Lecture / Ecriture
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Et on tuera tous les affreux de Boris Vian

Boris Vian
  Les morts ont tous la même peau
  J'irai cracher sur vos tombes
  L'écume des jours
  Elles se rendent pas compte
  Et on tuera tous les affreux
  Conte de fées à l'usage des moyennes personnes
  Dès 03 ans: Un poisson d'Avril
  V comme: L'écume des jours
  L'Ecume des jours

Boris Vian est un écrivain français, poète, parolier, chanteur, critique et musicien de jazz (trompinettiste), né le 10 mars 1920, à Ville-d'Avray (Seine-et-Oise, aujourd'hui Hauts-de-Seine), mort le 23 juin 1959 à Paris. Il fut aussi ingénieur de l'École centrale, inventeur, scénariste, traducteur (anglo-américain) et conférencier. Vian a signé ses nombreux écrits de pseudonymes divers dont le fameux Vernon Sullivan de "J'irai cracher sur vos tombes".
(merci Wikipedia)

Et chez Lou Delachair, Vian est devenu le personnage d'un roman dont d'autres personnages se prénomment Louis et Elsa strictement par hasard sans doute...

Et on tuera tous les affreux - Boris Vian

Un bon moment de lecture
Note :

   Roman signé par Vernon Sullivan
   
   
   Présentation de l'éditeur (en partie)
   
   "Se réveiller tout nu dans une chambre de clinique, où l'on veut vous forcer à faire l'amour avec une très belle fille...  L'aventure n'est pas banale. Surtout quand on s'appelle Rocky, que l'on est la coqueluche des demoiselles et qu'on voudrait se garder vierge jusqu'à vingt ans.
    Un homme assassiné dans une cabine téléphonique, des photos d'opérations chirurgicales abominables, des courses-poursuites, des coups de poing et, au désespoir de Rocky, des filles partout: tel est le cocktail mis au point par Boris Vian (alias Vernon Sullivan) dans ce polar mené à un train d'enfer, tour à tour angoissant et hilarant."

   
   
   Commentaire

   
   De Vian, je n'avais lu que "L'écume des jours", que j'avais aimé pour le côté complètement décalé ainsi que pour l'histoire touchante. Dans ce roman, on est quand même assez loin de ces images poétiques imaginatives. En fait, tout commence de façon presque crédible (j'ai bien dit "presque") pour finalement tomber dans le un peu n'importe quoi!! On trouve quelques petites touches de l'imaginaire de Vian, qui arrivent comme ça, comme saupoudrées sur une intrigue policière (Rocky et son ami s'improvisent détectives suite à l'attaque dont le premier est victime) qui était jusque là assez réaliste. Et la finale, sur l'île, avec un certain docteur laisse disons... songeur... et un peu hilare!!
   
   Un bon moment de lecture, même si je n'ai pas ressenti l'émerveillement de "L'écume des jours", qui m'avait vraiment enchantée et qui m'est apparu nettement plus profond.  N'empêche que j'ai maintenant le goût de relire encore Vian, en particulier les trucs sur le jazz et les "contes de fées à l'usage des moyennes personnes", que je voulais lire au départ sans le trouver! J'aime bien quand ça tombe dans le n'importe quoi! (la note du traducteur m'a fait mourir de rire!)
    ↓

critique par Karine




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Epoustouflant et virevoltant
Note :

   Tout commence dans une boîte de nuit de Los Angeles. Le héros, un jeune bellâtre du nom de Rock Bailey, coqueluche de ces demoiselles mais qui a décidé de conserver coûte que coûte sa virginité jusqu'à ses vingt ans. Pour l'instant, toute sa vie consiste à repousser avec plus ou moins de conviction les ardeurs de ses nombreuses prétendantes, mais ce soir-là, tout va basculer: Rock Bailey est drogué, enlevé, déshabillé et enfermé dans une chambre en compagnie d'une charmante jeune fille aussi dénudée que séduisante. L'objectif est clair, et Rock a bien du mal à résister à la tentation. Il parvient néanmoins à s'échapper, et quelques représailles dégradantes plus tard, il est relâché en pleine nature. Lorsqu'il retrouve ses amis au night-club, il apprend qu'on vient d'y découvrir le cadavre d'un malfrat, manifestement empoisonné. La police est sur les lieux, mais Rock et ses amis décident de mener leur propre enquête, et ne tardent pas à découvrir que cet assassinat et la rocambolesque aventure nocturne du héros sont beaucoup plus liées qu'il n'y paraît. Tout s'enchaîne à un rythme effréné, courses poursuites en voiture, fusillades, bagarres, le tout parsemé de jolies jeunes filles en voulant toutes à l'intégrité physique de notre héros, les apprentis détectives vont se retrouver sur la piste du mystérieux docteur Schultz, qui pratique des opérations chirurgicales abominables dont les photos circulent sous le manteau parmi la pègre. Pour l'instant, l'objectif réel de ces manipulations échappe à nos héros, mais ce qu'ils vont finir par découvrir est aussi épouvantable que visionnaire...
   
   
   Avec ses personnages et ses situations improbables et son titre énigmatique en forme de slogan politique, ce pastiche de roman noir américain, publié sous le pseudonyme récurrent de Vernon Sullivan par notre Bison Ravi national, fait figure aujourd'hui d’œuvre avant-gardiste, évoquant, sous couvert de l'humour et de la parodie, la question particulièrement actuelle de l'eugénisme et de l'éthique dans la recherche médicale et scientifique. Bien sûr, "Et on tuera tous les affreux" reste un roman policier à part entière, avec son lot de malfrats, de coups tordus et d'espionnages rondement menés, mais il est aussi bien plus que cela, et c'est ce qui fait à la fois son originalité et sa valeur. Dans un style époustouflant et virevoltant, rempli d'argot et de figures de style préfigurant déjà les célèbres mots-valises, ce roman se lit comme on déguste une gourmandise: avec un plaisir coupable mêlé de ravissement.
   
   La grande force de cet ouvrage tient aussi, bien évidemment, à son inventivité, si caractéristique de l'écriture de Boris Vian, ainsi qu'à son humour, perceptible à chaque page, à chaque phrase, par le biais de remarques décalées, de situations de plus en plus farfelues ou de personnages aux revirements pour le moins inattendus, tel le fameux Rock Bailey qui se découvre finalement une grande appétence pour les plaisirs charnels, lui qui entendait préserver sa chasteté jusqu'à ses vingt ans. Le docteur Schultz est un personnage complètement loufoque lui aussi, et qui désarçonne le lecteur à plusieurs reprises: alors qu'on s'attend à découvrir un croisement entre Frankestein et le docteur Moreau, on tombe finalement sur un idéaliste parfaitement censé, dont certes les opinions font froid dans le dos, mais qui n'a rien d'un savant fou, bien au contraire. Même si l'on peut reprocher à ce roman quelques facilités, une confusion grandissante au fil des pages ou un dénouement un peu expédié, "Et on tuera tous les affreux" reste néanmoins le meilleur exemple d'ouvrage combinant roman d'anticipation et pastiche de polar à l'américaine, bien plus proche, pour sa tonalité et son esprit de dérision, de "L'écume des jours" que du glaçant "J'irai cracher sur vos tombes".

critique par Elizabeth Bennet




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