Lecture / Ecriture
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Vendetta de Roger Jon Ellory

Roger Jon Ellory
  Seul le silence
  Vendetta
  Les Anonymes
  Les anges de New York
  Les neuf cercles

Roger Jon Ellory, est un écrivain britannique de romans policiers et de thrillers, né en 1965. Il est par ailleurs membre très actif de l'église de scientologie depuis une trentaine d'année.
Il s'est fait remarquer en 2012 en postant sous pseudonyme, sur le net, des commentaires élogieux de ses propres livres... (mais pas ici:-), du moins, je crois )

Vendetta - Roger Jon Ellory

Tout à fait passionnant!
Note :

   Prise d’une crise de flemmardise aigüe, j’ai bien envie de recopier la quatrième de couverture et point barre. Comment pourrais-je être plus louangeuse que cet efficace outil de marketing qui pour une fois dit tout dans les termes les plus appropriés? Mais si ce blog existe, c’est pour faire partager mes enthousiasmes, non pour faire vendre des livres, je m’attelle donc à la tâche de faire plus convaincant que l’éditeur lui-même, du moins j’essaie, car après avoir lu les deux livres de Roger Jon Ellory parus en France, je pense que ce type est un génie, oui, rien de moins. Car enfin, me passionner en racontant l’histoire de la mafia américaine, ça n’était pas gagné, c’est même d’ailleurs pour ça que j’ai repoussé si longtemps ma lecture.
   
   La fille du gouverneur de Louisiane a été enlevée et son garde du corps retrouvé assassiné dans le coffre d’une superbe voiture, le cœur sectionné. Ça ressemble à une vengeance, la police locale est sur les dents, mais le FBI s’en mêle et prend l’enquête en main sur place. Curieusement, un homme prend contact avec les agents et déclare qu’il va se livrer et leur expliquer où se trouve la fille. Mais avant, ils devront écouter son histoire qu’il ne racontera qu’à un certain Ray Hartmann, enquêteur à la sous-commission judiciaire sur le crime organisé à New York. Hartmann, accablé par ses propres soucis personnels (sa femme et sa fille sont parties parce qu’il ne parvient pas à dominer son alcoolisme), arrive à la Nouvelle-Orléans et commence à écouter l’incroyable récit de Ernesto Cabrera Perez, né lui aussi en Louisiane plus de soixante ans auparavant de père cubain, homme de main pour la mafia depuis plus de quatre décennies.
   
   Et Perez raconte, jour après jour, quelle fut sa vie depuis son enfance, son père violent, boxeur, assassin, le premier meurtre alors qu’il n’était qu’adolescent et toujours pour but dans la vie de devenir quelqu’un. Il fuit et côtoie un monde violent, celui de la prostitution, de la drogue, de l’argent facile. Il tue son meilleur ami qui l’a trahi puis intègre la famille, celle de la mafia italienne aux États-Unis, qui ne sera en fait jamais la sienne, lui, le Cubain. A Cuba, Miami, New York, Los Angeles, Perez tue pour obéir, honorer des contrats, renforcer les liens entre certaines familles alliées ou au contraire, faire des exemples, les venger. Perez ne connait pas ses victimes, il ne demande rien, il ne parle pas, exécute sans broncher ni laisser de traces: Perez est un pro, l’un des meilleurs dans son domaine. Il finit par être au courant de magouilles en très hauts lieux, il sait ce que personne ne sait, les meurtres des Kennedy, Marylin Monroe, Jimmy Hoffa… il était là, il sait qui a fait quoi et que le gouverneur de Louisiane a des liens avec la mafia.
   
   Et ce récit est tout à fait passionnant. Parce que Perez n’est pas un tueur sordide. C’est un «psychopathe, un homophobe même, mais en même temps, un homme étrangement éloquent et cultivé, attentionné et conscient de la nécessité de la famille, du pouvoir de la loyauté et de la parole donnée. Un paradoxe. Un anachronisme. Un mystère.» D’apparence monolithique, il est pourtant tout en nuances, en tourments et en déchirures, bref un personnage fin et multiple qui sait se rendre intrigant et inattendu.
   
   Car pour créer la dynamique de son récit, de cette histoire de la mafia sur cinq décennies, R.J. Ellory a intercalé entre chaque chapitre du récit de Perez, l’histoire des agents du FBI qui essaient de remonter la piste de l’enlèvement et la dérive personnelle de Hartmann qui lui aussi a ses rêves de loyauté envers sa famille. Si le but premier de l’auteur est l’histoire de la mafia américaine, il a su très bien la romancer et créer le suspens avec l’intrigue de l’enlèvement et la vie personnelle de Perez. Comme les enquêteurs, le lecteur veut savoir pourquoi Perez a décidé de se livrer et de raconter sa vie, pourquoi il a promis de relâcher la jeune fille à l’issue de son histoire: très habile construction qui accomplit l’ultime vengeance de Perez (A Quiet Vendetta, comme dit le titre anglais) et mêle histoire réelle et fictive pour donner plus de réalisme à l’invention.
   
   Si j’ai encore une fois plongé immédiatement dans l’univers de R.J. Ellory, c’est qu’il est à mes yeux un formidable raconteur d’histoires et surtout de destins. Tous ses personnages sont approfondis et prenants, le lecteur se retrouve lié à leur sort, il veut savoir comment ils en sont arrivés là et ce qu’ils vont devenir. Il sait aussi mettre en place une ambiance prenante et d’un réalisme tel qu’on dirait qu’il a arpenté les rues, les casinos, les marécages qu’il décrit et rencontré tous ces gens qui bien sûr, lui ont raconté leur histoire. S’il n’était Britannique, je dirais d’Ellory que c’est un des plus grands auteurs américains, qui nous plonge dans l’histoire de son pays et de ses ancêtres…
   
   Maintenant en Poche.
   
   
   Titre original :A Quiet Vendetta, parution en Grande-Bretagne : 2005
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critique par Yspaddaden




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Tueur mode d’emploi
Note :

   Une vengeance (vendetta en italien) d’envergure constitue ce polar qui n’en est pas vraiment un.
   
    A la Nouvelle-Orléans, un homme est découvert dans le coffre d’une Mercury Turnpike Cruiser (j’y connais rien en bagnole mais le nom en jette, non?). Le cœur a été arraché et replacé dans la cavité créée. Verlaine est chargé de l’enquête mais pas pour longtemps!
   La construction, alors, devient originale.
   Deux agents du FBI enquêtent dans le même temps sur une délicate affaire de kidnapping. Celui de la fille du gouverneur Ducane, Catherine. Un homme les contacte et affirme qu’il détient cette fille à papa célèbre et demande qu’on prenne soin de sa Turnpike faisant le lien avec l’affaire de départ. Il ne demande pas d’argent. Ce qu’il exige, c’est de pouvoir rencontrer un flic, Ray Hartmann, avec qui il souhaite s’entretenir. A la fin de leur discussion, et seulement quand tout sera raconté, la fille sera relâchée.
   «L’homme qui était entré dans le hall du bâtiment du FBI devait avoir au moins entre 60 et 65 ans. Il était impeccablement vêtu: pardessus, costume trois-pièces, chemise blanche, cravate d’un bordeaux intense, chaussures en cuir verni, gants de cuir, écharpe de cachemire noire autour du cou. Son visage était un enchevêtrement de lignes symétriques – plis, rides, pattes d’oie, comme un origami déplié – et, sous ses sourcils fournis, ses yeux d’un vert terriblement perçant, presque émeraude, étaient fiévreux et étrangement possédés.» P 133

   
   La construction alors, s’originalise de plus belle.
   Alternent alors des chapitres dans lesquels cet Ernesto Perez raconte son parcours (très intéressant) et d’autres pendant lesquels Hartmann se pose mille et une questions et les agents du FBI analysent la situation (bien moins convaincant). L’histoire de cet homme est celle d’un tueur à gages au service de la Mafia. Sont retracées cinquante années de bons et affreux services d’un homme aux compétences de tueur avérées. De sa jeunesse cubaine à l’Amérique mafieuse, de Las Vegas à Chicago, de New York à la Nouvelle-Orléans, Perez, froidement, explique son rôle au sein de la Cosa Nostra. Le récit est glaçant de réalisme, le personnage se révèle pourtant limite attachant, la mafia et sa logique bêtement masculine est dépeinte clairement…
   Mais que veut véritablement ce mystérieux personnage?
   
   Si la partie racontée par cet employé des basses œuvres mafieuses est passionnante et parfaitement crédible, le reste l’est bien moins. Les personnages de flic n’ont pas d’épaisseur et l’interlocuteur du tueur/kidnappeur se débat dans des problèmes familiaux redondants et bateaux.
   
   Au final, le suspense tient en haleine mais le résultat m’a un peu déçu. J’ai eu l’impression que le livre n’était qu’en partie réussi.
    ↓

critique par OB1




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La Mafia sur la table de dissection
Note :

   Etonnant de constater que Roger Jon Ellory est anglais tant ce qui semble être sa connaissance du milieu mafieux aux USA et du monde américain est convaincante!
   
   Il a trouvé en fait un mode original pour nous faire un "digest" du fonctionnement de la Mafia et de sa gangrène dans les allées du pouvoir. Il fait raconter l’histoire par un protagoniste, Ernesto Cabrero Perez, tueur à gages cubain de la Mafia, dans le cadre d’une histoire crapuleuse.
   Catherine Ducane, la fille du Gouverneur de Louisiane, a été enlevée et voilà qu’un homme, Ernesto, contacte les autorités pour dire qu’il est l’auteur de l’enlèvement, qu’il est prêt à révéler le lieu de sa séquestration à condition qu’on lui laisse raconter son histoire à Ray Hartmann, un obscur enquêteur à la Commission du Crime Organisé, basé à NewYork mais originaire de Louisiane.
   Tout le monde va se faire tirer l’oreille ; la police, Ray Hartmann… mais, la fille du Gouverneur c’est la fille du Gouverneur et banco donc pour la confession.
   Et cette confession, c’est donc l’histoire de la Mafia dont il est question plus haut.
   "Quando fai i piani per la vendetta, scava due tomba – una per la tua vittima e una per stesso (si tu cherches la vengeance, creuse deux tombes… une pour ta victime et une pour toi)."
   

   Cette histoire est passionnante et le contexte particulier Ernesto – Gouverneur – Ray Hartmann, tout autant. On se régale donc à double titre.
   
   Longtemps après la lecture, des figures marquantes décrites par Roger Jon Ellory restent imprimées en mémoire. C’est magistral et on regrette de refermer la dernière page!

critique par Tistou




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