Lecture / Ecriture
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Naissance d’un pont de Maylis de Kerangal

Maylis de Kerangal
  Naissance d’un pont
  Corniche Kennedy
  Dès 05 ans: Nina et les oreillers
  Tangente vers l'est
  Ni fleurs ni couronnes
  Réparer les vivants
  A ce stade de la nuit
  Chemins de tables

Maylis de Kerangal est une éditrice et écrivaine française née en 1967.

Naissance d’un pont - Maylis de Kerangal

Entre technicité et humanité
Note :

   Prix Médicis 2010
   
   
   A Coca, ville imaginaire de Californie, un chantier titanesque s’ouvre: il va s’agir de construire un pont suspendu immense, soutenant une autoroute à 6 voies. Bon nombre d’employés, depuis les architectes jusqu’aux grutiers, en passant par les bétonneurs, se déploient autour du projet. Nous assistons à la naissance d’un pont.
   
   J’avais apprécié «Corniche Kennedy» écrit en 2008 par Maylis de Kerangal. Elle y dépeignait dans un style assez déroutant des conduites à risque d’adolescents. J’ai retrouvé ce style particulier dans ce roman fleuve de la rentrée littéraire: «Naissance d’un pont».
   
   L’auteure dépeint un gigantesque chantier:
   « Six voies rapides, larges, asphaltées comme un circuit automobile sauront connecter la ville au continent, sauront lui octroyer sa place dans la boucle des communications amorcée depuis la Baie par la voie des plaines, et aboutie dans les vallées fertiles et minières loin de l’autre côté de la forêt. » (p. 130)

   Elle donne de multiples précisions techniques concernant l’art de la construction d’un pont, des chiffres, décrivant les divers corps de métiers à l’œuvre. Mais par delà la technicité, l’auteure narre des rapports humains complexes, rapports de travail entre supérieurs et subalternes, rapports entre indigènes et constructeurs, ou rapports amoureux. On assiste à des accidents, des grèves, des tentatives de sabordage, des revendications d’écologistes. Ce roman n’est pas sans rappeler un autre récit de construction: «La route de Tassiga» d’Antoine Piazza, qui racontait le chantier de l’élaboration d’une route en Afrique.
   
   Le roman peut paraître un peu long (un peu plus de 300 pages aux éditions Verticales), présentant parfois quelques longueurs, notamment lorsque l’auteure décrit l’histoire de Coca, cette ville imaginaire des États-Unis qui voit se construire un pont. Ce roman se découpe en plusieurs grandes parties qui comportent des titres originaux: «marcher dans la nuit violette», «organiser le tâtonnement», «prendre la mesure des lieux»
   
   L’écriture de Maylis de Kerangal est bien particulière, plutôt nerveuse, se présentant sous forme de longues phrases écrites sur un mode oral. Les dialogues sont insérés dans le texte: ils ne sont pas présentés selon les normes typographiques habituelles. Cela augmente l’impression de rapidité, de précipitation dans l’écriture, donnant un style parfois un peu heurté. Les images se succèdent rapidement, séparées par de simples virgules: c’est comme si l’auteur écrivait au fil de la plume, passant d’une idée à une autre. L’effet rendu est certes déroutant mais s’avère au final plaisant et agréable.
   
   Un roman fleuve qui permet de suivre la naissance d’un pont suspendu, sur un plan technique, mais aussi avec un angle résolument relationnel. Une écriture déroutante mais au final plaisante.
   
   
    Rentrée littéraire 2010
    ↓

critique par Seraphita




* * *



Un tour de force
Note :

   Voilà un roman qui attrape le lecteur par le col et ne le lâche qu’à la livraison du chantier. Maylis de Kerangal a réussi un tour de force, d’ailleurs salué par moult critiques littéraires. Déjà remarquée pour son précédent roman "La corniche Kennedy" (2008 Maylis de Kerangal a reçu pour ce dernier opus le prix Médicis 2010.
   
   L’originalité du cadre excite d’entrée de jeu l’imagination. Voilà un roman romanesque, (et la remarque mérite développement) qui se propose de nous faire partager l’univers le plus pragmatique, technique et réaliste qui soit: celui d’un chantier de construction. Et pourtant, le souffle du récit donne naissance à une épopée moderne, un défi paradoxal qui combine prouesses technologiques et destinées humaines. Maylis de Kerangal explique dans une longue interview qu’elle ne pouvait imaginer situer son roman ailleurs que dans une nature gigantesque, à la mesure des défis de ses personnages. Et force est de préciser tout de suite que la nature même de l’écriture choisie par l’auteure porte littéralement (et littérairement) la puissance, la densité et la dureté des conditions de vie sur un tel chantier.
   
   Le roman débute donc par une longue présentation du personnage central, Diderot. Mais il n’est pas question ici d’appréhender l’aspect physique, sinon par la notation anecdotique d’une silhouette impressionnante et d’un rituel cycliste. Maylis de Kerangal nous propose de faire connaissance à travers un curriculum vitae du personnage, mode de vie solitaire et combatif, refusant les connotations psychologiques attendrissantes, soulignant à contrario l’anticonformisme vital du personnage. En dressant ce portrait, l’écrivaine prépare déjà son lectorat à la caresse rugueuse du béton: les mots bousculent nos conventions, les phrases explosent les structures normées.
   
   «  Téléporté ainsi de biotope en biotope, à bord de vols long-courrier finissant bien souvent coucou biturbine, il ne reste guère plus de dix-huit mois sur un site et ne voyage jamais, dégoûté de l’exotisme, de sa trivialité - pleins pouvoirs du Blanc contre colonisation vengeresse des amibes, drogues et femmes dociles contre devises occidentales - et vit de peu, le plus souvent dans un logement situé aux alentours du chantier et loué par l’entreprise- un lieu radical à ce point c’est une blague : aucune de ces babioles que l’on traîne après soi, aucune photo punaisée sur une porte mais quelques livres, des disques, une télévision géante aux couleurs Buitoni et un vélo, magnifique machine en fibre de carbone dont l’acheminement sur site finit par faire l’objet d’une clause contractuelle unique dans les annales-, achète tout sur place- rasoir shampoing savon, prend ses repas dans les gargotes huileuses et enfumées… » ( Extrait page 13)

   
   Huit pages pleines permettent ainsi de créer non seulement la stature d’un homme dans son accomplissement fonctionnel et ses manquements affectifs, elles servent aussi un dessein plus ample: à travers ce portrait d’un chef de chantier, Maylis de Kerangal élabore la trame d’un monde en soi, le monde du chantier avec ses références propres, son langage, ses rouages que seuls les participants peuvent apprécier:
   «  Mais ceux qui l’avaient pratiqué sur les chantiers s’étranglaient en entendant ces balivernes: fantasmes de bonnes femmes, poèmes pète-couilles, clichetons sucrés. Ils concassaient cette statue de carton-pâte à coups de haussements d’épaules et de regards narquois, car eux l’avaient vu à l’œuvre, avaient tâté du bonhomme… » ( Page 17)

   
   Pour mieux brosser le cadre de son tableau, Maylis de Kerangal ne s’épargne pas la peine de définir avec rigueur les différentes étapes, la généalogie du projet, les motivations du donneur d’ordre, les appels d’offres et cahiers des charges… Nous devenons à même d’apprécier la rudesse de la compétition et du combat que livrent les protagonistes pour s’embarquer dans l’aventure. Surgissent alors quelques figures que nous retrouverons aux différentes étapes du chantier, Sanche le grutier, Summer Diamantis la seule femme ingénieure en béton, ou encore la courageuse Katherine Thoreau qui reprend le flambeau de son mari invalide… Les intrigues dans l’intrigue animent la menée des travaux, de la drague du fleuve et les excavations nécessaires aux fondations des tours:
   
   «  La drague avance lentement dans le fil du fleuve, lourde et têtue, elle débarrasse, racle, aspire, décrasse le lit du fleuve de toute la merde qui s’y est déposée, qui s’y dépose, jour après jour; dérocte le chenal, saluée alors merveilleuse tâcheronne nécessaire bonniche, son énorme fraise à trois têtes – trois fois l’envergure et la puissance du bel outil de forage pétrolier en eau très profonde tout de même - fouraillant la roche pour conserver un passage aux coques des majestueux navires, cargos d’aventure, et pétroliers dernier cri. Les deux garçons marquent un recul devant les citernes où se déverse le fond du fleuve, vase noirâtre pâte sédimentaire remontée des profondeurs, alluvions sans âge, aucun scintillement là-dedans, rien, ils se mettent pourtant à y guetter la tranche d’une épave, un morceau de tôle, un débris humain, un os de crâne peut-être, (…) Ils s’excitent, rigolards, ne cherchent rien, n’espèrent rien, pas même la fortune, l’avenir n’a pas de forme pour ceux qui vivent au jour le jour, sans autre tension que celle de leur jeunesse, ils tendent les mains, paumes vastes et doigts habiles, toujours prompts à palper de quoi jouer, de quoi se faire un peu de thune, toujours partant pour la première connerie.» (Page 102-103)

   
   Parallèlement à l’activité du chantier, l’auteure nous emmène dans la ville imaginaire de Coca, puis au sein de la forêt primaire de l’autre côté du fleuve; elle nous convie à traverser l’eau épaisse et boueuse qui sépare ces deux mondes et nous sensibilise à la fragilité de l’équilibre entre les deux rives. Les Indiens qui vivent encore dans la pénombre bienveillante de la canopée survivront-ils à l’intrusion d’une route à grande circulation qui déboulera à la suite de ce pont gigantesque? Et ce chantier revêt enfin une autre dimension. Pont entre deux berges, il devient une voie de colonisation, un obstacle à l’intégration d’une population précaire, un signal fort de la lutte du capitalisme contre la Nature Primitive… J’évoquais le souffle épique qui traverse le roman.
   
    Toutefois, à l’opposé de nombreux écrivains américains dont l’écrivaine se revendique, Maylis de Kerangal n’exploite pas complètement la veine héroïque. Comme son personnage Diderot, elle reste en lisière du genre, ne s’attarde pas sur le combat de David contre Goliath que prétend mener Jacob, l’ethnologue converti à la vie dans la forêt, malgré quelques très belles pages… Le duel entre Diderot et Jacob se dégonfle comme un ballon de baudruche, et nous quitterons les tâcherons du chantier sur l’ultime émotion d’un nouveau passage de témoins, chacun repart vers d’autres projets, d’autres exploitations où chacun trouve un prédateur à son échelle.
   Reste l ‘écho de la langue rude de Maylis de Kérangal qui roule encore dans nos oreilles.
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critique par Gouttesdo




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Une hyperbolique richesse de la langue
Note :

   Déjà, avec "Corniche Kennedy" (que nous avions beaucoup aimé), Maylis de Kerangal nous avait fait entendre sa petite musique personnelle. Déjà, des vertiges avec ces sauts de plus en plus périlleux d’adolescents défiant les dangers et les autorités. Déjà, un besoin de dépassement, de réalisation de la part d’êtres plus ou moins à la dérive et dont la réalisation nécessite l’apparition d’un chef charismatique et un peu brutal.
   
   On retrouve pour beaucoup ces ingrédients dans "Naissance d’un pont" mais avec une ambition nettement plus marquée de la part de l’auteur qui a indéniablement gagné en autorité et en maturité littéraire.
   
   Comme elle aime à l’expliquer dans les nombreuses interviews que l’obtention du Prix Médicis 2010 lui a permis de donner, ce qui a d’abord motivé son livre est le défi technique, à savoir la capacité à s’approprier le vocabulaire technique et la compréhension cohérente des grands principes de mécanique et de résistance de matériaux qui président à l’édification d’un ouvrage technique et titanesque tel que ce pont gigantesque dont il est ici question. Il semble que ce défi ait été atteint.
   
   Mais de façon plus intéressante, derrière l’édification de ce pont construit dans la ville imaginaire de Coca, sorte de San Francisco mâtinée de Calgary et de Vancouver, grosse ville côtière en bordure d’une forêt dense autrefois peuplée de peuplades indiennes, c’est de la vie de celles et ceux qui sont au cœur de ce chantier fourmillant, infernal par ses défis techniques, démentiel par ses contraintes de temps, toujours à la limite du fait des tensions financières, dont il est question.
   
   Ils sont venus en nombre de Seine Saint-Denis, d’Anchorage, de Detroit et de Paris, ils attirent à eux une main-d’œuvre locale prête à tout pour subsister et donner un sens à une vie d’exclus. Ils ont toutes et tous quelque chose à se prouver ou un secret, une tare à cacher au milieu d’une fourmilière où l’individu disparaît au profit du collectif.
   
   Alors cette masse et cette manne attirent bien sûr son lot de profiteurs et de filles faciles, de tripots où exulter et exsuder son stress. La jalousie malveillante est aussi à l’œuvre de la part des profiteurs d’un temps passé que ce pont jeté entre deux rives comme un passage à l’ère moderne, une ouverture d’une ville jusqu’ici recluse vers l’ailleurs projette vers un avenir moins rieur. Souvent, les conflits s’y règlent à coups de poings ou de couteaux, à l’autorité naturelle d’un chef qui a passé sa vie sur les chantiers, qui jamais ne s’est fixé quelque part, toujours en quête d’un nouveau défi.
   
   Tout cela nous est narré dans une langue survoltée, exaltée, d’une hyperbolique richesse, aussi titanesque que l’ouvrage qui peu à peu se déploie sous nos yeux ébahis. C’est la grande force, mais aussi parfois, il faut le reconnaître, la limite de ce roman envoûtant. On sent ici ou là l’auteur à la limite de sa maîtrise stylistique, comme trop préoccupée d’un effet littéraire en multipliant les dérivations, les mots rares, les images inattendues au point de rendre la lecture de certaines séquences peu fluides, presque incompréhensibles parfois. On le lui pardonnera cependant et la félicitera pour ce franchissement dans son œuvre, un pont vers la renommée littéraire.
    ↓

critique par Cetalir




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Matérialisation d'un rêve
Note :

   "Naissance d’un pont" nous fait pénétrer dans le monde des travaux publics, un milieu dur aux rapports humains rugueux. Ce qui compte dans cet univers dominé par des entreprises géantes qui exercent leur activité dans tous les pays, c’est le résultat financier : situation banale dans notre société contemporaine. Cependant, la particularité de ce secteur est de faire appel à une main d’œuvre très nombreuse et diversifiée. Ainsi le roman place le lecteur en témoin des multiples problèmes techniques, humains et politiques à résoudre pour construire un pont suspendu au-dessus d’un large cours d’eau en Californie. Tous les aspects du projet sont évoqués, du choix du responsable du chantier, vieux routard aguerri au cours de multiples travaux aux quatre coins du monde, à la question de la résistance des matériaux aux variations climatiques.
   
   Les différents métiers impliqués sont présentés au travers de multiples personnages en provenance de tous les pays du monde qui possèdent tous une personnalité bien affirmée et dont la vie privée nous est brièvement révélée. Les débats politiques sont évoqués, depuis le choix d’un maire quelque peu mégalomane aux oppositions de populations locales. Des actes délictueux ou criminels liés à la construction du pont ou des liaisons entre salariés du chantier viennent émailler ce tableau présenté dans une langue qui se veut proche de celle du milieu qu’elle décrit. Le vocabulaire est abrupt, et technique lorsqu’il le faut, dans de longues périodes volontiers empreintes de lyrisme. Un passage savoureux met en présence l’architecte du pont qui conçoit son œuvre comme un rêve, une modification du paysage, et le responsable du chantier qui ne raisonne qu’en choix d’hommes et en résolution de problèmes techniques.
   
   Nous nous laissons volontiers emporter par ce flot d’événements qui jalonnent la poursuite du projet, jusqu’à sa conclusion qui nous laisse entendre que l’utilité et la pertinence du pont ne sont pas forcément démontrées. A croire que dans le BTP, les "études d’impact" ne sont pas toujours bien réalisées. Qui l’eût cru?
    ↓

critique par Jean Prévost




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Un pont. Entre deux rives ? Tant et tant de ponts...
Note :

   Etonnant pour quelqu’un qui n’a pas fait d’études de Génie Civil de faire de la genèse d’un pont, en y intégrant les considérations politiques, techniques, un roman. Très réussi. Très contrasté. Contrasté au sens lumière, c’est-à-dire des situations très tranchées, aux bords presque coupants, des images qui se détachent, aux contours immanquables.
   
   Un pont. En pays indéfini, qui va relier les deux rives d’un fleuve au niveau de la ville de Coca, qu’on imaginerait facilement du côté de l’Amérique Centrale. Coca est dirigée par John Johnson, dit "Le Boa", qui à peine élu maire se pique de rêves de grandeurs, au pluriel, impressionné qu’il fut par un séjour à Dubaï où, nous dit Maylis de Kerangal, un tiers des grues existant à la surface du globe est mobilisé... Coca aura son pont. Pas n’importe quel pont bien sûr. C’est l’architecte Ralph Waldo qui remporte le concours. Et Ralph Waldo est un architecte à concepts, au même titre que Le Boa est un Maire à visions :
   "… il décrit la forme qui ramasse les lieux : pour dire l’aventure de la migration, l’océan, l’estuaire, le fleuve et la forêt, la passerelle de lianes au-dessus des gorges et le tablier qui joue au-dessus du vide, il a choisi un hamac hautement technologique..."
   

   Un décideur, un architecte inspiré, encore faut-il trouver les hommes, les femmes, qui vont physiquement s’impliquer, qui vont être capables de mener cet ouvrage d’une durée bornée dans le temps. C’est là qu’intervient Diderot, un chef de projet d’une grande compagnie de Travaux Publics en fin de carrière. C’est à lui qu’on va confier la responsabilité de recruter et d’acheminer les compétences qui permettront de passer du croquis à l’ouvrage d’art. Et de fait, Diderot est un personnage central du roman. Ralph Waldo et Le Boa ne sont intervenus que pour créer les conditions d’apparition de Diderot. Et de Sanche, le grutier. Et de Summer Diamantis, la responsable de la centrale béton. Et de Katherine, conductrice d’engin de terrassement. Et de tous ceux que Maylis de Kérangal va successivement animer sous nos yeux, un pied dans l’ouvrage du pont, l’autre dans leur histoire personnelle. Qui interférera, ou pas.
   
   Le pont va s’élever progressivement sous nos yeux. La société de Coca va inter-réagir au fur et à mesure que les éléments prennent de la place dans le paysage, des relations se nouer et des drames éclater. Et le pont va s’élever. Prendre son autonomie en quelque sorte. A la fin il sera terminé. Mais quid de l’histoire ? Eh bien, on ne sait pas. Un pont, une fois que c’est bâti... ?

critique par Tistou




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