Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Shakespeare - antibiographie de Bill Bryson

Bill Bryson
  Shakespeare - antibiographie
  Une histoire de tout, ou presque...
  Promenons-nous dans les bois
  Motel Blues
  Des cornflakes dans le porridge

William "Bill" McGuire Bryson est un écrivain américain né en 1951.

Shakespeare - antibiographie - Bill Bryson

The world as a stage
Note :

   Attention, chers happy few, ce billet peut contenir des traces de Shakespeare.
   
   Vous voilà prévenus.
    
   Quand le poète moldave a dit, un matin de gueule de bois, que l'amour ça faisait faire n'importe quoi, il pensait certainement à moi, chers happy few. En effet, moi qui n'ai jamais fini une biographie de ma vie, genre que je prise si peu que c'est tout à fait le genre de cadeau que je fais au deuxième degré comme celles à qui j'ai offert la bio de Pattinson peuvent en témoigner, pauvres d'elles, j'ai acheté de mon plein gré et avec mes propres sous "Shakespeare, The world as a stage" de Bill Bryson.
    
   Et vous savez quoi, chers happy few? Je me suis ré-ga-lée.
    
   Oui, je sais, je vous vois venir, chers happy few: une biographie de Shakespeare, s'exclament les plus sceptiques d'entre vous, mais quel intérêt puisqu'on ne sait rien de sa vie (ou si peu)? Shakespeare, mais il a vraiment existé celui-là? demandent les anti-stratfordiens convaincus (oui, les partisans de cette curieuse théorie (initiée par une américaine à moitié folle qui faisait une fixette sur Francis Bacon) qui voudrait que Shakespeare n'ait jamais existé s'appellent ainsi). Shakespeare? C'est pas celui qui a écrit "Notre-Dame de Paris"? s'enquiert l'élève qui dort habituellement près du radiateur. Tsss... Eh bien, figurez-vous, chers happy few, que Bill Bryson, en 200 pages enlevées et brillantes, réussit l'exploit de faire la synthèse de siècles de recherches et de bizarreries interprétatives.
    
   Certes, de la vie de Shakespeare (dont le nom connaît 18 orthographes différentes, d'où l'intérêt évident de fixer les règles orthographiques une bonne fois pour toutes même si des générations d'élèves grincent des dents sur des dictées préparées) (je dis ça, je dis rien) nous savons peu de choses, mais, comme le rappelle Bryson, nous en savons finalement nettement plus sur lui que sur la vie de n'importe lequel de ses contemporains. L'ouvrage s'ouvre sur un court chapitre intitulé "In search of William Shakespeare", qui partant de l'analyse des trois portraits que nous supposons le représenter et qui, pour ce que nous en savons, peuvent tout à fait représenter quelqu'un d'autre, démontre que les recherches sur William sont bâties sur des sables mouvants.
   
   Découpée ensuite en chapitres chronologiques (The early years, 1564 - 1585 ; The lost years, 1585 - 1592 ; In London ; The Plays ; Years of fame, 1596 - 1603 ; The reign of King James, 1603 - 1616 ; Death ; Claimants), cette biographie est très éclairante parce que Bryson a pris le parti de retracer de manière synthétique et claire les résultats de la recherche autour de Shakespeare (qui doit beaucoup à l'investissement d'un couple d'américains obsessionnels qui a épluché des kilomètres d'archives), d'en dégager les traits principaux tout en gardant la tête sur les épaules et en évitant l'écueil du délire interprétatif, travers dont beaucoup ne se sont pas privés (le nombre d'universitaires soi disant sérieux qui concluent leurs théories par "c'est juste parce que je le sens" est proprement hallucinant) et surtout d'éclairer le contexte de la vie de Shakespeare. Le tout donne un récit passionnant et léger qui se lit avec avidité et dans lequel on en apprend beaucoup sur les mœurs et les théâtres de l'époque et qui démonte avec brio les délires multiples autour de cet auteur dont nous ne saurons certainement jamais plus. Mais, comme le dit Bryson en guise d'introduction, il nous reste de lui l'essentiel: son œuvre, protéiforme et fascinante. Et ça, ce n'est pas rien, chers happy few.
    
   
   Titre original: Shakespeare - The world as a stage, 2007
    ↓

critique par Fashion Victim




* * *



J'aime les biographies d'écrivains, alors une énième bio?
Note :

    Une énième biographie? oui mais avec la faconde de Bill Bryson qui annonce dès le début qu’il va faire court car sur Shakespeare on ne sait … rien ou presque rien.
   
   Il se moque allègrement des érudits qui avec ce rien ont réussi à remplir des livres. Car nous dit-il, il est plus rapide de faire la liste de ce qu’on sait de William Shakespeare que de ce qu’on ignore, par exemple son portrait "Qui pourrait tout aussi bien être le portrait de quelqu’un d’autre".
   Rien: pas une lettre, pas un manuscrit, avouez que c’est rageant pour un homme qui a écrit environ 900 000 mots, on a en tout et pour tout sa signature au bas d’un testament!
    
    " Nous sommes tous capables de reconnaitre une représentation du Barde dès que nous en voyons une, et pourtant nous ne savons pas vraiment à quoi il ressemblait"
   
   On ignore à peu près tout de sa vie, de sa famille, de sa santé, il y a 8 années où on n’ignore où il était et ce qu’il faisait. Le peu que l’on sait est incertain "l’équivalent littéraire d’un électron" Alors comparez ça avec les quelques sept mille volumes consacrés au Barde à la Bibliothèque du Congrès!
   
   Des bruits ont couru, des hypothèses ont été posées sur la réalité de l’auteur d’Hamlet, on a voulu faire porter la paternité de l’œuvre de Shakespeare à Bacon, mais attention Bill Bryson nous dit que là comme sur le reste "personne n’a jamais produit le moindre commencement de preuve".
   Si on ne peut parler de la vie de Will que dire? Bill Bryson livre un tableau complet de l’époque "Un monde qui manquait d’habitants et qui avait bien du mal à garder ceux qui y naissaient" époque de turbulences religieuses, de grandes épidémies "La plus grande performance de Shakespeare ne fut pas d’écrire Hamlet mais de passer le cap de la première année" écrit-il avec malice.
   Il nous introduit dans les mœurs de l’époque, on croise Ben Jonson et Christopher Marlowe, on apprend que les théâtres n’avaient ni rideau ni décor.
   
   Mais là ou Bryson s’en donne à cœur joie c’est dès qu’il nous fait sentir sa totale admiration pour l’œuvre, pour Will le créateur de mots, crédité de plus de 800 nouveaux mots qui sont passés dans la langue anglaise. Qu’une si grande partie de l’œuvre de Shakespeare soit arrivée jusqu’à nous relève du miracle.
   
   Shakespeare plagiait à tour de bras comme tous les auteurs de l’époque mais ce qu’il en a fait "personne ne l’a jamais surpassé"
   Car dit-il "On dit souvent que ce qui distingue Shakespeare c’est sa capacité à mettre au jour les rouages de l’âme, et Dieu sait qu’il fait cela de manière éblouissante. Mais ce qui caractérise vraiment son œuvre, n’importe quelle partie de son œuvre, les poèmes, les pièces et même les dédicaces, c’est la jubilation évidente, palpable, que lui cause le pouvoir fascinant du langage"
   
   Lisez Bill Bryson c’est un bon guide, transportez vous à l’époque élisabéthaine et allez lire les billets sur le Barde. Et puis vous pouvez aussi vous tourner vers la légèreté et voir ou revoir "Shakespeare in Love".
    ↓

critique par Dominique




* * *



Et Londres au 16ème siècle
Note :

   Ce livre est formidable, épatant, j'emploie à dessein des adjectifs ancestraux. Bill Bryson a brossé un passionnant tableau de la vie en Angleterre sous Elisabeth 1ère. Londres revit sous nos yeux fin XVIème, où l'on meurt jeune de la peste si on a échappé aux incendies et aux bagarres de rues. Pas rébarbatif pour deux shillings, vous marcherez au bord de la Tamise, et serez emballé par la folie du théâtre qui saisit la Merry England, paillarde comme Falstaff, et pleine d'appétit. Si vous lisez ce bouquin vous goûterez la bière des tavernes de Shoreditch et vous assisterez aux répétitions de ces si nombreuses troupes théâtrales et y rencontrerez l'âme et l'esprit du grand Will dont par ailleurs on ne sait rien. Ce n'en est que la part plus belle encore à l'imaginaire.
   
   "Shakespeare Antibiographie" est un document, pas pontifiant mais vivace, et qui donne envie de se replonger dans l’œuvre du célèbre barde de Stratford qu'on connaîtra ainsi un peu mieux, si ce n'est en personne, tout au moins par l'époque et la cité sur la Tamise si bien décrites par cet auteur.
   
    Enfin n'oubliez pas les films d'Orson Welles, géant qui s'est frotté à Shakespeare plusieurs fois, avec un tel bonheur. J'ai souvent pensé à lui lors de cette lecture, Welles étant pour moi celui qui a le mieux assimilé la grandeur shakespearienne.
    ↓

critique par Eeguab




* * *



Besoin d'un livre de plus sur Shakespeare ?
Note :

    "Pour répondre à la question que vous vous posez forcément, non, le présent ouvrage n'a pas été écrit parce que le monde avait besoin d'un livre de plus sur Shakespeare. L'idée était de prendre la mesure de ce que les archives nous apprennent réellement sur lui.
    Ce qui, forcément, explique sa minceur."
   

    Ceci étant, en 200 pages environ, avec son humour et son talent habituel pour nous instruire dans le plaisir, Bryson fait le tour de la question Shakespeare - ou presque. Son admiration pour le génie de Shakespeare transparaît bien souvent et c'est un bonheur de savoir... qu'on ne sait rien, en fait, ou pas grand chose sur lui. Déjà que son nom est orthographié de différentes façons (mais même pas celle que l'on utilise maintenant...), qu'il a disparu des écrans radars pendant de longues années, ce qui permet de bien fabuler, qu'il ne s'occupait pas de conserver ses manuscrits (normal) et qu'après sa mort heureusement ont été imprimées pas mal de ses pièces dans le "Folio" (mais avec des versions différentes, sinon ç'aurait été trop facile!). Mais des chercheurs peuvent en dire long sur les imprimeurs ayant travaillé sur ce Folio. Et bien sûr on a attribué ses œuvres à d'autres personnes, parfois décédées avant lui.
   
    On apprend aussi une multitude de détails sur la vie à l'époque de Shakespeare. Sachez que des centaines de mots nouveaux apparaissent dans ses pièces, qu'à l'époque la peste revenait régulièrement, obligeant les théâtres à fermer un ou deux ans... Bref, il ne faut surtout pas se priver de cette découverte du plus grand dramaturge anglais!

critique par Keisha




* * *