Lecture / Ecriture
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Sous un ciel qui s’écaille de Goran Petrovic

Goran Petrovic
  Sous un ciel qui s’écaille
  Le siège de l’église Saint-Sauveur
  Atlas des reflets célestes
  Soixante neuf tiroirs

Né en Serbie à Kraljevo en 1961, Goran Petrovic a fait des études de lettres à la faculté philologique de Belgrade. Avant d’être éditeur, il a été bibliothécaire, puis directeur de collection. Très tôt, il s’essaie à la poésie sans succès et se lance dans le roman. Une dizaine dont trois traduits en français : "Soixante-neuf tiroirs" (2003), "Le siège de l’église Saint-Sauveur" (2006), "Sous le ciel qui s’écaille" (2010).

Sous un ciel qui s’écaille - Goran Petrovic

Une galerie de portraits dans un cinéma serbe
Note :

   Cinéroman
   
   Mai 1980, dans un cinéma d’une petite ville serbe. Une trentaine de spectateurs assiste à la projection d’un film. Soudain, «le pinceau de lumière a cassé net». La projection s’interrompt brutalement. Puis, à la faveur d’«une lueur apparue sur le côté», une terrible nouvelle est annoncée au public. Quelle nouvelle vie chacun va-t-il pouvoir se redessiner?
   
   J’ai eu bien du mal à rédiger un résumé de ce livre, tant l’intrigue est mince. Je me suis aidée pour ce faire du résumé proposé en quatrième de couverture. J’ai été très déçue par ce roman de l’auteur serbe Goran Petrovic, né en 1961 à Kraliévo, en Serbie. C’est d’ailleurs dans cette ville que se déroule le roman. La présentation de l’auteur nous informe que celui-ci est «lauréat des plus grands prix littéraires dans son pays». Dans ce cinéroman, ce n’est pas vraiment une histoire qu’il raconte; il brosse plutôt une galerie de portraits, dans une perspective à la fois sociale et psychologique. Ces personnages nous sont décrits dans le cinéma de Kraliévo, en fonction du rang qu’ils occupent habituellement. Cette petite chronique ethnologique est assez intéressante. Mais on entre vite dans le registre de la digression qui, à la longue, devient ennuyeuse. Il y a tant de personnages que le lecteur s’y perd (en tout dans le cinéma, figure une vingtaine de rangs: le nombre de spectateurs s’en voit multiplié…). Le résumé que j’ai essayé de rédiger laisse à penser que l’auteur a bâti une intrigue solide: il n’en est rien. Il faut se laisser porter par les portraits variés et associations d’idées de l’auteur: je n’y suis pas parvenue.
   
   Un mot sur les (nombreux) titres qui ponctuent le roman: si l’idée semble intéressante (cela met le lecteur en appétit pour la suite), les titres en eux-mêmes paraissent énigmatiques et déroutants: ils peuvent même rebuter par leur aspect trop long: «Extrait des actualités du fonds de la cinémathèque yougoslave» ou «Même au paradis, les gens colleraient partout leurs chewing-gums» ou encore «De la première à la neuvième rangée». On a même droit à des extraits d’inscriptions sur les sièges du cinéma.
   
   Un mot sur le titre du roman: «Sous un ciel qui s’écaille». Ce ciel correspond en fait au plafond du cinéma l’Uranie de Kraliévo qui a tendance à s’effriter:
   « Pendant que du vieux plafond du cinéma Uranie, de sa stucature exécutée de main de maître, de sa représentation symbolique de l’Univers, du Soleil, de la Lune, des planètes, des constellations et des comètes, tout doucement, sans bruit, se détachaient d’impalpables particules de chaux, quasi invisibles» (p. 191).

   
   Un roman qui ne m’a pas captivée mais qui comporte une idée originale: la présentation de personnages en fonction de leur positionnement habituel dans le cinéma, ce qui peut faire penser à un récit ethnographique.
   
    Rentrée littéraire 2010
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critique par Seraphita




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Moment crucial
Note :

   Il est des événements qui font basculer les destins et, pour un Serbe, la mort de Tito un certain mois de mai 1980 en fait partie. Mais avant d’en arriver là, il s’est passé bien des choses entre le moment où le cordonnier Laza Iovanovitch est devenu propriétaire de l’hôtel "Yougoslavie" en 1932 grâce au rachat en 1926 de milliers de godillots des surplus de l’armée, les droits d’abord les gauches ensuite (six années pour les apparier) et le moment où ce magnifique hôtel a été reconverti en cinéma par Rudy Prohazska, projectionniste de son état!
   Sans oublier l’embauche de Simonovitch comme ouvreur et d’une certaine perruche prénommée "Démocratie" que ce dernier s’évertue à faire parler. A-t-on jamais vu une perruche émettre le moindre vocable!
   Donc en ce jour de mai 1980, un dimanche (le narrateur ne se souvient pas vraiment du film projeté) dans la salle du cinéma "Uranie", une brochette de spectateurs, tous plus ou moins originaux, se côtoient : un membre exclu du parti, un alcoolique, un SDF, des tsiganes, un ancien prof, un artiste raté, des jeunes bruyants, des couples, un voyeur, d’autres encore! Des habitués qui viennent trouver refuge dans la pénombre, que l’auteur s’amuse à croquer avec drôlerie.
   
    Un cinéroman, comme l’indique le sous-titre, un hommage au septième art avant qu’il ne devienne une entreprise commerciale, et le délitement d’un pays symbolisé par la belle stucature du plafond représentant l’univers qui s’effrite au fil des ans. Une belle métaphore pour cette ex-Yougoslavie qui basculera dans la guerre.
   
   Une œuvre singulière, imaginative où l’humour gomme les aléas de l’Histoire, une écriture poétique, alerte, savante.
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critique par Michelle




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La Serbie à l’heure yougoslave
Note :

   1980, l’année de la mort de Tito, le début de délitement de la Yougoslavie. Kralievo, une petite ville engourdie de la partie serbe. Goran Petrovic nous en fait une coupe bien droite, comme un géologue fait un carottage pour étudier les couches successives. Sa coupe, c’est dans un cinéma, le cinéma Uranie, que Goran Petrovic l’effectue.
   
   D’abord historique et naissance du cinéma. Pas vraiment une naissance ordinaire : un grand hôtel mégalomaniaque conçu de toutes pièces par un cordonnier devenu brutalement riche, qui se ramasse et dont une partie devient cinéma. On sent la Yougoslavie et son côté foutraque des pays communistes qui vivaient dans le mensonge et maintenaient la population dans une ignorance de l’étranger crasse. C’est vrai qu’on retrouve comme un parfum d’Emir Kusturica et c’est vrai que c’était comme ça. En même temps, à l’époque, la Yougoslavie c’était tout de même LE pays communiste qui avait dit non au "Grand frère" russe, à Staline. Enfin, c’est surtout Tito qui avait dit non.
   
   Il n’y a pas, en 1980 –il ne doit pas y en avoir davantage maintenant – moultes distractions à Kralievo. Mais il y a l’Uranie, et son plafond en stuc fatigué… Et Goran Petrovic nous fait la galerie des spectateurs avec la petite histoire de chacun, histoire yougoslave évidemment, grandiose et ridicule à la fois (syndrome Kusturica!). Les spectateurs pendant le film. Et puis plus tard. Nous sommes en 1980. Tito meurt et Goran Petrovic refait les comptes.
   
   Grandeur et misère de ces pays enclavés dans l’Europe orientale.
   
   "Pourtant, je m’en souviens bien, ce jour-là, en ce début du mis de mai, il y avait peu de spectateurs à l’Uranie, pas plus d’une trentaine. Avant d’éteindre les lumières et de signaler au projectionniste, d’un coup de sonnette, que la séance pouvait commencer, le vieil ouvreur Simonovitch a jeté un dernier regard désabusé sur les rangées de spectateurs clairsemés et, comme pour lui-même, habitué à n’être écouté de personne, a récité un passage du manuel "Mesures à prendre et manière d’agir en cas de circonstances exceptionnelles" :
   L’assistance doit quitter la salle dans le calme, sans panique, en se conformant aux indications de l’agent responsable et en suivant les signaux lumineux …"

   
   Un sacré goût de Serbie ce "Sous un ciel qui s’écaille"!
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critique par Tistou




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Le ciel s’écaille et l'illusion s'effrite
Note :

   Encore un livre qui m’a beaucoup plu. Pourtant ce n’était pas gagné. C’est un livre pour lequel j’avais hésité à la rentrée littéraire de septembre 2010 mais quelques critiques négatives (me donnant l’impression d’être une mauvaise lectrice d’aimer les livres que personne n’aime) et sur son premier "Soixante-neuf tiroirs" (qui pourtant est dans ma PAL) m’avaient soufflé d’attendre .
   
   On est donc dans une petite ville de Serbie : cela signifie un microcosme. Le romancier par ce procédé arrive à dépeindre toutes les couches de la société, de l’avocat au voyou, de l’artiste au professeur, de la cuisinière à la prostituée. Ben oui, il y a de tout dans une petite ville de province. Goran Petrovic décrit des personnages, cocasses et atypiques chacun avec une caractéristique bien particulière, qui prête souvent à sourire.
   
   Cette fameuse séance d’un dimanche de 1980 (c’est la mort de Tito dont on parle dans la quatrième de couverture) marque en effet la fin d’un monde qui avait déjà commencé à ne plus être. Le roman se construit finalement en deux grandes parties : une présentation des personnages avant la séance et un descriptif des destins, souvent tragiques, des différents personnages après cette fameuse séance (il y a quand même une trentaine de personnages, du coup cela prend du temps). À tout cela s’entremêle l’histoire du cinéma, qui avant était un hôtel, permettant à l’écrivain de dresser un portrait de la Serbie du 20ème siècle.
   
   Le style est fluide mais surtout il adopte le ton de l’humour et d’un "voilà cela se passe comme ça et il faut faire avec parce que c’est juste la vie", qui rend le tout tellement léger, et peut donner une impression d’ironie.

critique par Céba




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