Lecture / Ecriture
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Les tendres plaintes de Yôko Ogawa

Yôko Ogawa
  La piscine
  La grossesse
  La formule préférée du professeur
  Les abeilles
  Les paupières
  Tristes revanches
  La Bénédiction inattendue
  Le réfectoire un soir et une piscine sous la pluie + un thé qui ne refroidit pas
  La marche de Mina
  L'annulaire
  Une parfaite chambre de malade
  La mer
  Cristallisation secrète
  Amours en marge
  Les tendres plaintes
  La Petite Pièce Hexagonale
  Le musée du silence
  L'hôtel Iris
  Parfum de glace
  Manuscrit zéro
  Les lectures des otages
  Petits oiseaux
  La Jeune fille à l'ouvrage

Yōko Ogawa (小川洋子°) est une écrivaine japonaise née en 1962.
Elle a obtenu:
Le Prix Akutagawa pour "La Grossesse" en 1991
Le Prix Tanizaki
Le Prix Izumi
Le Prix Yomiuri
Le Prix Kaien pour son premier court roman, "La désagrégation du papillon"


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Les tendres plaintes - Yôko Ogawa

La forêt gardait le silence
Note :

   J'ai découvert Yoko Ogawa il y a quelques années en tombant par hasard en librairie sur "Le Musée du Silence", dont la couverture tout autant que le résumé avaient éveillé mon intérêt. C'était ma première rencontre avec la littérature japonaise et je dois dire que depuis, rares sont les auteurs qui sont parvenus à me charmer autant que Yoko Ogawa.
   
   Comme d'autres lectures avant, le roman "Les Tendres Plaintes" m'a donné à la fois l'impression de parcourir un univers bien propre à l'auteur et d'être de nouveau dépaysée. J'ai finalement du mal à cerner cet auteur. Ayant commencé par lire "Le Musée du Silence" et "L'Annulaire", à la fois mystérieux, magnifiques et morbides, j'ai été étonnée par "La Formule Préférée du Professeur" dont le sujet était très différent. Et finalement, chaque nouvelle lecture m'a donné l'impression de découvrir une autre facette d'Ogawa, tout en retrouvant avec plaisir certains éléments qui me donnent en quelque sorte l'impression d'être en présence de vieux amis lorsque je lis un de ses textes.
   
   Il est ici question de la calligraphe Ruriko qui, son mariage battant de l'aile, se rend subitement dans le chalet de vacances de sa famille afin de s'éloigner d'un mari violent qui fréquente ouvertement une autre femme. Elle fait la connaissance de Nitta, fabricant de clavecin, et de Kaoru, son assistante. De là naît rapidement une amitié entre la jeune femme et ses voisins qui lui font entrevoir de nouveaux horizons à travers leur passion pour le clavecin. Mais Ruriko s'éprend de Nitta et le trio est mis en péril alors que peu à peu la jalousie l'étreint, lorsqu'elle s'aperçoit que Nitta et Kaoru partagent un monde dont elle ne pourra jamais faire partie.
   
   Sur un rythme lent propre à Ogawa, les tensions finissent par atteindre leur point culminant jusqu'à la chute inexorable. Si la psychologie des personnages joue un rôle important avec l'impénétrable Nitta, la tendre Kaoru ou Ruriko, plus torturée, d'autres éléments plus périphériques et souvent descriptifs ont toute leur place dans le récit: la fascination de Ruriko pour la chair tendre d'une voisine bien portante, la façon dont les personnages servent les plats et ce qu'ils mangent, de même que l'histoire parallèle d'une vieille dame anglaise dont Ruriko est chargée de recopier la biographie. On retrouve les belles descriptions de la pluie et des plans d'eau qu'Ogawa semble affectionner tout particulièrement, ainsi qu'un événement qui fait écho à "l'Annulaire", à travers un doigt mutilé.
   
   Si les livres de cet auteur ne sont pas toujours gais (celui-là mêlant les moments de plénitude à une histoire au fond plutôt mélancolique), ils parviennent presque toujours à m'arracher au quotidien et à me donner l'impression d'évoluer dans une bulle étrangement calme et bénéfique. Cette fois aussi j'ai vraiment savouré ce plongeon dans ce monde particulier que je quitte à regret, avec l'envie d'ouvrir rapidement les quelques livres d'Ogawa qui me restent à découvrir.
   
   Un roman empreint de sensibilité que je conseille à tous ceux qui ont déjà aimé Ogawa. Je sais de moins en moins quel roman recommander à ceux qui ne la connaissent pas, car les sujets varient tellement qu'il est difficile de se décider.
   
   "Les rayons miroitaient à la surface de l'eau. La couleur en était différente à chaque battement de mes paupières. J'ai essayé de concentrer mon regard pour la sonder mais en vain. Je me figurais un fond sableux, des masses compactes d'herbes aquatiques qui ondulaient, mais je ne distinguais que de simples ténèbres" (p209)

    ↓

critique par Lou




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Douce musique du titre
Note :

   De la tendresse, j’en suis rempli en achevant cette lecture. Des plaintes, j’en ai encaissée mais aucune d’elles ne m’a agacé (et en général les plaintes m’ennuient sacrément...). Voilà pourquoi j’ai aimé rentrer dans l’univers japonais de Ruriko, Nitta, Kaoru, Dona…
   
   «Les tendres plaintes» est un morceau pour clavecin ou piano de Jean Philippe Rameau. Du titre au corps du livre, la musique est omniprésente dans cette histoire.
   
   Nitta est facteur de clavecin. C’est un artisan minutieux et passionné. Il est du genre taiseux et concentré. On apprend qu’il jouait talentueusement du piano mais en raison d’une paralysie mentale inexpliquée est incapable de réciter son talent en public. Sauf…
   
   Kaoru est une jeune femme blessée par un drame affreux, à l’appétit glouton, musicienne talentueuse et patiente, elle aide à la confection des instruments du maître, puis les teste.
   Ces deux là sont-ils amoureux? Qu’est-ce qui peut bien les lier si serré?
   
   Dona est le vieux chien de Nitta, il a son rôle, facilitant les échanges entre les protagonistes.
   
   Enfin, Ruriko, la narratrice, calligraphe de métier, blessée par un mari infidèle, qui s’installe dans le chalet familial, pour volontairement se retirer du monde, en plein questionnement existentiel. Au milieu d’une nature calmante, bien que parfois hostile, le trio se forme (voire le quatuor). Les uns ont besoin des autres, le récit se noue, doucement, tendrement, plaintivement aussi…
   
   La pulsion de vie prend le dessus, toujours. Les blessés guérissent mais on comprend bien que c’est pour mieux se blesser à nouveau. La description douce des sentiments et des endroits impressionne. La jalousie, notamment, est superbement restituée.
   
   
   « Nitta gardait le silence. La lumière se reflétait sur les verres de ses lunettes si bien que je ne pouvais pas lire l’expression de son visage. Il paraissait tout autant perturbé qu’attentif au déroulement de la situation. Son cœur dégageait toujours le même calme. Je sentais son ombre opaque et son flux généreux.» P 130

critique par OB1




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