Lecture / Ecriture
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Jack l'Eventreur de Robert Desnos

Robert Desnos
  Jack l'Eventreur

Jack l'Eventreur - Robert Desnos

Où le journalisme rencontre la littérature
Note :

   Voilà ma deuxième rencontre littéraire avec Jack l'Eventreur, à travers la série d'articles de Robert Desnos publiée en 1928 dans Paris-Matinal.
   
   Suite à un meurtre sordide commis à l'époque, Desnos a rédigé cette série d'articles qui n'a visiblement que faire de la rigueur historique ni même de la logique. Ainsi entre la cinquième et la sixième victimes: "Ce jour-là, en effet, à quelques dizaines de minutes d'intervalle, Jack l'Eventreur assassina deux femmes en pleine rue, dans des lieux relativement fréquentés" (p.21), puis sur la sixième victime "la pesante mélancolie de la luxure et de ce dimanche pèse sur lui, la satisfaction qu'il a tirée du crime commis quelques heures auparavant est éteinte depuis longtemps" (p.25)
   .
   Desnos attribue onze victimes à l'éventreur (au lieu des cinq avérées - même s'il subsiste un doute concernant d'autres meurtres). Il attache peu d'importance à la profession exercée par ces femmes, allant même jusqu'à expliquer que la quatrième victime rentrait chez elle en pleine nuit après être allée acheter des cachous, ce qui lui permet d'ailleurs de terminer sur une note poétique: "et le petit paquet de cachous éventré laisse échapper dans la boue les grains noirs de la friandise" (p.24). Ou d'une autre, lorsqu'elle rencontre son bourreau: "Sentimentale, l'ivrognesse espéra un baiser" (p. 13).
   
   Pour qui chercherait un ouvrage historique, ce portrait de Jack l'Eventreur n'est pas recommandé. L'intérêt réside ailleurs. Tout d'abord dans l'écriture admirable, qui jusque dans la description des meurtres reste raffinée et privilégie les tournures poétiques. Une écriture qui, finalement, contribue à élever l'assassinat au rang des beaux arts (De Quincey est également cité) et à faire un portrait souvent romantique de l'insaisissable meurtrier. Enfin, une révélation de taille ponctue ce récit, puisque Desnos prétend avoir rencontré quelqu'un qui se dit l'ami de l'Eventreur et raconte que les assassinats auraient eu lieu suite à un pari stupide. Un portrait du dit éventreur a ainsi été publié dans le journal (et ne figure pas dans mon édition).
   
   Un texte très bien écrit que je vous recommande, même si je regrette qu'il n'ait pas été précédé d'une introduction plus fournie que la postface qui se borne à rappeler dans quel contexte les articles ont été publiés
    ↓

critique par Lou




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Essai 44 pages
Note :

   Il s'agit d'articles de Robert Desnos sur Jacques l’Eventreur (publiés par les éditions de L’Herne): le poète y raconte dans une prose pleine de suspense et de pittoresque les crimes monstrueux avant d’appâter le lecteur avec un témoin qui a joint le journal: il a connu Jacques l’Eventreur… Le poète joue au reporter et se plaît à laisser imaginer qu’il a peut-être côtoyé là quelques heures l’insaisissable assassin. Lu pour voir aborder le crime d’une autre façon que dans "From Hell", que j’ai adoré, ce petit opuscule est savoureux par son atmosphère noire et poétique, et pour le rôle que se donne le narrateur, journaliste en quête d’un improbable scoop… Le meurtrier, à la façon surréaliste, tue pour le geste, par défi contre les timorés. Une variation intéressante.
   
   Extrait:
   
   "Jack l'Éventreur est sans doute mort maintenant, et mort impuni. Il doit reposer dans un de ces calmes cimetières anglais où l'ombre rectiligne des cyprès se prolonge sur des gazons soigneusement peignés et sur des allées monotones. Chaque jour de la semaine s'appesantit davantage sur cette tombe mystérieuse. Les jeunes Anglaises qui, pour se rendre au temple protestant ou à l'église, traversent le cimetière, observent devant cette tombe comme devant les autres un silence recueilli. Et rien ne signale aux hommes que là, dans la paix tellurique, repose celui auquel on peut appliquer le titre de " génie du crime ". (...) Il est une phrase de la conclusion des enquêteurs qui paraît définir de façon tragique cette sanglante épopée: "Les éléments de l'information ne permettent pas de supposer que le meurtrier avait des connaissances anatomiques, mais plutôt que la pratique l'avait rendu habile."»

critique par Rose




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