Lecture / Ecriture
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Fleur de sable de Nathalie de Broc

Nathalie de Broc
  Le patriarche du Bélon
  La Dame des Forges
  La tête en arrière
  Fleur de sable
  Et toujours ces ombres sur le fleuve

Fleur de sable - Nathalie de Broc

Tri martolod*
Note :

   Il est difficile de parler d'un livre d'une amie, surtout quand on en a suivi (de loin) l'écriture! Et que l'on figure dans la liste des remerciements...
   Je sais maintenant ce que c'est que «Les affres de la création» et l'espèce d'épuisement qui en résulte.
   Parlons donc de ce roman... qui est en même temps l'histoire de la vie d'un port, avec ses problèmes sociaux, les grèves, celles des «Penn-sardines» par exemple, la pêche déclinante, puis la guerre de la Baie, ancien contre moderne, Audierne contre Douarnenez et donc la recherche de nouveaux horizons pour les bateaux.
   
   Sur le quai du port de Douarnenez, une femme Elisa attend de monter sur un bateau, le «Fleur de Sable», dont les scellés ont été levés la veille. Un homme, Germain attend lui aussi. Elisa est sa sœur, ils sont en froid depuis des années pour des raisons dont ils ne se souviennent plus. Au-dessus une ombre, Christian, mari de l'une, associé de l'autre. Elisa cherche la vérité, Germain la connaît. Mais pour cela il faut revenir en arrière, il y a bien des années...
   Trois garçons, inséparables, des copains, des vrais, ceux chantés par Brassens, mais pour eux pas de radeau, mais un bateau, pas de méduses, mais des langoustes.
   Les années passent, la vie continue après l'enfance et l'insouciance vient l'adolescence et l'envie d'autres choses d'ailleurs, de quitter un monde sans horizon et sans grand avenir.
   Christian est à Saint Mandrier puis sur la «Jeanne», Germain et Paolig ne se voient plus guère, lequel Paolig a toujours des relations quasi haineuses avec son père... Il se retrouve à la rue et va habiter puis travailler chez le père de Germain et d'Élisa... Il s'éprendra de celle-ci qui lui préférera Christian. La vie et toutes ses épreuves forgent les caractères dit-on, alors ils auront des caractères bien  forgés...
   Mais un jour les trois garçons réaliseront leur rêve, avoir leur bateau.
   Et ce prix, le prix du rêve d'enfance est très élevé....et tous le régleront tôt ou tard...
   Christian est le plus instruit, le chef naturel. Orphelin il vit avec Mélanie, sa Mam Goz, il s'intéresse à la lecture, à la mer bien évidemment et lui aussi rêve d'autre chose. La marine, l'autre avec un M majuscule, la Royale, comme on dit en Bretagne.
   Elisa est l'amie d'enfance, son rêve est plus simple, il porte un prénom Christian. Elle le réalisera et l'épousera. La vie alors ressemblera alors à son désir d'enfance... Mais souvent toute fortune a son revers...
   Germain, dont le père possède un chantier de fabrication de bateau, son rêve est d'une simplicité enfantine, passer son certificat d'étude, mais le père a besoin de bras, alors il faut faire des compromis.
   Paolig «Bidorick» est un personnage et enfant terrible, sixième, dernier de portée, surnommé «Petit cochon» (même si en breton c'est plus beau) et nommé Le Bihan (le petit). Après cela il ne faut pas s'étonner que ce garçon rêve d'espace de Terre-Neuve et de morue et non pas de sardine et de la baie de Douarnenez, comme son père, mais le rêve a un prix....
   Un dernier mot sur le personnage de Mélanie, super grand-mère ayant ce phrasé breton que l'on entend encore parfois :
   -A donner à manger au poisson que vous seriez.

   Et comme beaucoup de nos anciens, elle éprouve une grande méfiance pour la mer, lieu de travail et de mort, alors elle l'a laissée aux touristes, et c'est un sentiment que j'ai beaucoup rencontré quand j'étais plus jeune. Comme toutes les femmes de sa génération, elle tricote toujours...
   Cerise sur le gâteau l'emploi de mots bretons qui est très fréquent dans les chapitres se déroulant à Douarnenez.
   
   C'est très bien écrit, limpide comme les eaux des mers des côtes Mauritaniennes, et on se laisse prendre à cette histoire d'hommes, d'amitiés de marins bretons élevés à la dure, à une époque où les hommes étaient en mer et les femmes à la chaîne dans les conserveries. La richesse et la réussite financière doivent-elles être à n'importe quelle prix? L'amitié survit-elle à tout?
   
   Mais il y a aussi une belle histoire d'amour sur fond de réflexion sur le pillage de la ressource maritime des pays pauvres, de la pêche intensive pour l'enrichissement de quelques-uns.
   
   Quelques souvenirs personnels, l'uniforme de la Marine Nationale, le bachi et son pompon rouge, le passage chez le coiffeur (?) pour l'incorporation, ce que l'on appelait la boule à zéro et la honte de se voir comme cela!
   
   Une scène bien anodine m'a beaucoup touché, c'est au retour d'une expédition maritime et catastrophique: nos quatre marins en herbe, trempés et transis sont chez Mélanie attablés devant des bols de café, et dévorant à pleines dents des énormes tranches de pain nappé de beurre salé!
   
   J'ai souvent parlé avec Nathalie de l'espèce d'ostracisme dont ce genre littéraire est victime, alors que l’appellation «produits du terroir» est un symbole de qualité, mais «terroir» accolé à la littérature devient un synonyme d'histoire gentillette entre poules et canards.
   Et je reconnais qu'à une époque j'avais moi aussi quelques réserves, mais j'ai la chance d'habiter une région où les écrivains de qualités et les salons littéraires nombreux.
   
   
   Extraits :
   
   - Excepté les longues traces de rouille qui pleurent de ses hublots, larmes de temps, rien n'atteste que le langoustier attendait sa libération...
   
   - Douarnenez sort de sa torpeur, le brouillard se lève sur la baie, une désagréable bruine froide salue son réveil.
   
   - Une délivrance se prépare qu'il anticipe avec un soupir de plaisir, il va capituler, il accepte de capituler.
   
   - Les mêmes bêtises, les mêmes larcins aux halles, les mêmes bicyclettes, pour les filles on verra.
   
   - Les quatre sont suspendus à la mine toute ridée de Mélanie, plissé soleil d'un cuir tanné sous la coiffe blanche.
   
   - Un peu à l'écart, Elisa s'est appuyée contre un tronc d'arbre d'où elle peut regarder Christian tout à son aise. Elle se dit que quand elle sera grande, elle ne vivra jamais très loin de lui.
   
   - Il n'est rien. Juste «plus jamais, mon gars».
   Personne.
   
   - Enfants, un rien les opposait, ils aimaient les échanges un peu chauds, qui se concluaient par une bonne bagarre où il avait souvent le dessus. Pourquoi les choses auraient-elles changé?
   
   - Fous-moi la paix, c'est ton rêve, pas le mien.
   
   - Et c'est pour ça que tu nous fais chier depuis des mois? Pour trois malheureuses cicatrices.
   
   - L'idée lui vient soudain d'un nom qui ait un rapport avec le sable, là où ils cueilleront leurs langoustes, là où ils les moissonneront.
   
   - Elle lui dit souvent: «Si nous avions un  enfant… »
   

   
   
   * Chanson traditionnelle bretonne remise au goût du jour par Alan Stivell, il y a quelques temps dirions-nous....C'est l'histoire de trois marins....

critique par Eireann Yvon




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