Lecture / Ecriture
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Kornwolf, Le démon de Blue Ball de Tristan Egolf

Tristan Egolf
  Kornwolf, Le démon de Blue Ball
  Le seigneur des porcheries

Tristan Egolf est un écrivain américain né en 1971 en Espagne et qui s'est suicidé en 2005.

Kornwolf, Le démon de Blue Ball - Tristan Egolf

I'm a lone wolf
Note :

   Amis lecteurs, apprentis sorciers et massacreurs de citrouilles qui passez par là, sachez que malgré mes ambitions démoniaques et mon approche toute monstrueuse, je me suis comportée depuis le début du mois d'octobre comme une vraie petite fille modèle, me contentant de lire "Kornwolf, Le Démon de Blue Ball" de Tristan Egolf - et je me demande s'il ne s'agit d'ailleurs pas de mon tout premier livre sur le thème du loup-garou (comme c'est charmant si c'est le cas, et comme c'est navrant si à mon âge si peu avancé ma mémoire ressemble déjà à un gruyère industriel particulièrement aéré).
   
   Pennsyltucky. De nombreux incidents se produisent au mois d'octobre dans cette région où pourtant d'habitude rien ne se passe selon Owen, jeune homme revenu dans le coin pour apprendre à boxer malgré tout le mal qu'il pense de sa ville natale. Les rumeurs circulent, des photos compromettantes apparaissent, les langues se délient et ce qui paraissait être un canular s'avère être un phénomène fantastique authentique, qui fait écho à l'apparition d'un autre loup-garou dans les années 70.
   
   Impossible de résumer en quelques lignes ce roman déjanté et franchement halluciné qui semble prendre un malin plaisir à mener ses lecteurs par le bout du nez. C'est un livre dense, une fable servant à dresser un portrait au vitriol de l'Amérique profonde où se noient des ploucs de bas étage, des flics corrompus, des communautés religieuses (Amish et mennonites) peu reluisantes, le tout sur fond de superstitions, d'armes à feu, d'alcool et de lubricité, dans une société où règne la loi du chacun pour soi, et où les personnages les plus intègres se trouvent dans un club de boxe des quartiers chauds dont le coach valeureux a un passé plus que douteux.
   
   Au cours de cette épopée où de nombreux personnages se croisent et sillonnent la région dans un  crescendo apocalyptique, le mythe du loup-garou prête à la parodie: après une évocation de ses origines moyenâgeuses, le narrateur nous entraîne dans une histoire familiale où les gènes et les conditions de vie se mêlent pour faire d'un homme frustré aux origines fantastiques une bête lubrique assoiffée de sang, dont la plupart des attaques sont motivées par la vengeance.
   
   Un roman profondément américain qui joue avec les codes du roman fantastique pour mélanger un mythe de la vieille Europe à une vision pessimiste d'une Amérique moderne qui a perdu ses valeurs, à travers un loup-garou qui ressemble curieusement à Nixon.
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critique par Lou




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Le loup est un homme pour l'homme
Note :

   Jamais Owen Brynmor n'aurait pensé revenir vivre dans sa ville natale de Stepford, dans ce coin rural de Pennsylvanie que l'on nomme par dérision le Pennsyltucky (contraction péjorative de Pennsylvanie et Kentucky afin de souligner le caractère «plouc» de cette région située entre Philadelphie et Pittsburgh) et de s'y installer définitivement. 
   C'est pourtant ce qui arrive car Owen, qui exerce la profession de reporter, s'est fait virer de la rédaction du journal qui l'employait en Louisiane. Et le voici maintenant affecté à la rubrique faits divers du journal local, le Stepford Daily Plea. 
   Peu lui importe ce job ingrat qui consiste à rédiger des articles sur les actes de vandalisme de la jeunesse locale, les accidents de la route et les granges parties en fumée, car Owen s'est donné une bonne raison pour revenir à Stepford: la boxe. Passionné par ce sport, Owen rêve d'écrire sur le noble art et le Pennsyltucky est justement doté d'une riche tradition pugilistique.
   
   Cependant, ce n'est pas l'art de la boxe qui va occuper Owen dès son arrivée à Stepford. Le directeur du Plea le charge d'enquêter sur une inquiétante série de faits-divers inexpliqués (incendies volontaires, attaques de bétail, effractions, etc...) commis dans un secteur bien connu pour sa quiétude et baptisé la "Cuvette amish". Ici vit en effet une forte communauté d'amish et de mennonites qui tentent tant bien que mal de se préserver de l'influence pernicieuse du monde moderne.
   
   Owen, qui n'espère pas grand-chose de cette enquête va pourtant être à l'origine d'un scoop retentissant en publiant une photo qui lui a été fournie par un chasseur des environs. Sur celle-ci, prise en forêt, figure une créature digne d'un film d'horreur, mi-humaine, mi-animale.
   Les imaginations s'emballent, l'article d'Owen est cité dans toute la région, puis dans l'ensemble des États-Unis et jusqu'en Europe. On commence à évoquer des créatures telles que le bigfoot ou Sasquatch, bien connus en Amérique du nord.
   Mais pour la communauté locale amish, il ne peut s'agir que d'une seule chose: le Démon de Blue Ball est de retour. Cette créature enragée avait défrayé la chronique au milieu des années 70 en commettant de nombreuses agressions avant de disparaître du jour au lendemain sans laisser de traces. Ce monstre ne serait pas de type anthropoïde comme le bigfoot mais révélerait plutôt une physionomie et un comportement qui l'apparenterait aux mythiques loups-garou.
   
   Cette fois-ci ce n'est pas le John Kaltenbrunner du «Seigneur des porcheries»* qui met à feu et à sang une petite ville de l'Amérique profonde mais une créature mystérieuse et redoutable. Comme pour son premier roman, Tristan Egolf se livre à un jeu de massacre à grande échelle qui dénonce de manière truculente une société américaine bête et méchante, raciste et inculte, au point que l'on en vient à se dire que le monstre n'est pas tant celui que l'on croyait et que les victimes du Démon de Blue Ball sont bien plus redoutables et haïssables que le loup-garou qui hante leurs nuits. Nul n'est épargné, pas même les paisibles amish dont Tristan Egolf nous dresse le portrait peu reluisant d'une communauté où sévissent violence, alcoolisme et corruption.
   Comme dans «Le seigneur des porcheries», Tristan Egolf excelle à nous décrire avec une truculence rabelaisienne des scènes apocalyptiques comme ce sabbat organisé par la jeunesse locale (une scène d'anthologie) et dont la description faite par l'auteur rappelle les peintures de Jérôme Bosch. On y verra aussi, entre autres, des carambolages monstrueux, la mise à sac par le Démon de Blue Ball du centre commercial local (appelé le SuperMerdier) ainsi que du chenil tenu par des amish peu recommandables.
   
   On verra aussi dans cet ouvrage un pastiche de la littérature fantastique: la Nouvelle-Angleterre, chère à des auteurs comme Stephen King et Lovecraft n'est pas très éloignée de la Pennsylvanie. 
   Pastiche de la littérature fantastique donc, mais aussi des films d'horreur des années d'après-guerre. Comment en effet ne pas repenser à ces films lors des scènes où une meute de citoyens armés de torches et de fusils pourchasse la créature dans la campagne, scènes typiques des films de vampires et de loups-garou de l'époque.
   
   «Kornwolf» reprend donc nombre d'éléments qui ont fait l'incroyable renommée du «Seigneur des porcheries» sans toutefois atteindre à la perfection de son aîné. Ce roman, certes jubilatoire, n'atteint en effet pas la puissance narrative du premier roman d'Egolf. 
   Publié après le suicide de l'auteur en 2005, cet ouvrage donne l'impression d'être l'ébauche de ce qui aurait pu être un second chef-d-œuvre signé Egolf.
   «Kornwolf» reste toutefois un grand roman baroque et jubilatoire digne de figurer au panthéon de la littérature contemporaine nord-américaine.
   
   
   * 1er roman de Tristan Egolf
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critique par Le Bibliomane




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Pas une lecture plaisante
Note :

    Je tourne depuis longtemps autour d'Egolf, et voilà, je me suis décidée à découvrir enfin son œuvre qui me tentait et m'intimidait aussi.
   
   J'avoue que cette lecture m'a laissée perplexe. C'est à peu près ce à quoi je m'attendais, un gros roman dense et totalement déjanté, une fable, une satire où le lecteur navigue entre scènes apocalyptiques, humour noir et constat désespérant sur la nature humaine.
   
   Quand le journaliste Owen Brynmor revient dans sa ville natale qu'il ne porte guère dans son cœur, c'est pour y semer la zizanie. Un fait divers, outrageusement amplifié par ses soins, fait ressurgir la légende du Kornwolf, le loup du maïs, autrement dit un loup-garou, qui va semer la panique dans ce coin perdu de Pennsylvanie, le fameux démon de Blue Ball qui ravagea récoltes, bétail, biens, etc.
   
   C'est un véritable jeu de massacre, tout le monde en prend plein la tête : la communauté Amish, la police locale, les braves citoyens adeptes des centres commerciaux, etc. On côtoie le milieu de la boxe, celui du journalisme bref des univers variés. Sans doute l'un des points faibles du roman, ce foisonnement de personnages qu'on tente de suivre dans leurs pérégrinations, entre flics corrompus, groupes de jeunes décérébrés, membres éminents de la communauté des Gens Simples, Habits Rouges... lesquels se narguent, se méprisent, s'affrontent, se craignent dans un ballet hystérique.
   Religion et bonne santé mentale sont apparemment incompatibles. Le souffre-douleur de cette abracadabrante histoire est le jeune Ephraïm Bontrager, flanqué d'un père immonde et d'une famille maudite sur plusieurs générations. C'est sur lui que se focalisera la peur et la haine du bon peuple, enivré de bières, d'anciennes croyances et de principes de vie quelque peu moyenâgeux.
   
   On ne ressort pas indemne de cette lecture où abondent les scènes crues et violentes (la scène du Sabbat avec les jeunes et la "punition" du flic, l'affrontement entre la tante et Ephraïm, les transformations du loup-garou et la scène finale, impitoyable et ahurissante chasse à l'homme...) qui m'ont bien souvent soulevé le cœur.
   
   Je dois avouer que je ne sais pas ce que je retiendrai vraiment de cette lecture. Un règlement de comptes entre l'écrivain et sa patrie? Une satire de la classe moyenne tournée en dérision, en fable fantastique, un jugement sans concession sur les Hommes, leur faiblesse, leur lâcheté, leur veulerie? ou tout simplement le portrait d'une Amérique dégénérée que Tristan Egolf a fini par quitter. Pour de bon.
   
   Cela n'a pas été une lecture plaisante, ni facile mais je suis contente d'avoir exploré une autre facette de la littérature américaine.

critique par Folfaerie




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