Lecture / Ecriture
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Par temps clair de Philippe Annocque

Philippe Annocque
  Liquide
  Par temps clair
  Monsieur Le Comte au pied de la lettre
  Rien (qu’une affaire de regard)

Philippe Annocque est un auteur français né en 1963.

Par temps clair - Philippe Annocque

Le temps peut être clair sans que l’horizon soit dégagé…
Note :

    C’est comme pour l’eau. L’eau. Vous avez la source, le torrent, la mare, les rivières, les fleuves, … C’est de l’eau tout ça mais peu de commune mesure à priori entre ces différentes formes.
   
   Pour les romans, c’est pareil. Certains vous emmènent comme des torrents impétueux, sans nuances misant tout sur une action débridée. D‘autres ont le débit lent et inexorable du fleuve, emportant tout sur leur passage, tout en force et conviction. Certains sont de simples mares, un peu statiques, aux eaux troubles. Et d’autres coulent comme une source, l’eau limpide, cristalline, qui coule goutte à goutte ou qui suinte, qui disparait dans une rigole du pré et qui réapparait un peu plus loin, chantante et dansante. On peut la croire tarie ou fragile et elle est là, toujours. Elle chante sa petite chanson d’eau claire qui va aller gonfler d’autres fleuves, d’autres mers…
   
   «Par temps clair» est de ceux-là. La «petite musique» est là tout au long des pages, qui serpente, qu’on croit perdue et qui, non, de toutes façons ira jusqu’à la mer, parce qu’elle n’a pas l’intention de finir en mare.
   
   Nous vivons les affres –affres, c’est beaucoup dire quand même – de Paul Bonfils, un enseignant, qui vit seul et qui commence à s’en rendre compte, qui commence à se demander s’il n’a pas raté quelque chose. Il y a des tournants dans la vie, comme ça. Autour de Paul Bonfils, il y a Lauren, une femme un peu plus jeune que lui qui gravite autour de lui. Il y a eu Isabelle, par le passé, à laquelle il se met à beaucoup penser, à beaucoup repenser, plutôt. Il y a que Paul Bonfils a l’âge des états d’âme, des remises en question.
   
   Au fil de ses rencontres avec son frère, ses parents, Isabelle, Lauren, on va suivre le filet d’eau claire qui chemine, forcément, mais qui n’a pas son cours enraciné, taillé, comme celui d’un fleuve.
   
   Par petites touches réalisées à coup de petits chapitres, Philippe Annocque nous trimballe, hors certitudes, à travers le pré de la vie. Son style, aérien, jamais catégorique, laisse planer tout doute, n’interdit aucune incertitude … La vie quoi!
   
   “Il paraîtrait donc que tu serais quelqu’un de bien, tu vois ; c’est ce qu’elle t’a laissé entendre, Isabelle. C’est bien ce que tu as cru comprendre. A moins que ce ne soit simplement par désir de te différencier de ton successeur. Les raisons de votre séparation n’auraient, à ses yeux en tout cas, rien à voir avec, disons, avec le bien et le mal. C’est là, si tu y penses bien ; c’est à ce moment-là que tu as dû te dire qu’elle non plus, en réalité, ne croyait pas que vos retrouvailles puissent avoir une suite, c’est à ce moment là que tu as supposé, que tu as pressenti peut-être, qu’elle avait agi par acquit de conscience, après une hésitation probable. Il vous manquait sans doute un épilogue.“

critique par Tistou




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