer vers le roman historique, où il brille notamment avec "Ivanhoé" (1819) et "Quentin Durward" (1823).
(Merci Wikipedia)

La fiancée de Lammermoor - Walter Scott

L'Ecosse romantique
Note :

   « Ce roman, avec pour cadre l’Ecosse du XVIIe siècle, raconte les amours tragiques de deux jeunes gens, Lucie et Edgar qui appartiennent aux familles ennemies des Ashton et des Ravenswood.» Heureusement pour moi, je n’avais aucune envie de lire une histoire d’amour tragique entre deux jeunes gens au XVIIe siècle car je me serais certainement ennuyée à cette lecture qui en plus se déroule au début du XVIIIe, au temps de la reine Anne. L’intérêt pour moi était de lire un roman historique écossais de Walter Scott dont le sujet importait peu.
   
   Edgar Ravenswood est l’ultime descendant d’une illustre famille jadis puissante mais tombée dans la misère en raison d’une gestion désastreuse de ses biens. Le château familial a été racheté par sir William Asthon, lord Garde des Sceaux, récemment anobli. La vengeance bout dans les veines de l’impétueux jeune homme. Celui-ci sauve un jour la vie du Garde des Sceaux et de sa fille, sans savoir qui ils sont. Il les découvre alors tous deux et se rend compte de l’esprit de conciliation du père qui ne semble pas du tout arrogant et supérieur (il craint en fait que le jeune homme fasse appel de ses droits devant une cour de justice anglaise qui viendrait annuler ce que l’écossaise lui a attribué). Les deux hommes deviennent quasiment amis, séjournant chez l’un et chez l’autre et bien sûr, un tendre attrait attire Edgar et Lucie sans que le père trouve à y redire. Oui mais voilà, c’est sans compter sans la mère, lady Ashton, celle qui porte culotte à la maison et qui n’a pas du tout l’intention de lier son ancestrale noblesse à celle des Ravenswood.
   
   J’ai dévoré ce livre en une très pluvieuse journée écossaise. Et ce fut un grand plaisir. Et comme tous les plaisirs, il vaut certainement mieux le goûter avec parcimonie sous peine d’être rapidement rassasié, voire débordé par la prose ample et bavarde de Walter Scott. Les descriptions sont nombreuses, parfois stéréotypées, les phrases sont longues. Il y a un plaisir musical à s’immerger dans la prose de Scott, à se laisser emporter par ses vagues harmonieuses. Et si des amours de Lucie et Edgar il est certes question, leur déroulement est loin de former le gros du livre. Il est surtout ici question de la chute de la famille Ravenswood, de ses moyens de subsistance, des changements opérés chez sir William et Edgar, de la vie dans les campagnes écossaises.
   
   Ce qui m’a le plus surprise ce sont les scènes de comédie, très nombreuses, portées par le dernier domestique d’Edgar Ravenswood, Caleb. Il vit avec son jeune maître dans leur dernier château familial, la tour en ruine de Wolf’s Crag. Il n’y a là plus rien à boire ni plus rien à manger, à peine quelques meubles. Mais les aventures d’Edgar le poussent à recevoir, bien malgré lui, des hôtes de marque, pour le plus grand désespoir de Caleb. Et parce qu’il ne veut pas que les gens comprennent cette honteuse pauvreté, il n’a de cesse d’inventer des expédients pour expliquer pourquoi il n’y a rien à manger, pourquoi il n’y a ni vaisselle en étain ni tapisseries aux murs. Et le vieil homme ne manquant ni de faconde ni d’imagination, il en résulte des scènes très drôles qui mettent dans l’embarras jusqu’au maître lui-même tant elles sont tissées de mensonges et d’élucubrations.
   
   A l’autre bout de l’échelle des personnages charismatiques, lady Ashton, l’intransigeance et la rigidité faites femme, est aussi très réussie. Son portrait est fait très tôt dans le livre et laisse planer l’inquiétude sur les relations d’abord harmonieuses entre les deux jeunes gens. À son arrivée, après plus de trois cents pages, le drame se noue, irrémédiablement.
   « Lady Ashton était d’une naissance plus distinguée que celle de son mari. Elle en tirait parti à l’extrême pour maintenir et accroître l’influence de lord Ashton sur les autres, et en même temps que, si elle disait vrai, sa propre influence sur lui. Elle avait été fort belle, elle gardait encore un port noble et majestueux. Douée par la nature d’un caractère énergique et de passions violentes, elle avait appris à user de l’un et à cacher les autres. Elle observait sévèrement, étroitement, les formes extérieures de la religion; elle recevait avec une magnificence voisine de l’ostentation; son ton, ses manières, calquées que ce qui était, à l’époque, le modèle le plus apprécié en Écosse, étaient graves, dignes et strictement réglés par les lois de l’étiquette. Sa réputation n’avait jamais donné prise à la calomnie. Et néanmoins, au mépris de qualités pareilles faites pour inspirer le respect, jamais on ne parlait de lady Ashton en termes de sympathie ou d’affection. »

   
   Le contexte historique particulier de ce coin du monde demandera peut-être quelques connaissances préliminaires (sur les presbytériens, l’Église épiscopale, les Jacobites…), mais rien qui n’aille au-delà de deux ou trois pages de lecture sur Wikipédia.
   
   
   Titre original: The Bride of Lammermoor, parution en Grande-Bretagne : 1819

critique par Yspaddaden




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